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Semer et détruire ses couverts végétaux aux bons moments pour pailler le rang de vigne

Pour ne pas pénaliser la vigne, mieux vaut être vigilant sur les dates de semis et de destruction du couvert. Voici les conseils pour trouver le bon équilibre.

<em class="placeholder">paillage en place en vignes charentaises</em>
Le couvert obtenu par Pierre Forgeron pour le paillage en place en 2022 a été fauché début mai, alors que la végétation était déjà haute.
© P. Forgeron

Quatre tonnes de matière sèche par hectare. C’est peu ou prou ce qu’il faut de couvert végétal pour espérer pailler correctement le cavaillon avec l’enherbement de la parcelle. « Ce qui n’est pas rien, relève Matthieu Archambeaud, agronome et formateur en agroécologie chez Icosystème. Cela représente un semis dense qui arrive à mi-cuisse environ. » Une biomasse qui ne doit pas pousser au détriment de la vigne, si l’on veut rester dans une logique de production.

Profiter au maximum du repos de la vigne et des pluies hivernales

Pour arriver à ce résultat, plusieurs approches sont possibles. Ce qui paraît le plus pertinent dans nos contextes de production reste de former de la biomasse au moment où la vigne est au repos hivernal, d’autant plus que c’est également à cette époque que l’on a le plus de chance d’avoir de l’eau pour la pousse des couverts. Un postulat encore plus vrai en contexte méditerranéen. « Et dans cette logique, semer le plus tôt est le mieux », lance Frédéric Thomas, spécialiste de l’agriculture de conservation des sols. Ce peut être dans l’été, ou bien après les vendanges. « Semer l’été permet de produire la biomasse à l’automne, ce qui est idéal d’un point de vue concurrence, mais c’est compliqué, détaille Matthieu Archambeaud. Après vendanges, c’est plus aisé, mais cela veut dire que la biomasse sera produite au printemps. Et c’est là que cela peut se révéler dangereux vis-à-vis de la vigne et que l’on peut retomber dans les travers d’un enherbement permanent. »

Pour éviter les écueils, l’agronome martèle : la date de destruction doit être fixée en fonction de la vigne et non du couvert. Il a d’ailleurs établi un postulat de base, d’après ses observations. Un couvert doit être détruit entre le 15 mars et le 15 avril. « Si les conditions sont défavorables, à savoir un contexte de sécheresse, une vigne faible ou un risque de gel, on avance pour être dans une fourchette du 1er au 31 mars, précise-t-il. À l’inverse si la pluviométrie est satisfaisante, que la mise en réserve de la vigne n’a pas été perturbée à l’automne, que le sol est doté d’une bonne réserve utile, alors on peut sereinement décaler la période de destruction du 1er au 30 avril. » Et si la biomasse attendue n’est pas au rendez-vous, le consultant recommande de ne pas tenter le paillage mais de restituer la matière organique produite au sol, pour augmenter sa fertilité.

Demander conseil aux céréaliers locaux, qui ont l’habitude

Pierre Forgeron, conseiller viticole indépendant en Charente, a effectué quelques expérimentations, chez des clients et des amis viticulteurs, de ce qu’il appelle le « paillage en place ». Il constate également que de nombreux facteurs entrent en jeu, outre les simples périodes de semis et de destruction. « En 2022 par exemple, sur quatre parcelles de test menées de la même manière, je n’ai eu qu’un seul succès, dans celle qui avait reçu des activateurs de sol pendant plusieurs années et où le sol était prêt d’un point de vue agronomique. Le triticale faisait 1,40 mètre et le seigle forestier 2,10 mètres de haut, là où les autres atteignaient péniblement 40/50 centimètres », témoigne-t-il.

