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« La litière de tourbe est le meilleur compromis pour mon élevage de poulets lourds »

Pour limiter les pododermatites tout en maîtrisant les frais de litière, Guillaume Garnier épand de la tourbe dans ses deux poulaillers. Un produit technique qui l’aide à maintenir des litières sèches.

Équipé depuis 2019 de deux poulaillers de 3 000 m2 sous concept de ventilation Skov avec un sol en béton, Guillaume Garnier a également adopté la litière, largement utilisée par les éleveurs de poulets danois : un mélange de copeau de bois et de tourbe, matière organique connue pour sa forte capacité d’absorption.

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L’éleveur de poulets lourds, installé à Montauban de Bretagne en Ille-et-Vilaine, a raisonné ce choix dans une démarche d’optimum économique, en intégrant les performances techniques du lot, les primes pododermatites, les frais de litière et de chauffage mais aussi le temps de travail pour le repaillage. « Mon objectif est d’apporter un maximum de confort aux poussins avec une litière sèche et une bonne ambiance pour maîtriser les pododermatites. Je cherche à éviter les pénalités sans viser à tout prix le bonus du 0 % de podo sur tous les lots car il ne compense pas totalement le surcoût de litière. »

Des frais de litière et de gaz maîtrisés

Équipé de multiples indicateurs (compteurs à gaz, systèmes de pesage des quantités de repaillage…), Guillaume Garnier a l’habitude de tout chiffrer et mesurer, y compris le temps passé à chaque tâche. Depuis qu’il utilise de la tourbe pour le primopaillage de ses poulaillers neufs à extraction haute et progressive, sa marge poussin aliment s’est maintenue autour de 12,50 €/m2/lot (5,7 bandes par an, poulets de 45 jours, 20 à 22 poussins/m2), avec 80 % des lots ayant entre 20 et 30 % de pododermatites (pas de pénalités).

Les frais de litière ont baissé à 42 cts/m2/lot (contre 73 cts lorsqu’il utilisait uniquement de la farine de paille). Et cela sans faire exploser les frais de chauffage. Raccordé au gaz de ville, sa facture annuelle de chauffage est de 73 cts/m2/lot. C’est un coût relativement bas sachant que l’éleveur ne se limite pas du tout en chauffage. En phase avec les préconisations de Skov, le chauffage sert à combattre l’hygrométrie du poulailler durant les 20 premiers jours, tandis que la ventilation répond aux besoins de renouvellement d’air. Équipés d’une extraction par des cheminées avec ventilateurs progressifs, les deux bâtiments ont également un plafond plat, ce qui contribue à la maîtrise des charges de gaz.

Moins de temps passé à repailler

Avant de s’intéresser à la tourbe, qui lui semblait trop chère de prime abord (323 euros la tonne), Guillaume a testé d’autres produits (granulé de paille, farine de paille, mélange copeau/sciure) « mais toutes nécessitaient de repailler relativement tôt et souvent, donc pas économiques », précise-t-il. « La litière 100 % sciure est idéale pour ne pas avoir de pododermatites (à condition qu’elle soit très sèche) mais cette solution a été écartée d’office car incompatible avec la valorisation de nos fumiers destinés à une unité de méthanisation. » Malgré un coût élevé à la tonne, la tourbe a permis à l’éleveur de baisser ses frais de litière. « On en met très peu au démarrage (850 g/m2 pour un sol béton en hiver et 700 g/m2 pour un lot d’été) et elle nécessite moins de repaillages (deux fois moins qu’avec un primopaillage en farine de paille et jamais avant 21 jours). De plus, ce matériau présente d’énormes avantages au démarrage », résume l’éleveur. Cette litière est désormais également utilisée sur le site de 5 poulaillers de 1200 m2 de ses deux associés. Cela représente en tout 12 000 m2 en poulet lourd, que Guillaume gère au quotidien à l’aide d’un salarié.

Un management adapté de la litière

Produite par l’entreprise danoise Spanvall, la tourbe est préalablement hygiénisée et mélangée pour moitié avec du copeau de bois. Elle est livrée compressée en botte de 850 kg (voir ci-contre). C’est un produit complexe qui nécessite toutefois deux précautions d’usage pour en tirer tous les bénéfices : un préchauffage important et une mise en place de la litière la plus proche possible de l’arrivée des poussins (12 heures avant au maximum).

