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Le poulet brésilien veut doubler ses volumes exportés

Le ministère brésilien de l’Agriculture prévoit qu’à partir de 2035, l’industrie avicole écoulera sur le marché mondial plus de 10 millions de tonnes de viande de poulet par an. À comparer aux 5,32 millions de tonnes exportées l’an dernier.

Selon l’association brésilienne de la protéine animale (ABPA), le Brésil a produit 15,32 millions de tonnes (Mt) de viande de poulet en 2025, dont 5,35 Mt ont été exportées. 

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Dirceu Talamni, directeur du
centre de recherche publique 
brésilien Embrapa Volailles et
porcs, situé à Concôrdia, dans
l'État de Santa Catarina, au sud
du Brésil : 
« Tout nous encourage à pro-
duire toujours plus de poulet. »
© Embrapa Aves e Suinos

Cela représente 38 % des échanges mondiaux. Et ce n’est là qu’un début. La hausse attendue de la production nationale est de 28 % sur la période 2025-2035. Elle passerait alors la barre des 20 Mt dès 2035. Et le Brésil aurait donc des excédents de poulet disponibles pour l’export autour de 10 Mt. Soit le double des volumes que le pays exporte actuellement. « La croissance de notre secteur avicole est quasi continue depuis les années 1970, rappelle Dirceu Talamini, le directeur du centre de recherche publique brésilien Embrapa Porcs et volailles (Embrapa Aves e suinos) situé à Concôrdia, dans l’État de Santa Catarina. Elle fut explosive de 1998 à 2010 avec un taux de croissance annuelle moyen de la production de poulet de 6 % sur toute cette période », poursuit-il. Le rythme a fortement ralenti depuis 2010, car il n’est pas facile de le soutenir au niveau des gains de parts de marché, tant au Brésil que sur le marché international où la concurrence s’est accrue. Nos récoltes de soja et de maïs sont chaque année plus abondantes, notre climat est propice à l’élevage de volailles, l’intégration poussée du secteur… tout nous encourage à produire encore et toujours plus de poulet. »

 

 

 

Lire aussi : L'écart de compétitivité entre l'Union européenne et le Brésil se creuse en filière volailles

Une diversité de débouchés

L’autre grand atout de la filière est la diversité de ses débouchés à l’export et, surtout, l’homogénéité de sa distribution parmi ses principaux clients. En février dernier, par exemple, 49 400 tonnes de poulet brésilien ont été expédiées vers la Chine ; 44 000 tonnes vers les Émirats arabes unis ; 38 200 tonnes vers le Japon ; 33 800 tonnes vers l’Arabie saoudite ; 31 300 tonnes vers l’Afrique du Sud ; 30 100 tonnes vers l’UE ; 30 000 tonnes vers les Philippines ; selon l’ABPA. Pour les industriels brésiliens, le marché européen du poulet ne leur apporte plus que 4 % de leur chiffre à l’export. 

<em class="placeholder">Ricardo Santin, le président de l&#039;association brésilienne de la protéine animale.</em>
Ricardo Santin, le président de
l'association brésilienne de la
protéine animale.
© M-H André

« Avant le Brexit, nous avions droit à un quota détaxé de 400 000 tonnes de viande de poulet vers l’UE, surtout de la poitrine. Il a été réduit à 250 000 tonnes. Hors quota, les tarifs douaniers sont dissuasifs. Ils vont de 1 300 euros la tonne pour les escalopes à 2 600 euros la tonne pour les préparations saumurées », expliquait Ricardo Santin, le président de l’ABPA, lors de son dernier passage à Buenos Aires.

Face au défi de la logistique du fret maritime, la filière a démontré sa résilience à l’occasion du blocage du détroit d’Ormuz provoqué par la guerre du Moyen-Orient. Les industriels brésiliens ont réussi à le contourner pour atteindre les pays du golfe persique, selon nos confrères d’Agra Presse. Ainsi, le Brésil a pu battre un nouveau record de ses exportations de poulet pour un mois de mars, avec 504 000 tonnes d’une valeur totale de 945 millions de dollars.

Juste avant, un autre record a été battu, celui du premier bimestre de l’année avec, entre janvier et février derniers, 952 300 tonnes exportées pour une valeur totale de 1,819 million de dollars, selon l’ABPA. Six mois plus tôt, le 7 novembre 2025, les autorités chinoises avaient réouvert leur marché au poulet brésilien, ce qu’avait fait l’UE quelques semaines plus tôt. La filière a ainsi récupéré ces deux marchés perdus provisoirement depuis la déclaration d’un foyer de grippe aviaire le 16 mai 2026 au Brésil.

Lire aussi : L’Argentine compte sur l’accord UE-Mercosur pour percer en Europe

Plusieurs bassins de production

Le risque de l’investissement local dans de nouveaux outils de transformation serait le seul point faible, ou limite, qui compromettrait la croissance soutenue attendue de la filière avicole brésilienne.

Au cours des années 2000-2015, il y a eu une grosse vague d’investissements dans la construction de mégabattoirs entourées de batteries d’élevage dans le Cerrado brésilien, au centre-ouest du Brésil (par exemple, l’unité de Brasil Food à Lucas do Rio Verde). L’idée maîtresse avait été de produire in situ de la valeur ajoutée – du poulet, du bœuf –, là où la production de grains a explosé au Brésil (Mato Grosso, Para, Goias). « Ces investissements sont désormais consolidés », selon Dirceu Talamini.

Pour lui, la nouvelle région « à la mode » pour les investissements dans les équipements industriels est le nord-est du Brésil (États du Tocantins, de Piauí et de Bahía), mais « l’équation de leur rentabilité n’est pas toujours au rendez-vous », nuance-t-il. C’est plutôt le bassin avicole historique du Brésil, au sud du pays (États du Paraná, de Santa Catalina et Rio Grande do Sul) qui recevrait l’essentiel des investissements actuels, qui semblent être surtout destinés à l’agrandissement de sites existants.

Fin mars 2026, le géant du secteur MBRF, issu de la fusion en septembre 2025 de Brasil Food et de Marfrig, a par exemple annoncé qu’il allait investir 170 millions d’euros dans son parc industriel situé dans l’État du Paraná (7 sites), notamment une nouvelle ligne de transformation de dinde dans son usine de Francisco Beltrão et la mise aux normes de celle-ci pour exporter de la dinde en Europe. Dans son usine de Toledo, c’est le pôle export de pattes de poulet vers la Chine qui est de mise, et son unité de gélatine et de collagène.

« La stratégie de croissance de MBRF est alignée sur la hausse continue de la demande globale de protéines animales », a commenté le PDG de MBRF, Marcos Molina.

Selon Dirceu Talamini, « l’analyse du commerce international des viandes sur la période 2016-2024 montre que la viande de poulet a été la plus exportée de toutes et que sa croissance a été de 30 % sur cette période. » Sans surprise, c’est surtout le Brésil qui en a profité.

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