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Volailles : Actualité agricole et agroalimentaire des filières poulets, poules pondeuses, canards, dindes, œufs, foie gras dédié

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Entre basse-cour et industrie
Au Kenya, la production fermière d’œufs peine à décoller

La production d’œufs des petits fermiers ne permet pas de contribuer à l’autosuffisance alimentaire des Kényans. Quelques fermes industrielles répondent à la demande pour les zones urbanisées.

Sur les hauteurs de Kikuyu en banlieue de Nairobi, Rachel est ravie de montrer les deux petits bâtiments attenants à sa maison qui abritent deux lots de poules pondeuses, 550 au total. Retraitée de la fonction publique, elle a développé cette activité pour améliorer son niveau de vie. Quand les prix des œufs vendus dans son quartier et sur le marché hebdomadaire sont corrects, elle estime avec un sourire que « ce n’est pas un mauvais business ». Méthodique, elle a conservé la page de conseils d’élevage remise par le distributeur local (Agrovet) qui vend matériel, aliments et vaccins. Chaque jour, avec l’aide d’un voisin, elle donne les soins aux volailles, aux trois laitières et à leurs veaux et ramasse 12 à 13 plateaux d’œufs. Elle achète ses poulettes hybrides d’un jour à 110 Kenyan shilling (Ksh) l’unité, soit 0,96 €(1), à Kenchic, le géant de l’aviculture kényane. « Les poules vont pondre à quatre mois durant un an et demi. Ensuite, je les vends sur le marché », explique Rachel. Avec précaution, elle respecte les consignes sanitaires et alimentaires. « Quand la production chute, j’ajoute des vitamines et des protéines à l’aliment ». Nous calculons ensemble que la production moyenne de ses poules atteint 240 œufs par an. Trente et un millions des 37 millions de volailles recensées sont des volailles de basse-cour, les Kienjeji chicken, issues de brassages génétiques (2). Présentes dans près de 70 % des foyers, ces poules pondent en moyenne une quarantaine d’œufs par an. Ces élevages connaissent une mortalité élevée due aux épidémies comme la maladie de Newcastle, la mauvaise qualité de l’eau, l’alimentation inadaptée…

Un marché informel prédominant

Alors que la majorité des foyers kényans possèdent une vingtaine de volailles (Kuku en Swahili) dans une logique de subsistance, la situation de Rachel illustre celle des fermiers qui, pour nourrir leur famille, choisissent l’élevage de volailles requérant peu d’espace et d’investissement. À 60 % ce sont des femmes, qui élèvent de cent à quelques milliers de volailles. Ils contribuent à la progression du marché de l’ordre de 4 % par an, dixit un consultant kényan en agro-business. Pour les œufs et les poulets indigènes, le marché local et informel continuerait à représenter 80 % de l’activité du secteur. La demande des fast-foods et des grandes surfaces comme Carrefour (au Kenya depuis fin 2016) serait satisfaite à 95 % par de la viande importée, dont la qualité et le respect de la chaîne du froid sont attestés. Il resterait de la place pour alimenter le marché, un appel d’air qui semble intéresser des entreprises étrangères, dont quelques françaises venues récemment en reconnaissance, mais surtout indiennes, pakistanaises, égyptiennes ou néerlandaises, rencontrées sur un salon professionnel avicole en février dernier à Nairobi.

Concurrence des pays voisins

Une augmentation de la production d’œufs contribuerait à améliorer la sécurité alimentaire, dans un pays où près de 40 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté (3) et 75 % en zones rurales. Toutefois, le prix moyen d’un œuf sur les marchés — de 8 à 9 centimes d’euros (10 Ksh) — reste cher pour les plus pauvres des Kenyans friands d’ugali (purée compacte de maïs), de riz ou de viandes grillées pour les repas de fête. Plusieurs handicaps freinent le développement de l’élevage chez les fermiers. Tout d’abord, le prix élevé des aliments. La production kényane de maïs — composant principal des aliments — ne suffit pas à nourrir les hommes et les animaux, les producteurs d’aliments doivent donc l’importer de Tanzanie, d’Ouganda, de Zambie, d’Ukraine ou du Brésil. Par ailleurs, la mauvaise qualité du stockage induit des pertes et des taux importants de mycotoxines, dans le maïs notamment. « Pour gagner notre vie, nous devons vendre le plateau d’œufs au moins 300 Ksh », affirme Rachel. La présidente du syndicat des éleveurs (KPFA), Madame Kariuki, précisait en janvier que le coût de revient d’un plateau avoisinait les 260 Ksh. La concurrence avec les œufs d’Ouganda notamment, meilleur marché, se fait sentir à l’Ouest du pays où des importations plus ou moins sauvages font ponctuellement baisser les prix.

