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Le poulet américain vire au sans antibiotique

Sous la pression de la restauration commerciale hors domicile, les volaillers américains se convertissent très rapidement aux poulets élevés sans aucun antibiotique.

Scott J. Gustin, vétérinaire au groupe Tyson. Forcée de réduire très vite l’usage des antibiotiques, l’industrie américaine s’adapte mais au prix fort, en investissant beaucoup dans la prévention sanitaire et nutritionnelle.
© P. Le Douarin

En cinq ans, la part de poulets américains produits sans antibiotique et sans ionophore anticoccidien serait passée de quelques pourcents à 40 % en 2017, affirme Grady Bishop, directeur marketing d’Elanco pour l’Amérique du Nord, cité par le magazine Poultry international de décembre 2017. Un vrai séisme pour la production. Vétérinaire chez Tyson, Scott J. Gustin a détaillé les mesures techniques et sanitaires prises depuis deux ans devant les accouveurs français réunis en assemblée générale. « Nous nous sommes engagés à stopper tout traitement antibiotique sur les reproducteurs et à réduire de 80 % l’usage dans les fermes d’élevage. » Poids lourd du secteur, le groupe met en place 36 millions de poussins par semaine. Des mesures sont prises pour maîtriser particulièrement deux pathologies : l’omphalite des poussins due à une colibacillose précoce et l’entérite nécrotique causée par Clostridium perfringens sur les sujets plus âgés.

Vis-à-vis d’E. coli, les solutions adoptées sont une meilleure pratique générale de l’hygiène et de la désinfection au couvoir. L’objectif est de minimiser l’importance des bactéries pathogènes pouvant coloniser les poussins justes éclos. Les améliorations portent sur l’accumulation de mesures : technique d’incubation (resserrer la fenêtre d’éclosion), optimisation des produits et des procédés de nettoyage-désinfection sur les machines et le matériel (notamment les caisses d’éclosion), mise en place de procédures de contrôle plus fiables et plus rapides, meilleure hygiène des élevages de reproducteurs permettant de réduction du portage en E. coli sur les coquilles des œufs à couver, probiotiques « in ovo » (type Gallipro Hatch).

Des alternatives toutes d’origine européenne

Concernant l’entérite nécrotique, Scott Gustin insiste sur « l’importance de savoir la diagnostiquer dès que possible pour apporter rapidement une solution ». Tyson utilise des produits alternatifs aux antibiotiques. Il prévient les coccidioses, qui ne sont pas le seul facteur prédisposant, soit par vaccination, soit par traitement chimique (ionophores exclus). Scott Gustin souligne que les nombreuses solutions alternatives, toutes venues d’Europe, sont difficiles à évaluer. Les essais internes de Tyson montrent des résultats variables avec un même produit, selon la saison et le niveau du challenge à relever. Les fermes touchées par l’entérite nécrotique et traitées par antibiothérapie sont enquêtées de façon à rechercher les facteurs favorisants. La densité animale ne semble pas jouer de rôle, ni le nombre de bâtiments par site. Le principe de la litière réutilisée plusieurs fois n’est pas remis en cause, même si les risques de coccidiose augmentent. Il estime que la litière recyclée permettrait de maintenir une « bonne flore » alors que l’éradication des microorganismes au couvoir viserait à éviter de contaminer les poussins avec la « mauvaise flore ». Au bout du compte, Scott Gustin est satisfait des résultats obtenus en si peu de temps. « Nous sommes parvenus à 1 % des lots de poulets traités contre 20 % avant. Cependant le coût sanitaire de la prévention a été multiplié par 2,7. »

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