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Santé : quatre ans sous haute vigilance

Si Emmanuel Macron semble à l’écoute de nos responsables professionnels, il n’en va pas de même de sa ministre de la Santé. La filière viticole devra être sur le qui-vive durant les quatre prochaines années de mandature.

Avec son visage de madone, on lui donnerait le bon Dieu sans confession. Mais pourtant, la vraie face d’Agnès Buzyn se révèle être tout autre. Sous sa douceur, transpercent ses réticences, pour ne pas dire plus, vis-à-vis de l’alcool et de la Dive Bouteille, comme en témoignent la campagne du tire-bouchon de cet automne (voir Réussir Vigne n° 244, p. 3), le projet de Stratégie nationale de santé 2018-2022 (voir Réussir Vigne n° 248, p. 3), ou encore son intervention sur le plateau de France 2 début février. La ministre de la Santé a en effet expliqué que « l’industrie du vin laisse croire que le vin est différent des autres alcools. Or, en termes de santé publique, c’est exactement la même chose de boire du vin, de la bière, de la vodka, du whisky, il y a zéro différence ! On a laissé penser à la population française que le vin serait protecteur, qu’il apporterait des bienfaits que n’apporteraient pas les autres alcools. C’est faux. Scientifiquement, le vin est un alcool comme un autre ». Et de poursuivre par une sentence qui est tombée comme un couperet : « la réalité, c’est que l’alcool n’est pas bon pour la santé dès le premier verre ». Des propos qui ont bien évidemment scandalisé la filière. De suite, le président de Vin & Société, Joël Forgeau, s’est fendu d’un communiqué de presse où il a fustigé les propos de la ministre. « Cette position est à contre-courant de la direction politique indiquée par la présidence de la République, qui a invité la filière vitivinicole à formuler des propositions en matière de prévention, a-t-il rappelé. Nous travaillons actuellement à l’élaboration d’un Plan de prévention qui sera finalisé à la fin du printemps 2018. Dans ce contexte, ces déclarations intolérables sont vécues comme une véritable provocation par les vignerons, qui se sentent stigmatisés alors qu’ils sont engagés depuis plusieurs années pour promouvoir la consommation responsable. »

Des positions qui fragilisent nos positions à l’export

Et les responsables professionnels n’ont pas été en reste. La plupart sont montés au créneau. « Nous sommes inquiets, a ainsi réagi Georges Haushalter, à la tête du négoce bordelais la Compagnie Médocaine. On est de plus en plus dans le paradoxe. Nous sommes l’un des pays les plus restrictifs sur l’alcool, mais aussi le plus gros exportateur mondial. Le discours de la ministre est dangereux, excessif et erroné. Cela nous pose des problèmes sur nos marchés extérieurs. Les gens nous demandent pourquoi on leur refile notre poison. C’est une lutte de tous les jours, et nous sommes extrêmement soucieux. » Même les élus, à l’instar de Roland Courteau, y sont allés de leur couplet. « Il est plus facile de stigmatiser et d’interdire que d’éduquer, s’est insurgé le sénateur de l’Aude. C’est moins coûteux et ça donne à certains bonne conscience, avec les résultats douteux que l’on connaît, depuis des années, dans la lutte contre l’alcoolisme… »

Acculée, Agnès Buzyn a tenté de modérer ses propos une semaine plus tard, au micro de France Inter. « J’ai simplement parlé du problème de l’alcoolisme en France, relativise-t-elle. Du fait qu’il fallait mieux former les gens sur les dégâts de l’alcool et que j’avais un devoir de prévention vis-à-vis de l’alcool, et notamment sur deux populations vulnérables qui sont les jeunes avec le binge drinking, et les femmes enceintes […]. Je ne vois pas en quoi, en disant cela, j’attaque la viticulture. Car, par ailleurs, j’aime beaucoup boire un verre de vin en situation conviviale, comme tout le monde. Mais du côté du foie et du corps humain, l’alcool contenu par la bière, le vin ou le whisky, c’est la même molécule. »

Vers un changement du message sanitaire ?