 

 
<em class="placeholder">paillage en place en vignes charentaises</em>
Dans les vignes de Charentes, Pierre Forgeron a réussi à obtenir un paillage en place efficace. © P. Forgeron

Contrairement aux préconisations de Frédéric Thomas, il ne s’est pourtant pas précipité pour semer. Il faut dire qu’il s’est renseigné chez un cousin céréalier qui connaît bien le climat local et lui a suggéré d’opérer en novembre. « Et on a des sols qui répondent fort », glisse le conseiller. Les interrangs ont été préparés par un passage de cover-crop après vendange, suivi d’un deuxième passage 15 jours plus tard dans l’autre sens, créant des conditions optimales pour le semis. Ce travail du sol a été accompagné d’un passage de lames intercep pour nettoyer le cavaillon. Ce dernier est resté propre car le couvert, semé large et près du rang, l’a privé de lumière et de chaleur.

Concernant la fauche, en l’absence de gel annoncé, c’est la nécessité des premiers traitements, début mai, qui a été l’élément déclencheur. « Mais le couvert était suffisamment développé, puisque nous avons obtenu un beau paillage de 40 centimètres d’épaisseur et 60 centimètres de large qui a tenu toute la saison. Seuls quelques chardons et des taches de liserons sont passés à travers », retrace Pierre Forgeron. Une observation qui va d’ailleurs dans le sens de nombreux essais sur le paillage avec du BRF, miscanthus ou autres matériaux végétaux.

Un vignoble établi spécifiquement pour la technique

Il est possible, si les conditions pédoclimatiques le permettent, de faire pousser les couverts de façon concomitante à la vigne. Exemple en Angleterre où cette stratégie a été réfléchie dès la plantation.

« J’accompagne un domaine en Angleterre où le paillage du cavaillon avec les couverts végétaux de l’interrang faisait partie du cahier des charges, et la parcelle a été plantée en fonction », rapporte Frédéric Thomas. Les interrangs font 4,20 mètres, afin d’avoir une largeur de semis de 3 mètres. Cela maximise la surface dédiée à la production de biomasse pour pailler, tout en réduisant les risques de concurrence pour la vigne. La parcelle a été implantée en trèfle violet, espèce pérenne, dès la plantation, dans le but de forcer la vigne à faire plonger ses racines et l’habituer à la couverture végétale. « Le tout sur un terrain cultivé en agriculture de conservation des sols depuis quinze ans, dont la fertilité est maximale », précise le spécialiste. Ainsi, le trèfle pousse en continu. Il est tondu une première fois sur place au début du printemps, pour assurer un retour de matière organique dans l’interrang et entretenir sa fertilité.

Le rang bénéficie de la fertilité créée dans l’interrang

 

 
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Sur cette parcelle anglaise, le trèfle est régulièrement tondu pour mulcher le cavaillon, et ce dès les premières années de la vigne. © F. Thomas

Puis à la fin du printemps, fin juin, une fois que le trèfle est de nouveau imposant, il est tondu une seconde fois en utilisant un outil qui déporte le broyat sur le rang. « La vigne ne souffre pas. Au contraire, elle commence à connaître un excès de fertilité dû aux dizaines d’unités d’azote que l’on entasse sur le cavaillon depuis 2022 », témoigne Frédéric Thomas, tout en assurant que la pluviométrie anglaise n’est pas bien différente de la française. De fait il a proposé une nouvelle stratégie au viticulteur. À savoir basculer sur une céréale annuelle au rapport C/N plus élevé (seigle de printemps ou avoine brésilienne) à installer en semis direct de printemps, « sur gel ». L’idée étant de la laisser faire son cycle au printemps et de la broyer après épiaison lorsque la biomasse est la plus importante. « Ce qui devrait donner entre le 15 juin et 15 juillet suivant les conditions de l’année », éclaire l’expert. Une folie ? « Il est possible que cela engendre une concurrence partielle pour l’eau et l’azote, mais tout est une question d’équilibre entre les bénéfices et les risques », dit-il. Et en la matière, il n’y a que l’expérience qui permette d’arbitrer au plus juste.

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