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Viticulteurs, soyez vigilants face à la Xylella fastidiosa

La sous-espèce de la Xylella fastidiosa responsable de la maladie de Pierce sur vigne a été détectée cet été en Europe. Une grande vigilance est de mise pour éviter toute contamination en France.

On le craignait, c’est arrivé. Ce mois de juin, la Xylella fastidiosa fastidiosa a été pour la première fois détectée en Europe, et plus précisément à Majorque, sur un cep de table d’une vingtaine d’années, destiné à l’autoconsommation. Ce plant avait été obtenu à partir d’un greffon de moscatel.

Pour mémoire, la Xylella fastidiosa fastidiosa provoque la maladie de Pierce sur vigne, qui conduit à la mort plus ou moins rapide des ceps, selon leur âge et leur sensibilité (voir tableau). « C’est une maladie vectorielle, comprenant un nombre de vecteurs potentiels très important, indique Jérôme Jullien, expert référent national en surveillance biologique du territoire au sein du ministère de l’Agriculture. Citons les cercopes, les cicadelles, les aphrophores et les cigales. Ce sont des insectes piqueurs suceurs de xylem, qui provoquent des nécroses et une rupture dans l’alimentation en sève du végétal. » On assiste alors à un brunissement de l’apex et du limbe, ou du pourtour des feuilles, à des problèmes d’aoûtement des sarments, et à une diminution de la croissance allant jusqu’à la mort survenant de deux à trois ans après infection pour les cépages les plus sensibles, à plus de cinq ans pour les plus résistants.

De nombreuses inspections en cours en 2017

Pour l’heure, l’origine de la contamination ibérique (matériel végétal ou vecteur) est encore inconnue, le laboratoire de l’Anses d’Angers procédant toujours aux analyses moléculaires. Il est donc difficile d’estimer les probabilités de voir débarquer la bactérie dans l’Hexagone. Mais « vu comme les insectes vecteurs sont omniprésents, on peut penser que si la maladie arrivait, elle pourrait prendre facilement de l’importance », alerte l’expert. Pour pallier toute éventualité, la France a donc mis en place une surveillance programmée officielle début 2017, comprenant des inspections ciblées chez les revendeurs, producteurs et en parcelles cultivées. L’Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes ainsi que le Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées comprennent au total cinquante parcelles à surveiller. De plus, les inspecteurs de FranceAgriMer, de la Fredon et du Sral sont chargés de détecter la maladie en même temps que la flavescence dorée, des inspections sont menées dans le cadre de la délivrance du passeport phytosanitaire européen et les points d’entrée communautaire sont sous haute vigilance.

100 % des vignes mères de greffons inspectées en 2017

Par ailleurs, un Plan national d’intervention sanitaire d’urgence a été publié le 6 janvier 2017, afin « de préparer au mieux chaque région à la mise en place de mesures de lutte dans les cas d’une suspicion ou d’une confirmation de foyer », assure Jérôme Jullien. Les zones les plus concernées par une possible contamination sont logiquement celles du pourtour méditerranéen et la Corse.

Parallèlement à cela, les autorités sanitaires recommandent d’être vigilants lors des achats de plants étrangers. Car, comme le rappelle David Amblevert, président de la Fédération française des pépiniéristes, en 2016, la France a importé 25 millions de plants de vigne, sur un marché national d’environ 120 millions. Or les normes sanitaires étrangères, et les inspections, ne sont pas toujours au même niveau que les nôtres. Au printemps, la Fédération a donc demandé à FranceAgriMer de renforcer les contrôles sur le matériel importé. « Mais même si nous sommes entendus, les pouvoirs publics ayant de moins en moins d’argent, ils se retrouvent dans une incapacité d’action », déplore David Amblevert. La pépinière se concentre donc sur sa production intérieure. « Cette année, en France, 100 % des vignes mères de greffons seront prospectées contre la flavescence dorée, indique le président. En même temps, on vérifie l’absence de la Xylella ou d’autres ravageurs. » Le matériel sanitaire français est donc censé être indemne. Et tant mieux. Car si la vigne venait à être infectée, il faudrait « l’arracher, l’incinérer sur place et appliquer un traitement insecticide sur toute la zone, avec les mêmes produits que ceux destinés à éradiquer la cicadelle de la flavescence dorée », décrit Jérôme Jullien. Un sombre tableau qui rappelle tristement celui du phylloxéra…

