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Diversifier les cépages pour s’adapter au changement climatique

Une étude internationale, incluant des chercheurs de l’Inrae et de Bordeaux Sciences Agro, montre qu’une plus grande diversité de cépages permettrait de limiter l’impact du changement climatique sur la perte de surfaces de vignes.

Le moulin de Chauvigné, dans le Maine-et-Loire, a huit cépages différents sur environ 300 mètres.
© J.GRAVÉ

Les pertes de surfaces viticoles à prévoir sous l’effet du réchauffement climatique est un sujet de plus en plus documenté. Une équipe internationale, incluant des chercheurs de l’Inrae et Bordeaux Sciences Agro, a voulu aller plus loin. Ils ont étudié si une modification des cépages pourrait limiter les pertes de surfaces viticoles. L’étude est parue dans une publication américaine fin janvier (Proceedings of the national academy of science).

Une projection sur le comportement de 11 cépages

Les chercheurs ont sélectionné 11 cépages choisis pour leurs différents niveaux de précocité, et pour la précision des données disponibles sur leur comportement face aux évolutions climatiques. Il s’agit des cabernet-sauvignon, chasselas, chardonnay, grenache, merlot, mourvèdre, pinot noir, riesling, sauvignon blanc, syrah et ugni blanc. Ces cépages représentent 35 % de la superficie plantée dans le monde mais 64 % à 87 % dans des pays viticoles comme l’Australie, le Chili, la France, la Nouvelle-Zélande, la Suisse ou les États-Unis.

Un premier résultat calcule que 56 % des régions viticoles actuelles pourraient disparaître avec un réchauffement moyen de 2 °C en 2050 (scénario 1) et 85 % avec un réchauffement de 4 °C en 2100 (scénario 2). Les pays méditerranéens comme l’Italie ou l’Espagne montrent autour de 65 % de pertes avec moins de 10 % de gains. Il en va tout autrement dans les régions correspondant aux latitudes plus élevées. La Nouvelle-Zélande affiche des gains entre +20 à 100 % et le nord des États-Unis de 15 à 60 %. Situés en zones plus tempérées, la France et l’Allemagne enregistrent autant de pertes que de gains (environ 20 %).

Les chercheurs ont développé un modèle intégrant les différents stades de développement de chacune des 11 variétés pour le débourrement, la floraison et la véraison. Ce modèle a été appliqué à différentes régions viticoles en fonction du scénario 1 (+2 °C en 2050) et du scénario 2 (+4 °C en 2100) pour y mesurer la viabilité des cépages. Les données utilisées pour la modélisation sont issues notamment des bases de la collection des variétés de Vassal-Montpellier et des données du portail Tempo de l’unité Agroclim d’Avignon.

Modifier les cépages réduit les pertes de surfaces

Les résultats montrent que davantage de diversité de cépages pourrait réduire les pertes estimées de surfaces de façon très importante. Dans un scénario à + 2 °C, les pertes passent de 56 % à 24 %. Dans le scénario à +4 °C, les pertes passent de 85 % à 58 %. Des variétés tardives telles que la syrah, le grenache et le mourvèdre pourraient beaucoup plus se développer dans les régions viticoles actuelles. Des variétés précoces telles que le chasselas, le pinot noir et le chardonnay pourraient se répandre dans des régions plus septentrionales à la faveur de créations de nouveaux vignobles.

« La possibilité d’adaptation n’est pas une contrainte car en France, on a plus de 300 variétés qui ne sont pas cultivées. La biodiversité donne une chance de pouvoir s’adapter », estime Inaki Garcia de Cortazar-Atauri, de l’Inrae (unité Agroclim d’Avignon), l’un des chercheurs français ayant collaboré à l’étude. " Plus de 2500 variétés sont suivies à Vassal depuis les années 50 ", rappelle le chercheur. Une mine pour des travaux orientés sur la recherche de cépages bien armés face aux évolutions climatiques. Il constate aussi sur le terrain "un grand nombre de personnes investies dans la diversité des cépages ".

Mais il souligne un autre aspect au-delà des questions réglementaires. « L’étude veut aussi mettre en avant la responsabilité des consommateurs. S’il y a aujourd’hui un très faible nombre de variétés, c’est pour répondre à leurs demandes. Il faut les responsabiliser. » Et de citer le cas d’un producteur néo-zélandais, qui envisage d’arracher des cépages testés avec succès en alternative au sauvignon blanc faute de débouchés commerciaux.

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