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Jean-Pierre Vaillancourt, vétérinaire et chercheur en biosécurité :« Faire rimer biosécurité avec bon sens »

Spécialiste canadien en médecine des populations avicoles, Jean-Pierre Vaillancourt adapte les recherches sur les méthodes de biosécurité aux multiples réalités du terrain, en restant pragmatique.

« On sait depuis longtemps comment biosécuriser les fermes. Le problème c’est qu’on ne le fait pas. » Fils d’accouveur québécois, Jean-Pierre Vaillancourt est né au milieu des volailles. Professeur reconnu Outre-Atlantique, il a choisi de prendre « une année sabbatique » pour rejoindre la chaire de biosécurité créée par Jean-Luc Guérin à Toulouse. Il va surtout se consacrer aux éleveurs du Sud-Ouest.
© X. Cresp

La biosécurité est souvent mal perçue. Comment faire évoluer cette vision ?

Jean-Pierre Vaillancourt - « Trop de gens ignorent la valeur de la biosécurité. Une biosécurité réussie n’est pas un carcan de protocoles administratifs : c’est une succession de réflexes et d’habitudes de bon sens à suivre dans son élevage. Pour être accepté et surtout suivi par le plus grand nombre, l’application du protocole doit forcément rester pragmatique, en tenant compte des contingences locales, professionnelles, culturelles, historiques.
 
Biosécuriser c’est d’abord anticiper, regarder les risques en face, et savoir pourquoi on veut le faire. Il ne faut pas le confondre avec le principe de précaution qui me semble une invention française. »

Chez soi, le bon sens et le respect des règles sont-ils suffisants ?

J.-P. V. - « Le défi, c’est que les éleveurs gardent le risque en tête. Ensuite, c’est le bon sens qui prime. Cela commence par se laver les mains au bon moment et au bon endroit, changer ses bottes et sa cotte entre bâtiments, le faire correctement, savoir ranger et nettoyer son matériel et organiser son travail.
 
Ces réflexes s’inscrivent dans une logique commune. Ensuite selon les structures, les lieux et la densité des élevages, les modes de transport, il faut affiner sa stratégie, et savoir communiquer autour de soi. C’est un enjeu collectif. »

Comment mieux communiquer et jouer collectif ?

J.-P. V. - « C’est savoir partager les informations et les traiter selon la réalité locale. La vision bretonne des élevages de palmipèdes est complètement différente de celle du Sud-Ouest.
 
Il convient de s’adapter au terrain et garder un esprit de terroir si on veut une application suivie d’effets, tant à la ferme qu’au niveau régional. À ce niveau interviennent le respect et la solidarité entre tous les éleveurs. Une biosécurité réussie, c’est aussi l’affaire de tous. Limiter la pression microbienne ou virologique c’est l’intérêt premier.
 
Ce n’est pas toujours le pathogène qu’il faut traiter, mais l’environnement qu’il faut gérer ! En virologie, qui cherche trouve. L’avantage d’une surveillance intelligente, c’est d’anticiper pour réagir vite sur des micros zones, avec un plan biosécuritaire bien établi.
 
Je suis surpris qu’en France les sites ne soient pas encore géolocalisés alors que c’est possible depuis longtemps. Un positionnement mis à jour régulièrement, en sachant 'qui fait quoi' est un outil d’accompagnement de base. Regarder ensemble une situation permet neuf fois sur dix de ne pas dépasser le niveau d’alerte et d’éviter d’affoler. »
 

Créer des systèmes surprotégés, est-ce envisageable à grande échelle ?

J.-P. V. - « Concernant la globalité d’une production, il est préférable d’envisager le micro zonage (échelle communale) plutôt qu’une compartimentation qui nécessite la maîtrise totale des flux et des provenances.
 
Par exemple avoir des plannings de production identiques pour des sites proches afin de maîtriser les flux. Presque impénétrable, ce concept offre une meilleure possibilité d’identifier les risques à temps.
 
Avec ce type d’organisation, la surveillance de l’avifaune est intéressante pour prédire, quantifier et géopositionner le risque par secteur. »
 

Canards et Sud-Ouest, quel avenir ?

J.-P. V. - « Deux ou trois siècles d’histoire du canard dans cette région, c’est une aventure humaine et sociale. Pour que la biosécurité fonctionne, il faut en tenir compte. Après deux années compliquées, les esprits sont prêts à relever le défi et régler les problèmes. C’est une opportunité à saisir tout de suite, avant que le soufflé ne retombe. Une fois passée la confrontation, on oublie trop vite les problèmes. »
 

« Une biosécurité réussie, c’est l’affaire de tous »

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