Des fermes géantes intégrées

Ce désavantage concurrentiel avec les pays voisins et les faibles marges des éleveurs sont invoqués pour critiquer la non-intervention du gouvernement sur les prix, sur les taxes ou encore le peu de soutien à l’agriculture, compliqué par la décentralisation engagée en 2013. Ainsi, l’élevage fermier de volailles peine à s’organiser et à dégager de la valeur ajoutée, néanmoins il suscite l’intérêt d’organismes comme la Banque mondiale, la fondation Heifer ou la Fondation Bill & Melinda Gates, qui met sur pied sur projet de sélection « Sustainable Access to Poultry Parental Stock to Africa » (accès durable aux parentaux volaille en Afrique). Mais pour l’heure au Kenya, c’est le secteur privé qui fait bouger les lignes. Les plus importantes des fermes intégrées à des degrés divers tendent à envisager leur développement à l’échelle de l’Afrique de l’Est et sur le marché de la Communauté d’Afrique de l’Est. Tel est le cas du numéro un kényan, Kenchic (groupe Africa Poultry Development limited) qui a des installations en Tanzanie et Zambie et vend des poussins en Ouganda. L’entreprise maîtrise toute la chaîne, des grands-parentaux à la vente de produits alimentaires transformés aux supermarchés et restaurants. Hormis les informations disponibles sur son site Internet, aucune information n’est divulguée. Une dizaine d’autres fermes géantes disposent de couvoirs, vendent des poussins, fabriquent les aliments, abattent les volailles. Quelques-unes intéressent les médias comme celle de l’épouse du vice-président William Ruto, dotée d’un incubateur de 20 000 œufs ou celle du pionnier Nelson Muguku, enseignant devenu milliardaire, qui débuta dans les années cinquante. Le vice-président manifeste son intérêt pour l’aviculture ; outre le don ponctuel de poussins à des groupes de femmes, il fut impressionné l’an dernier par une visite dans une ferme au Soudan où l’on produit 180 000 œufs par jour.

(1) Le Kenyan shilling valait 0,0088 euro fin février.
(3) Rhode Island Red, Light Sussex, New Hampshire Red, Black Australorps, White leghorns, Plymouth Rock, Barred Rock, Buff Rock selon le Kenya Institute for Public Research and Analysis.
(2) Le Kenya était classé à la 142e place sur 189 pays selon l’index de développement humain des Nations unies avec une valeur de 0,59 en 2017.

concurrence avec les pays voisins et faibles marges

Des œufs et des hommes

Le continent africain représente seulement 4,4 % de la production mondiale d’œufs pour 16,6 % de la population. La consommation moyenne est restée stable entre 40 et 44 œufs par an et personne depuis 20 ans, alors qu’elle a atteint 204 œufs dans le reste du monde en 2017.

Alors que près de trois Kényans sur quatre élèvent des poulets, la consommation d’œufs n’a été multipliée que par 1,5 entre 1961 et 2015 : de 19 à 29 œufs par an et par personne. Dans le même temps, la population a sextuplé, passant de 8,4 millions à 49,7 millions.

Toutefois, la consommation d’œufs et de viande de volailles augmente pour la population urbaine et la classe moyenne. L’aire urbaine de Nairobi compte 8,3 millions d’habitants, dont 2,5 millions dans des bidonvilles. Le pays abrite de fortes inégalités : 8 300 personnes disposent de la même richesse que 50 millions de Kényans, selon l’ONG Oxfam.

« La production fermière peut être rentable »

L’amélioration de la production de volailles en Afrique est défendue par des experts comme le vétérinaire Vincent Guyonnet (1). « L’œuf, produit de production et consommation locale, a un avenir, à condition de faire sa promotion nutritionnelle, d’élever des reproducteurs de qualité, de développer les couvoirs, de maximiser les performances des souches commerciales en apportant des aliments de qualité à des prix supportables. La vente des poules de réforme peut satisfaire le marché local. Tout cela serait rentable si des organisations de producteurs pouvaient se développer pour améliorer la logistique sur les aliments et la commercialisation ». Le consultant estime que la recherche de nouvelles souches de volailles à partir de variétés indigènes va nécessiter trop de temps et qu’il vaudrait mieux maximiser les performances des oiseaux présents et des souches commerciales.

(1) Vincent Guyonnet est consultant pour le secteur avicole et s’intéresse au développement international. Il s’est installé au Canada après ses études vétérinaires à Lyon (1987) et un Ph D (doctorat en philosophie) aux États-Unis à l’Université de Géorgie (1991)
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