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« En agissant ainsi, l’humidité contenue naturellement dans la tourbe est relarguée à hauteur des poussins, ce qui contribue à bien les hydrater tout en maintenant un confort thermique. » En pratique, Guillaume démarre le préchauffage des bâtiments 6 jours avant l’arrivée des poussins (tubes à ailettes Spiraflex). La consigne monte progressivement de 20 °C à 35,5 °C la veille du démarrage, pour atteindre une température de dalle de 29-30 °C le jour J. La litière est étalée l’après-midi précédent.

Il utilise un godet de paillage à hélices (porté par un télescopique) avec une table d’épandage qui permet de bien casser les mottes de litière et de la répartir uniformément sur une épaisseur d’1 cm, pas plus. Il faut 20 minutes pour pailler un 3 000 m2, avec une botte de 850 kg pour 1000 m2. « Les Danois n’en mettent que 500 g/m2. Cela fonctionne sur un lot d’été mais c’est trop juste en hiver », a testé Guillaume.

Une litière sèche sur tout le lot

Durant les premiers jours, il maintient une consigne élevée (33°C jusqu’à 4-5 jours) puis la baisse progressivement. « La litière reste très friable et sèche. Les poussins démarrent bien. Je ne vois jamais de pododermatites les premières semaines. Celles observées en fin d’élevage restent superficielles. » L’ajout de litière, à partir de 3 semaines, est réalisé à l’aide d’une pailleuse Dussau avec de la farine de paille produite sur place. Il en amène par très fines couches 1 à 2 fois par semaine, 5 à 6 fois par lot représentant au total 1,33 kg/m2 de rajout de paille. Il compte une heure pour repailler 6 000 m2. Dans les poulaillers plus anciens conçus avec une ventilation transversale et sur terre battue, il épand une couche un peu plus épaisse de tourbe en primopaillage (2 ballots pour 1200 m2, 1,4 kg/m2) et ajoute de la paille un peu plus tôt (1,33 kg également).

« Sans être un produit miracle, la tourbe joue beaucoup dans la maîtrise de la qualité de litière », conclut l’éleveur. Elle lui sert aussi à mieux anticiper un dérapage du lot. Au moindre excès d’eau (une fuite de pipettes, des fientes plus humides), la litière qui agit comme une éponge à tendance à se gondoler. C’est un indicateur très subtil ! Autre avantage, le bâtiment est beaucoup plus facile à laver, a remarqué l’éleveur, car la tourbe ne colle pas à la dalle.

Une litière de tourbe hygiénisée

La tourbe de l’entreprise danoise Spanvall est issue d’un procédé industriel spécifique.

La tourbe est une matière organique issue de la dégradation de débris végétaux. Celle de Spanvall est prélevée dans les Pays Baltes, dans des zones de polders où elle se régénère rapidement. Mélangée à du copeau, elle est hygiénisée par un traitement à 180°C, dépoussiérée, avant d’être compressée en ballots de 850 kg (ce qui malgré la distance, permet de réduire les coûts de transport et de stockage). Son pH acide (4,5) limite le risque de développement de bactéries. Protégée par un film anti-UV, la litière doit être utilisée dans les 12 mois pour éviter qu’elle ne se dessèche. Le fabricant annonce une capacité d’absorption égale à 10 fois son poids, contre 4 fois dans le cas d’un copeau. « La tourbe agit comme une éponge », confirme Jean-Jacques Le Moigne de l’équipementier Skov. « Elle relargue son humidité au niveau du bec du poussin au démarrage. Vers 3-4 semaines, elle capture une partie de l’excès d’humidité de l’air du poulailler. »

Côté éco

Frais de litière de la SCEA Garnier (deux poulaillers de 3 000 m2)

Coût de la litière de tourbe Spanvall (323 €/t)

Coût de la farine de paille : 110 €/t (produite et broyée sur place)

Coût du primo paillage en tourbe : 1 650 € pour 6 000 m2 (0,850 kg/m2)

Coût du repaillage en farine de paille : 880 € (1,33 kg/m2)

Coût de litière en fin de lot : 2 530 € soit 0,42 €/m2

(à comparer à une version 100 % farine de paille : 6,5 kg/m2 soit 0,73 €/m2)

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