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La volaille est le dindon de la farce de l’accord entre l’Union européenne et le Mercosur

Signé le 28 juin, l’accord commercial bilatéral entre l’Union européenne et le Mercosur pénalise fortement le secteur agricole européen, en particulier celui de la volaille.

Les Brésiliens estiment que leurs exportations vont gagner 100 milliards de dollars jusqu’en 2035 et leur PIB 87,5 à 125 milliards
© J. L. Stephens/fotolia.com

Cent quatre-vingt mille tonnes d’ici cinq ans, c’est le volume annuel supplémentaire de volaille (moitié en désossé, moitié en préparation) qui pourra être exporté vers l’Union européenne à 27 par les quatre pays membres du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay), et cela sans payer de droits de douane.

A lui seul et en année « normale », le Brésil exporte déjà environ 600 000 tonnes d’équivalent carcasse (tec). Les deux dernières années, il a connu une baisse importante suite aux différents scandales sanitaires (494 000 tec en 2017 et 359 000 tec en 2018). Autant dire que ces 180 000 t sont plus que bienvenues… pour lui. Elles vont s’ajouter aux 900 000 tonnes et quelque venant des pays tiers (Thaïlande, Ukraine…).

L’association brésilienne des protéines animales (ABPA), qui a accompagné la ministre de l’agriculture Tereza Cristina à Bruxelles, parle « d’accord historique » avec un volume obtenu « significatif » qui lui permet de maintenir une position forte sur un marché rémunérateur. Par ailleurs, l’ABPA estime que l’accord ouvre la voie aux ovoproduits et la viande porcine qu’il essaie d’exporter en Europe depuis dix ans.

Il y a quelques mois, il n’était question que de 90 000 t à droit nul, et déjà tous les professionnels européens criaient au scandale sanitaire, environnemental et sociétal.

Plutôt qu’un accord gagnant-gagnant, c’est un accord « deux poids-deux mesures » qui va tromper le consommateur européen, dans la mesure où les normes et les modes de production du Mercosur sont moins élevées qu’en Europe.

C’est aussi un accord du double langage, prônant d’un côté une montée en gamme pour un consommateur de plus en plus exigeant, et de l’autre ouvrant les vannes à des produits qui finiront dans l’assiette des consommateurs sous forme de produits transformés.

 

Des effets négatifs en chaîne

 

Le commissaire européen à l’agriculture Phil Hogan a admis que l’UE avait dû faire des concessions importantes sur l’agriculture, mais en ajoutant que des mesures de sauvegarde avaient été prises (contre la variation soudaine des volumes), ainsi que le respect des normes UE (sanitaires, environnementales), avec la référence explicite au principe de précaution.

Cette déclaration ne convainc pas la FNSEA. Christiane Lambert rappelle que 74 % des phytos autorisés au Brésil sont interdits en Europe.

Pour l’interprofession française de la volaille (Anvol), cet accord enterre purement et simplement le plan de la filière établi fin 2017 à la suite des Etats généraux de l’alimentation. Notamment le plan de reconquête des parts d’importation. Le Mercosur va devenir le premier fournisseur de viande de poulet en France, le niveau global d’importation étant déjà à 45 %. Ces 180 000 t correspondent peu ou prou à la production de 1500 éleveurs et 3000 salariés d’abattoirs estime l’Anvol. Selon l'interprofession, «  le plan de la filière volaille de chair est enterré. »

Cet apport supplémentaire fera chuter le prix européen du filet de poulet et plombera la compétitivité.

Les négociateurs ont aussi « oublié » le Brexit. Le Royaume Uni est le plus important débouché de la volaille importée, surtout brésilienne. Directement pour environ un quart du total ou via les Pays-Bas pour environ la moitié. L’Itavi l’estime à 650 000 tonnes importées annuellement. Sans les anglais, où iront ces filets destinés à l’industrie agroalimentaire et à la restauration hors foyer ?

Pour être définitivement ratifié, l’accord du 28 juin devra encore être validé par les Etats membres, puis approuvé par le Parlement européen. Dix jours avant, plusieurs états membres dont la France avaient appelé à la vigilance vis-à-vis du secteur agricole, mais pas l’Allemagne. Le 28 au soir, le président français saluait un accord « bon à ce stade ».

Le 1er juillet, l’Anvol lui a écrit et demandé de ne pas ratifier l’accord pour que l’Europe n’abandonne pas sa souveraineté alimentaire comme l’ont fait les anglais depuis longtemps. Il est encore temps de faire marche arrière.

 

 

Un accord soi-disant gagnant-gagnant

Officiellement, c’est un accord « gagnant-gagnant » qui « va permettre d’établir un commerce ouvert, équitable, durable et réglementé » a commenté Jean-Claude Juncker, encore président de l’UE pour quelques jours. L’accord élimine plus de 90% des droits de douane pour chaque bloc.

Pour l’UE vers le Mercosur, les baisses de droits vont des produits industriels (voitures, équipements, pharmacie, …) aux biens de consommation (habillement, vins et spiritueux, chocolat, formages et produits laitiers…). Les 357 IGP agricoles sont reconnues.

Pour le Mercosur vers l’Europe, les droits baissent à terme de 92 % sur les denrées agricoles stratégiques pour les américains du sud ; le marché s’ouvre en cinq années avec des quotas à droit zéro ou préférentiel sur la viande bovine (99 000 t), le sucre (180 000 t à droit nul), l’éthanol (650 000 t), et bien sur la volaille (180 000 t).

 

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