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Volailles : Actualité agricole et agroalimentaire des filières poulets, poules pondeuses, canards, dindes, œufs, foie gras dédié

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Jean-Luc Guérin, professeur à l’École nationale vétérinaire de Toulouse
Influenza aviaire : « Bien purger et nettoyer la zone de restriction »

Enseignant chercheur spécialiste en pathologie aviaire, Jean-Luc Guérin participe activement aux réunions d’information des producteurs du Sud-Ouest. Il insiste particulièrement sur la qualité du vide sanitaire qui commence le 18 avril 2016.

Pourquoi cette épizootie a frappé dans le Sud-Ouest et pas ailleurs ?
Jean-Luc Guérin -

"Dans le Sud-Ouest, l’élevage du canard mulard cumule plusieurs facteurs de risques qui ont favorisé l’éclosion de virus hautement pathogène et leur diffusion massive : espèce réservoir, élevages en plein air, modes de production en âge multiple, grande quantité d’animaux présents. Cela dit, nous n’avons pas encore une vision exhaustive du statut des volailles en France."

Peut-on prévoir le passage d’un virus faiblement pathogène en hautement pathogène ?
J.-L. G. -

"Non, c’est totalement imprévisible, même avec une surveillance active. La transformation en HP est un phénomène aléatoire, qui se produira avec une probabilité d’autant plus grande s’il y a plus de virus circulant. Il faut donc limiter la taille de la population des virus."

L’avifaune sauvage est-elle impliquée ?
J.-L. G. -

"On n’a pas d’éléments pour incriminer ou dédouaner l’avifaune. Elle a sans doute joué un rôle initial dans l’introduction du virus dans les élevages, mais pas dans la diffusion. Une surveillance de l’avifaune est en cours pour fournir des données sérologiques et suivre l’excrétion de virus dans les matières fécales : quel a été son rôle en 2015 ? Peut-elle avoir été contaminée par les palmipèdes et pourra-elle les contaminer après le vide sanitaire ? La remontée d’oiseaux migrateurs porteurs de virus HP venus d’Afrique n’a jamais été observée et elle est très peu probable."

La durée de vide sanitaire décrétée est-elle suffisante ?
J.-L. G. -

"Elle va être différente selon chaque compartiment de palmipèdes (élevage, parcours, gavage) et selon chaque type d’exploitation. Si ce vide est précédé par un nettoyage et d’une désinfection bien faits, il sera suffisant pour purger le terrain des virus. Si cette phase primordiale est mal faite, il ne sert à rien de garder un vide plus long…. Plus il restera de matière organique, plus le temps de survie du virus sera long. L’aspect qualitatif est primordial. Il est décisif de synchroniser les vides et que tout le monde joue le jeu."

Les détenteurs de basses-cours sont-ils un risque important ?
J.-L. G. -

"Dépeupler ces élevages non-commerciaux aurait été idéal, mais très difficile à faire appliquer. Les autorités ont choisi de recenser et d’imposer un confinement, plutôt que de promettre la guillotine. L’important est de ne pas déplacer ces volailles durant la période où elles devront être confinées. Une basse-cour close porteuse de virus s’immunisera s’il n’y a pas d’introduction d’individus naïfs ou de déplacement vers d’autres basses-cours. Dans ce cas, elle ne devrait pas représenter de danger pour les élevages avicoles. Par contre, si elle a un caractère commercial et détient des palmipèdes, elle devrait être dépeuplée."

Quelles mesures prendre envers les autres volailles ?
J.-L. G. -

"Pour les poulets, pondeuses, pintades, dindes, la base des mesures, c’est pas de mouvement et pas de contact avec des palmipèdes. C’est plus important que le confinement. Je suis très réservé sur ce recours au confinement, car le statut sanitaire peut être dégradé en claustration. Concernant le gibier d’élevage (notamment gibier d’eau), une surveillance spécifique est prévue."

Quels sont les points à maîtriser absolument au redémarrage des activités avec des palmipèdes ?
J.-L. G. -

"C’est clairement le statut sanitaire des canards prêts à gaver juste avant leur transfert dans un atelier extérieur de gavage. Puis, c’est le nettoyage du matériel de transport des animaux. C’est un facteur de risque considérable à travailler, car pour l’instant on ne sait pas assainir les cages ! Ces deux points seront sans doute l’objet de contrôles. Les modalités seront précisées ultérieurement par les autorités car les discussions sont en cours. Les conditions de qualification du statut sanitaire des canetons après le vide sanitaire sont aussi en cours de discussion."

Trois points à connaître

. Un cycle d’infection de quelques semaines

L’influenza n’est pas une maladie persistante. Le virus infecte l’oiseau, s’y développe et est excrété par l’animal qui s’immunise ou Puis le virus disparaît. Chez les galliformes, la période d’incubation (sans signe clinique) dure de un à quelques jours. Chez le canard, l’atteinte est quasiment toujours inapparente, avec une infection qui dure de quelques jours à deux semaines. Un troupeau ou un élevage se contaminent progressivement et l'infection peut durer plusieurs semaines.

. Les signes cliniques ont été moins intenses

Le tableau clinique rencontré dans le Sud-Ouest a été plus mitigé que ce qui est décrit habituellement, avec une évolution assez lente dans les lots. C’est ce qui a posé des problèmes pour poser une suspicion d’influenza. Même chez les galliformes (pintades et poulets), la mortalité a été d’intensité variable, souvent faible au début de l’épisode.

. Des tests rapides et fiables

Réalisé par des laboratoires agréés, le test sérologique détecte une infection passée, tandis que le test virologique (RT-PCR) une excrétion en cours. Tous deux ont une sensibilité et une spécificité très bonnes. Les délais d’analyse sont rapides, pratiquement du jour au lendemain. Lorsque le criblage en H5 ou H7 est positif, la confirmation officielle et le typage N du virus sont réalisés au laboratoire national de référence de Ploufragan. Une sérologie négative et une PCR positive suggèrent que l’infection est en cours. Avec une « séro » positive et une PCR négative, l’infection est vraisemblablement passée.

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