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Poser le bon diagnostic avant de sous-soler

La pratique du sous-solage doit être raisonnée, et réservée à des cas très particuliers de sols ayant un tassement avéré. Autrement, le remède peut s’avérer pire que le mal.

Le sous-solage n'est pas une mauvaise pratique en soi, mais doit rester exceptionnelle.
© CA 33

Avec l’avènement de l’agroécologie, nous prêtons de plus en plus d’attention au sol, avec pour objectif de ne plus perturber son fonctionnement. Certains vignerons adoptent même des stratégies non interventionnistes, espérant ainsi préserver l’intégrité de leurs terres. Que faut-il alors penser du sous-solage ? « C’est une pratique qui garde toute sa pertinence pour résoudre les problèmes de tassement, assure Matthieu Archambaud, spécialiste de l’agriculture de conservation. Surtout en vigne, où de telles situations sont fréquentes. » Il met toutefois en garde face au risque d’en faire un itinéraire usuel, alors même que le sous-solage est une opération de réparation, qui se raisonne au cas par cas. Et force est de constater que cette réflexion n’est pas toujours au rendez-vous. « Il y a encore beaucoup de viticulteurs qui passent la sous-soleuse par habitude, ou bien parce qu’ils ont vu le voisin le faire, remarque Pascal Guilbault, de la chambre d’agriculture de la Gironde. Alors que cette opération nécessite obligatoirement un diagnostic en amont. » D’autant plus que le remède peut être pire que le mal.

Attention à ne pas tasser davantage

En effet, si le sol est déjà aéré, le passage d’un engin puissant, donc lourd, peut créer un phénomène de tassement qui n’existait pas, selon Matthieu Archambaud. Le pire étant lorsque les conditions sont humides. Le risque de créer des ornières et des zones de compactage est alors maximal, et ce malgré le travail des dents, car les lames n’éclatent pas le sol mais s’enfoncent à la façon d’un couteau dans une motte de beurre. « D’autre part il n’y a jamais d’intérêt à toucher aux horizons, ajoute Pascal Guilbault. On s’expose à un enfouissement de la matière organique et une remontée de terre non fertile. » Une fois en profondeur, les débris végétaux peuvent être asphyxiés et former une couche que les racines auront du mal à traverser. Avant de prévoir un sous-solage, les deux conseillers préconisent donc de poser un diagnostic sur l’état de compactage des sols, qui est le seul élément à justifier une telle pratique. Il suffit pour cela de creuser une petite fosse pédologique, où une simple tranchée à la bêche. « Car dans la majorité des cas en vigne, les problèmes de tassement ne sont pas très profonds, de l’ordre à 15 ou 20 cm », remarque Matthieu Archambaud. Pour ceux qui auraient un chariot télescopique, il suggère de faire un profil à l’aide de la fourche de l’engin, en plantant les pals à 45° dans le sol et en relevant. « On voit vite les zones où il y a des problèmes, relève Pascal Guilbault. La terre est blanchâtre, il n’y a pas de pores ni de cavité et la lame d’un couteau a du mal à y pénétrer. » Une fois ces zones repérées, le viticulteur peut ensuite définir les modalités du sous-solage : nombre et position des dents, profondeur…

Apporter de l’oxygène et laisser faire les plantes

« Pour les tassements de faible profondeur, l’emploi d’un canadien, d’un actisol ou encore d’une bêche roulante peut amplement faire l’affaire », assure Matthieu Archambaud. Pour lui, l’utilisation d’une sous-soleuse de 40 cm ou plus, doit être une chose rare, limitée à quelques cas particuliers de semelle de labour lors de la plantation. « Mais même dans cette situation il est difficile de rattraper le problème », estime-t-il. Décompacter un sol peut également se faire à l’aide de végétaux. Cependant, il faut pour cela qu’il fonctionne correctement, ce qui implique une présence suffisante d’oxygène. Sur des terrains désherbés chimiquement depuis longtemps et en état d’asphyxie, le sous-solage est reste donc un préalable à l’implantation de couverts. Les racines des plantes et les organismes vivants prendront ensuite le relais.

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