Paillage sous le rang en viticulture : miser sur des couverts producteurs de biomasse
Établir un paillage sous le rang à partir du couvert de l’interrang nécessite une forte production végétative au préalable. Les mélanges à base de graminées semblent les plus adaptés. Mis à part en vignes étroites.
Établir un paillage sous le rang à partir du couvert de l’interrang nécessite une forte production végétative au préalable. Les mélanges à base de graminées semblent les plus adaptés. Mis à part en vignes étroites.
Avoine ? Seigle ? Féverole ? Pourquoi pas du trèfle ? Ou du radis ? Le choix des espèces composant un couvert n’est jamais une recette toute prête et va toujours être le résultat d’un compromis selon trois clés d’entrée = 1 : sur quel type de sol ma parcelle se situe-t-elle ? 2 : quel va être l’objectif du couvert ? 3 : comment va-t-il s’intégrer dans l’itinéraire technique ? Par exemple, va-t-il falloir le détruire rapidement dès le mois de mars par crainte des risques de gel ou en avril, pour faciliter le passage du pulvérisateur ?, illustre Violette Aurelle, de l’équipe gestion des sols à la chambre d’agriculture de Gironde.
Pour maximiser les chances de réussite du couvert et répondre au mieux à ces questions, il est conseillé de choisir un mélange d’espèces et bénéficier ainsi des avantages de chaque composante. « Le critère important pour pouvoir envoyer le couvert sous le rang va être d’obtenir une forte biomasse, avance Raphaël Van Hyfte, responsable développement, marketing et production de semences chez Semences de Provence. La base du mélange sera une graminée, un seigle ou un triticale par exemple, car rien ne bat une graminée pour avoir de la biomasse. »
« Les graminées ont des tiges plutôt ligneuses et un rapport C/N élevé qui donneront une plus grande longévité au paillage », complète Violette Aurelle, qui préconise en routine une espèce d’avoine qui talle beaucoup et couvre bien le sol. Le seigle va plutôt faire des tiges en hauteur. Son cycle est long et peut être difficile à détruire tôt. Le triticale ou le blé font partie des alternatives envisageables. Le choix de la graminée peut se faire en fonction du type de sol : par exemple, le seigle conviendra aux sols sableux. L’avoine réussit bien dans l’argile mais elle est aussi plus polyvalente.
Une légumineuse comme complément
Cette graminée majoritaire peut être associée avec une légumineuse pour fixer l’azote et dont le système racinaire sera complémentaire : par exemple, une féverole, une gesse, un pois fourrager. La féverole est assez couramment utilisée dans les couverts viticoles et peut produire beaucoup de biomasse. Mais elle contient beaucoup d’eau et risque de ne pas tenir longtemps dans le paillage.
En alternative, « il y a des trèfles qui produisent des tiges plus ligneuses comme le trèfle squarrosum, mais leurs cycles de végétation sont assez longs. À voir s’ils sont compatibles avec la date de destruction envisagée du couvert », prévient Violette Aurelle. Les vesces peuvent être intéressantes mais ne sont pas recommandées dans les vignes basses ou étroites pour éviter les problèmes d’enroulement autour du palissage ou des ceps.
« En vigne étroite, il faut des espèces disciplinées : pas de vesce ni de trèfle exubérant », confirme Benoît Bazerolle, consultant d’Apex vigne qui a débuté des essais sur les couverts en Côte-d’Or en 2017. Dans sa région, il préconise avant tout des mélanges adaptés aux sols peu fertiles. Un problème récurrent amplifié par les hautes densités de plantation qui implique d’éviter à tout prix la concurrence avec la vigne. Pour lui, il ne faut pas moins de 50 % de légumineuses, le reste se partageant entre 30 % de crucifères et 20 % de céréales.
Dans ce contexte, la destruction du couvert doit se faire dès la fin de l’hiver. La digestion par le sol va être relativement rapide quelle que soit l’espèce, car les végétaux seront à des stades où ils sont peu lignifiés. Malgré tout, coucher le couvert et l’envoyer sur le rang pourrait être intéressant si cela permet de repousser le premier travail du sol, donc si le rang est plutôt propre.
Des espèces faciles à semer et à détruire
« Nous orientons les vignerons vers des espèces faciles à trouver, à semer et à détruire : la féverole associée avec le pois, et pour contenir le pois, le trèfle d’Alexandrie, de Perse, squarrosum », détaille le consultant. Plutôt que la moutarde d’Abyssinie qui fonctionne bien mais qui coûte cher, il conseille la moutarde brune ou la moutarde blanche, plus abordables, mais qui ont tendance à grainer vite en cas d’automne sec.
« Les moutardes produisent une biomasse intéressante, complète Raphaël Van Hyfte, dont l’entreprise utilise aussi le radis chinois. Cette crucifère structure bien le sol tout en produisant une bonne biomasse aérienne, mais reste relativement facile à détruire par blessure de la racine qui dépasse du sol. Attention toutefois à ne pas avoir trop à marcher dans le rang car il peut être gênant, remarque Benoît Bazerolle.
« Il faut que le mélange reste facile à semer et cohérent en termes de tailles de graine », complète-t-il. Une problématique à laquelle se sont intéressés les semenciers, comme Semences de Provence qui propose un couvert prêt à l’emploi intégrant une féverole à petite graine. Ainsi, le semis est facilité, sans pour autant diviser par deux la production de biomasse.
Un coût très variable
Le coût du mélange pour couvert sera très variable en fonction de l’espèce, de la dose, de la surface réellement semée et de l’origine des semences (fermière ou commerciale). En Côte-d’Or, par exemple, la bande semée ne dépasse pas 35 cm de large, pour une largeur de rang de 1 m. Avec une dose de semis de 100 à 120 kg par hectare semé, à raison de 3 euros le kilo de graines en moyenne, le coût des semences peut être estimé entre 120 et 150 euros par hectare. Somme à laquelle il faut ajouter le coût du passage et l’amortissement du semoir ou celui de la prestation.
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