Carences de la vigne : quelles sont les principales et comment les déceler ?
Bien que les carences soient fort bien documentées et depuis longtemps, elles sont régulièrement sources de déboires pour les viticulteurs. Le point sur les principaux désordres nutritionnels et sur leurs symptômes.
Bien que les carences soient fort bien documentées et depuis longtemps, elles sont régulièrement sources de déboires pour les viticulteurs. Le point sur les principaux désordres nutritionnels et sur leurs symptômes.
Des problématiques encore récurrentes
« Il y a eu une époque où les apports d’engrais en vigne étaient conséquents, parfois trop. Puis on a réduit, voire arrêté, analyse Jean-Yves Cahurel, ingénieur à l’IFV Bourgogne-Beaujolais. Et bien souvent les viticulteurs arrêtant la fertilisation ne suivent pas la vigne, ce qui entraîne les carences. » Il cite l’exemple de la potasse, qui recommence à poser problème car les gros apports d’antan ont été consommés. Pour gérer sa fertilisation et ne pas devoir attendre les symptômes foliaires pour s’alerter, l’ingénieur suggère de réaliser régulièrement des analyses de sol, tout au long de la vie de la vigne, à compléter par des analyses de pétioles.
« Tous les quatre ans me paraît etre un délai raisonnable, estime-t-il. Si l’on respecte les grands principes de la fertilisation, normalement le risque de carence est limité. » Les analyses permettent également de s’assurer que la carence est réelle et qu’elle n’est pas induite par des antagonismes entre les éléments ou par les conditions climatiques. C’est aussi un moyen de lever un doute, car les symptômes ne sont pas toujours aussi éloquents que les photos d’exemple, et peuvent se mélanger à d’autres affections comme les rougissements, viroses, asphyxies ou phytotoxicités qui perturbent l’interprétation visuelle.
Combiner les apports foliaires et au sol
En cas de carence avérée, un apport d’engrais foliaire contribue à passer le cap. Ce type d’intervention permet de corriger une carence grave et de façon assez rapide, car l’assimilation par la plante est directe. « Mais l’absorption par la feuille est limitée, prévient Jean-Yves Cahurel. Cela veut dire qu’il faudra agir sur le sol à l’hiver suivant. » Olivier Yobrégat, ingénieur à l’IFV Sud-Ouest, met en garde sur les niveaux de correction à adopter. « Se dire qu’il faut mettre le paquet pour que la vigne se développe n’est pas forcément une bonne idée, avertit-il. Sur jeune vigne notamment, cela réduit la capacité d’exploration du système racinaire et expose à des accidents végétatifs ou de la mortalité plus tard. »
Raisonner à la plantation est primordial
Olivier Yobrégat observe que, par les temps qui courent, « il faut aller vite, on veut planter malgré tout et en même temps aller à l’économie ». Aussi certains viticulteurs minimisent la fumure de fond avant plantation, entraînant des problèmes sur les jeunes vignes. « Ce qui est redoutable puisque la parcelle sera pénalisée pour le reste de sa vie », avertit l’ingénieur. Les carences sur plantier ont de graves conséquences pour la mise en réserve et le bon enracinement. Une jeune vigne carencée mettra davantage de temps à entrer en production, et risque de connaître des maladies du bois plus tôt.
« La carence la plus problématique et aussi la plus fréquente est celle en potassium, observe Olivier Yobrégat. Dans certains cas 200 unités de potasse sont nécessaires avant plantation, et seront consommées lors de l’entrée en production. » Des situations d’autant plus frustrantes pour l’ingénieur qu’une simple analyse accompagnée d’une lecture de fosse pédologique avant plantation permet de s’affranchir de ces problèmes. « Récupérer une fois que la vigne est plantée est beaucoup plus difficile car les éléments sont souvent peu mobiles », prévient-il.