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Comment la dinde française peut-elle gagner en compétitivité et en visibilité ?

Après avoir connu un formidable succès jusqu’au début des années 2000, la production française de dinde a dégringolé. Depuis 2022, elle se stabilise. L’Itavi liste des pistes d’amélioration pour tenter de regagner des parts de marché.

<em class="placeholder">La France qui pesait 45% de la production européenne de dindes en 2000 ne représente plus que 15 % de cette production en 2024 (source Itavi).</em>
La France qui pesait 45% de la production européenne de dindes en 2000 ne représente plus que 15 % de cette production en 2024 (source Itavi).
© P. Le Douarin

La France qui pesait 45 % de la production européenne de dindes en 2000 ne représente plus que 15 % de cette production en 2024. « Sur les dix dernières années, l’écart de coût de production s’est creusé autour de 30 à 40 centimes d’euro le kilo vif au profit du poulet », a souligné Mohamed Bouzidi de l’Itavi, retraçant l’histoire de la production lors de la journée Itavi sur la volaille de chair le 6 novembre 2025. D’autres pays européens ont pris le relais de la France : la Pologne mais aussi l’Espagne ou l’Allemagne qui voient leur production augmenter. Or pour regagner des parts de marché, la production française de dindes doit gagner en coût de production et en visibilité. Bonne nouvelle, après des années de recul, la production française est stable depuis 2022 et elle devrait le rester selon les prévisions de l'Itavi. 

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La dinde ne profite pas de la « pouletisation »

L’écart de coût de production avec le poulet, longtemps compris entre 10 et 15 centimes le kilo, s’est creusé avec une perte de compétitivité défavorable à la dinde. « Avant les années 2000, l’écart d’indice de consommation entre le poulet et la dinde était faible, compensé par des rendements de filets intéressants, mais depuis l’interdiction des protéines animales transformées, cet écart se creuse avec une dégradation de l’IC pour la dinde. L’écart entre le poulet et la dinde avoisine 0,5 à 0,6 point aujourd’hui », a expliqué Mohamed Bouzidi. De son côté, la génétique du poulet n’a cessé d’améliorer les conduites d’élevage avec moins de mortalité et plus de productivité.

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Une localisation dans l’Ouest

Concentrés dans l’Ouest, les élevages sont prépondérants dans deux départements, le Morbihan et le Maine-et-Loire, regroupés autour des cinq couvoirs français « concentrés et performants » qui tirent leur épingle du jeu. La France avec 1,4 milliard d’œufs à couver est numéro 2 derrière la Pologne depuis 2019. La particularité de la production française est d’être axée sur de la dinde médium (autour de 8 kg), loin derrière la Pologne, l’Italie et l’Allemagne qui produisent des poids carcasse entre 10 et 13 kg. « Cela joue sur la compétitivité de la filière française malgré une tendance à l’alourdissement des carcasses. » Quant au maillon abattage, depuis mars 2025 et la fermeture de l’abattoir de Blancafort, dans le Cher, il ne reste que quatre abattoirs abattant plus de 70 % des volumes. À noter, 5 à 10 % de la production française est abattue en Belgique et en Allemagne.

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Une bonne présence en RHD

Côté consommateur, en dix ans, les achats des élaborés de dinde ont baissé de 30 % quand ceux de poulet ont augmenté de 20 %. Conséquence du coût de production, l’écart de prix entre le poulet et la dinde, défavorise les achats en GMS de viande de dinde. Depuis 2020, l’écart s’est creusé avec 2,10 euros le kilo d’écart entre les escalopes de poulet et de dinde ; 1,50 euro le kilo d’écart pour les panés frais. « Par ailleurs, la dinde bénéficie d’une moindre visibilité en magasin et en communication contrairement au poulet. » Cela étant, les escalopes de dinde sont les moins pénalisées par la baisse (-21 %), et en 2025, les achats demeurent stables avec 43 % des achats sous forme d’escalopes. La viande de dinde connaît une stabilisation de ses achats, avec une prépondérance de la dinde standard (60 % des achats), laquelle bénéficie d’une hausse des achats des ménages de 4,6 % entre 2024 et 2025, a contrario du bio, du certifié et du Label rouge qui régressent fortement sur cinq ans. « La dinde conserve une image favorable, notamment dans la restauration collective, où les coûts par portion restent maîtrisés (blanquettes, sautés, etc.) », souligne-t-on à l’Itavi.

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Des pistes de progression

Au final, la dinde pourrait gagner en compétitivité à l’avenir. Mais cette amélioration passe par quatre grands axes repris par l’Itavi : l’alourdissement des carcasses afin de réduire le coût de production ; la meilleure valorisation des découpes (cuisses et ailes) ; la réduction de l’écart de prix entre la protéine de soja et les protéines animales transformées et le développement de nouvelles souches génétique plus performantes (IC, mortalité, maladies…). En effet, au-delà du défi sanitaire à relever à travers les différents pays producteurs dans le monde, la dinde, sur le plan génétique ne doit pas laisser l’écart s’installer avec le poulet. Et si les installations sont pénalisées par la directive IED, « la généralisation de l’ECC pourrait donner un avantage à la dinde sur le marché européen, notamment le certifié et le standard avec jardin d’hiver ».

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Un transfert de production au sein de l’Europe

Aujourd’hui, la production européenne de dinde est stable et se concentre sur cinq pays : Pologne, Espagne, Allemagne, Italie, France. Les parts de marché libérées par la France ont été transférées, notamment vers la Pologne, l’Espagne et l’Allemagne. Effectivement, la Pologne a doublé sa production en dix ans. Plus des trois quarts de la production polonaise sont exportés sur le marché européen essentiellement. Quant à l’Allemagne, sa production se recentre plutôt sur son marché intérieur. Or depuis 2021, la production a décroché avec la guerre en Ukraine, l’inflation et l’influenza aviaire, tirant les prix à la hausse. Depuis janvier 2024, « le prix du filet de dinde a augmenté de 75 % », indique le spécialiste de l'Itavi Mohamed Bouzidi. « Selon nos estimations en 2025-2026, nous tablons sur une stabilisation de la production. »

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Une balance commerciale à l’équilibre

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Mohamed Bouzidi de l’Itavi

« En vingt-cinq ans, le solde commercial en volume s’est effondré, passant de 350 000 tonnes équivalent carcasse (téc) à seulement 1 000 téc. Les importations de dinde sont restées relativement stables, mais la forte baisse des exportations explique cette dégradation. En valeur, la balance commerciale a connu deux années de déficit (2022 et 2023), avant de revenir à l’équilibre en 2024. Ce déséquilibre résulte d’exportations à faible valeur face à des importations composées majoritairement de filets et de produits préparés. »

 

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