Alors, farouche opposante ou amatrice de vin, quelle est la position exacte d’Agnès Buzyn ? Compte-t-elle durcir la législation à l’encontre de vin ? Va-t-elle tenter de modifier le message de prévention de « À consommer avec modération » en « L’alcool est mauvais pour la santé », comme elle l’a suggéré à l’antenne ? Veut-elle taxer davantage la Dive Bouteille ?

Pour en avoir le cœur net, nous avons sollicité un entretien auprès de la ministre ; demande qu’elle a déclinée. De notre longue liste de questions, elle n’a répondu à aucune. De même, son rendez-vous avec les représentants de la filière, qui devait se tenir le 6 mars et avait été obtenu de haute lutte, a été annulé. Tous ces signes semblent montrer son peu d’empressement à dialoguer avec les professionnels viticoles et ne sont pas de très bon augure pour les quatre prochaines années. Ce qui n’est guère surprenant venant de cette ancienne présidente de la Haute autorité de santé, qui s’était vivement opposée à l’évolution de la loi Évin, demandée par la filière.

Augmenter le budget dédié à la prévention

Néanmoins, parmi ses alliés, il semble que la filière puisse compter sur un soutien de poids : celui du président de la République. Ce dernier a, à plusieurs reprises, réaffirmé son attachement au vin. Emmanuel Macron allant même jusqu’à affirmer : « moi, je bois du vin le midi et le soir. Je crois beaucoup à la formule de Pompidou : n’emmerdez pas les Français ». Il a par ailleurs promis à la filière de l’associer au plan prévention, piloté par Matignon. Promesse déjà tenue puisque Vin & Société planche sur le sujet, de concert avec le ministère.

Ce qui va dans le bon sens. Car si Agnès Buzyn souhaite diminuer l’alcoolisme, il faudra qu’elle muscle la prévention. Le journaliste de France 2 a en effet indiqué qu’en matière de prévention, le budget de la France est l’un des plus bas du monde, après le Bengladesh ! Seules 2 % des dépenses de santé seraient allouées à ce poste… La ministre serait donc bien avisée de s’occuper de ce dossier plutôt que de se focaliser sur la consommation de vin de ses compatriotes.

Mais quelle est la nocivité du vin ?

Le vin est-il un alcool comme les autres ? C’est la question sur laquelle la filière doit plus que jamais plancher, aucun consensus réel n’existant dans le monde scientifique. Il tombe sous le sens que le vin contient de l’alcool, dont la molécule est semblable à celle des bières et spiritueux. À ce titre, sa consommation est néfaste pour la santé, cette molécule provoquant des cancers, et notamment de la bouche, du larynx et du pharynx.

Mais la Dive Bouteille recèle également des polyphénols qui, eux, sont bénéfiques d’un point de vue cardiovasculaire. Mais pas uniquement. Dans l’étude qui a contribué à mettre à l’honneur le french paradoxe, Serge Renaud, ancien directeur de recherche à l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), avait montré que chez les patients qui avaient une faible consommation de vin, on notait une petite diminution de cancers. Le tableau ne serait donc pas aussi noir que veut bien le montrer la ministre. Une récente étude espagnole plébiscite même le vin dans l’hygiène bucco-dentaire ! Des chercheurs de l’Université de Madrid auraient noté une nette diminution du nombre de bactéries de la bouche (notamment responsables des caries) avec du vin rouge…

Enfin, d’un point de vue neurologique, la consommation de vin actionne le mécanisme de récompense primaire dans le cerveau, au même titre que l’ingestion de fruits ou de tout aliment, comme nous le confiait le docteur en œnologie et chercheur au centre de neurosciences cognitives du CNRS de Lyon, Miguel A. Pedroza, il y a deux ans. Ce qui n’est pas le cas d’un alcool fort…

frise chronologique avec les infos suivantes

10 janvier 1991 : loi Évin, relative à la lutte contre le tabagisme et l’alcoolisme, et imposant un message sanitaire sur les publicités de boissons alcoolisées : "L’abus d’alcool est dangereux pour la santé"

2 octobre 2006 : arrêté imposant l’apposition d’un pictogramme ou d’un message pour les femmes enceintes sur les étiquettes de boissons alcoolisées

27 juillet 2009 : loi Bachelot assouplissant la publicité sur internet et renforçant la protection des mineurs avec l’interdiction de vendre des boissons alcoolisées aux moins de 18 ans, contre 16 ans auparavant.

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