voir plus loin

Attention au scarabée japonais

Malheureusement, la Xylella fastidiosa n’est pas la seule menace planant sur les vignobles ; la pression sanitaire est particulièrement prégnante. Le dernier nuisible viticole sous surveillance se nomme Popillia japonica. Ce scarabée japonais, présent en Lombardie et dans le Piémont en Italie depuis 2014, mais dont l’éradication vient d’être reconnue comme impossible, inquiète les autorités sanitaires. Elles recommandent donc d’être plus que jamais vigilant lors des commandes de matériel végétal en provenance de ces zones. « Les principaux risques d’infestation concernent les pépinières viticoles et les jeunes plantations », pointe Jérôme Jullien. Il faut donc vérifier que les racines et la terre soient exemptes de larves lors de tout achat. Les morsures larvaires de printemps au niveau du chevelu racinaire peuvent en effet provoquer une rupture dans l’alimentation du végétal, et donc entraîner la mort du pied. En revanche, les morsures foliaires estivales des adultes sont moins dommageables et plus facilement repérables.

Court-noué, la recherche avance

Sur le sujet du court-noué, en revanche, l’été s’est avéré plutôt faste. Deux pistes de lutte contre le principal virus de la vigne ont émergé. Citons tout d’abord les fameux anticorps de chameau de Ténériffe, ou nanobodies, qui ont déjà fait couler tant d’encre. Produits par la plante, que ce soit des porte-greffes de vigne ou du tabac, ces anticorps ont réussi à neutraliser précocement l’un des principaux agents de la maladie du court-noué de la vigne, à savoir le Grapevine Fanleaf Virus ou GFLV, conférant ainsi une résistance à ce virus.

Comme souvent en recherche, ce résultat a été obtenu de manière plus ou moins fortuite. « Nous cherchions à visualiser le virus afin de comprendre comment s’effectuent sa propagation dans la plante et sa transmission par les nématodes, se remémore Christophe Ritzenthaler, chercheur au CNRS de Strasbourg. Pour ce faire, nous avions transformé des plantes afin qu’elles produisent des nanobodies. Mais une fois cet ajout réalisé, impossible de les infecter. Nous avions conféré une résistance aux virus. » L’idée d’avoir recours à des nanobodies trouve quant à elle sa source dans les particularités de la structure du virus. La surface du GFLV présente en effet des bosses et des trous. Or les nanobodies, qui sont des anticorps de camélidés, ont une très bonne capacité à pénétrer dans des cavités. Christophe Ritzenthaler a donc eu l’intuition qu’ils pourraient facilement se fixer sur le GFLV. Une intuition gagnante.

Néanmoins, les applications concrètes de cette découverte risquent de se faire attendre en France. Car pour conférer cette résistance aux porte-greffes, la seule solution actuelle serait de passer par de la transgenèse et donc de créer des OGM. Ce que la société civile n’est pour l’heure probablement pas prête à accepter… Pour l’heure, en France, la seule application en vue serait la création d’un diagnostic Elisa permettant de détecter avec une grande précision le GFLV en pépinière ou au laboratoire.

Vers un épandage de granulés de sainfoin à la plantation ?

Moins médiatisé, mais non moins prometteur, l’épandage de granulés de sainfoin déshydraté est en pleine expérimentation. Le comité champagne, l’Inra de Colmar et l’entreprise Multifolia testent en effet cette technique pour lutter contre le nématode vecteur du virus du court-noué. "Nous avons mis en évidence l’activité antagoniste de ces granulés sur les nématodes du court-noué", annonce Olivier Lemaire, directeur de recherche de l’Inra de Colmar. L’idée serait donc d’arracher la parcelle contaminée, de la mettre en jachère avec des légumineuses telles que le sainfoin, la luzerne ou le lotier durant deux ans, de les enfouir et/ou d’ajouter des granulés de sainfoin, et de planter. Une idée que l’expérimentation en cours validera ou non. Les premiers résultats devraient arriver d’ici trois ans.

La prémunition (voir Réussir Vigne d’avril 2015, p. 21), la résistance naturelle au virus ou au nématode, la métagénomique et l’approche biotechnologique sont autant d’autres pistes étudiées par les chercheurs. Et ce, afin de pouvoir "associer différentes stratégies durables, pour arriver à rester au-dessus du seuil de nuisibilité, conclut Olivier Lemaire. Car il ne faut pas se leurrer. On ne pourra pas éradiquer le virus."

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