Quelle efficacité des ballons antigrêle Selerys en agriculture ? Retour sur 10 années de lutte
Depuis 2017, de nombreux viticulteurs, arboriculteurs et agriculteurs se sont équipés avec les ballons pour lutter contre la grêle de Selerys, les Laïco. Les retours d’expérience et les avis sont divers.
Depuis 2017, de nombreux viticulteurs, arboriculteurs et agriculteurs se sont équipés avec les ballons pour lutter contre la grêle de Selerys, les Laïco. Les retours d’expérience et les avis sont divers.
Il y a presque dix ans, l’entreprise Selerys lançait sa solution de lutte antigrêle Laïco, des ballons d’hélium conçus pour disséminer des sels hygroscopiques au cœur des nuages d’orage. Une technologie qui portait avec elle beaucoup d’espoir, qui a rapidement intéressé les arboriculteurs et les viticulteurs, d’autant plus que les filets n’étaient pas encore autorisés sur les vignes en appellation. Quel bilan dresser de cette décennie de lutte ? Certains utilisateurs sont littéralement conquis, d’autres moins.
Une chose est sûre en tout cas, s’équiper ne fait pas disparaître la grêle comme par magie. « Ce n’est d’ailleurs pas l’objet, reconnaît Franck Binard, directeur général du Conseil des vins de Saint-Émilion. Le principe est d’empêcher au maximum l’agrégation des grêlons et de faire précipiter le plus tôt possible. On va limiter 70 % des risques, mais s’il arrive un orage exceptionnel avec des grêlons gros comme des oranges, on ne peut pas lutter. » Le territoire du syndicat, représentant 7 500 hectares et plus de 800 adhérents, est maillé de 39 postes de tir semi-automatiques Sobli depuis maintenant six ans. Entre 2021 et 2025, le dispositif a été activé lors de 94 épisodes orageux. Et le directeur déclare ne pas avoir eu de grêle à déplorer, à part un phénomène exceptionnel, alors qu’il a pu constater plusieurs fois des dégâts dans le voisinage.
« La grêle s’est arrêtée au niveau des premiers lanceurs »
« Force est de constater d’ailleurs que les vignerons ne remettent pas en question ce système de lutte collectif », affirme Franck Binard. Plusieurs se disent même absolument convaincus. À l’instar d’Anthony Appollot, directeur général délégué de Sarments Vignobles. « En mai 2025, le nuage arrivait du sud où il grêlait déjà. La cartographie du radar montre qu’il s’est désagrégé au-dessus de Saint-Émilion, témoigne-t-il. La grêle s’est arrêtée au niveau des premiers lanceurs. » Même chose en ce début du mois de mai 2026, où la grêle s’est abattue sur la ville voisine de Castillon-la-Bataille mais pas à Saint-Émilion.
Ailleurs, d’autres utilisateurs sont beaucoup plus critiques. Un vigneron témoigne de manière anonyme : « Nous avons investi dans un système de lutte collective et l’année qui a suivi nous avons été fortement touchés par la grêle, ça n’a rien changé, fulmine-t-il. Pour nous ça a sonné la fin de la partie. Si ce n’est pour se protéger que contre des petits coups de grêle, ça coûte trop cher. »
Et c’est là la limite de l’exercice. L’efficacité de la solution proposée par Selerys n’est pas précisément mesurable, dans le sens où il n’y a aucun moyen de réaliser un témoin. Impossible donc de démontrer que la situation aurait été meilleure ou pire sans intervention. C’est ce que relève Franck Rabin, chef de culture chez Charrin Fruits, dans le Rhône, où un bâtiment accueille un radar de l’association Paragrêle 69. « C’est une technologie à laquelle il faut croire, sinon ça n’est pas la peine, estime-t-il. S’il grêle, Selerys va vous dire ‘sans ça les grêlons auraient été plus gros’, et on est bien obligés de leur faire confiance. » Ainsi, beaucoup d’utilisateurs sont dans le ressenti plus qu’autre chose. « J’ai 'grêlé' fortement quatre ou cinq fois dans ma carrière, et en 2024 avec les lancers de ballons, la grêle semblait plus molle », nous livre Christophe Dumas, qui couvre ses 12 hectares de vignes à Chazay d’Azergues, dans le Rhône, pour 120 euros par an.
« La grêle c’est tellement aléatoire, renchérit Yves Lafoy, vigneron à Ampuis et président de l’association de lutte contre la grêle du Pilat rhodanien. C’est difficile d’affirmer quoi que ce soit. Mais j’estime qu’en 2025, à Saint-Joseph, on a vu la différence : les tireurs ont vu la grêle arriver par l’autre côté du Rhône, ils ont lancé les ballons et n’ont eu que de la pluie. » Le vigneron prévient en revanche qu’il faut être studieux et ne pas regarder le prix du ballon (plus de 1 200 euros). Un point également soulevé en Gironde par Anthony Appollot. Pour lui, la clé du succès à Saint-Émilion réside avant tout dans l’automatisation du système. « La toute première année, nous avons eu un échec parce qu’une partie des tireurs s’est plantée, se remémore-t-il. Dix minutes de retard dans ces cas-là, ça compte. C’est pourquoi les lanceurs semi-automatiques, qui sont fixes, changent la donne. » Franck Binard relève aussi la force du collectif : « plus il y a de monde et mieux c’est, il faut une masse critique d’ensemencement ».
La plupart des échecs arrivent à être expliqués
En la matière, c’est l’association Paragrêle 69 qui a la palme. Fondée en 2019, elle couvre maintenant la quasi-totalité du département du Rhône et repose sur 125 postes de tir. Le financement est assuré par le département, les communautés de communes, deux assureurs (Groupama et Crédit Mutuel) ainsi que par une cotisation professionnelle des agriculteurs couverts (plus de 2000) sur la base du volontariat. « Le seul moyen d’affaiblir une cellule orageuse c’est de taper dedans régulièrement », pointe Christophe Gratadour, conseiller à la chambre d’agriculture du Rhône. Ce dernier observe la même chose qu’à Saint-Émilion, mais à l’échelle du département. À savoir qu’il n’y a pas eu d’évènement majeur sur les zones couvertes depuis 2019, alors que les départements voisins ont été touchés, et parfois par les mêmes cellules orageuses. Exception faite de 2022, où la puissance de la supercellule était beaucoup trop importante pour lutter efficacement.
« La plupart du temps, quand la grêle tombe quand même, nous arrivons à l’expliquer, estime le conseiller. Ce peut être une faille de notre part ou bien une caractéristique de l’orage. Mais factuellement, on remarque que quand on traite un épisode orageux, on a peu de grêle et des dégâts maîtrisés au niveau de l’espace et de l’intensité. » Reste que Christophe Gratadour précise de lui-même n’avoir aucun moyen de prouver formellement l’efficacité de la solution. Le temps et les statistiques d’épisodes de grêle par territoires couverts seront probablement la seule façon de tirer des conclusions claires.
Quid des risques d’incendies ?
En 2020, deux incendies ont eu lieu dans le sud-ouest lyonnais après le lancer de ballons Selerys, endommageant une toiture de ferme et un champ. « Les investigations ont montré que c’était dû à des torches qui se sont décrochées du ballon et se sont enflammées après leur chute », dévoile Christophe Gratadour, de la chambre d’agriculture du Rhône. Depuis, la fiabilité du système a été revue. L’accroche entre le ballon et la torche a été renforcée avec deux rivets et la carte mère a évolué. En cas d’anomalie, signe d’un incident, par exemple s’il y a un problème d’altitude, la torche est programmée pour ne plus prendre feu.