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Le fulgore tacheté, un danger pour les vignes françaises en cas d’introduction en Europe

S’il n’est pas encore une menace pour nos vignobles, le fulgore tacheté (« Lycorma delicatula ») pourrait le devenir en cas d’introduction sur le continent européen. Deux chercheurs appellent à y réfléchir dès maintenant.

Avant d’avoir à guérir, Jean-Pierre Rossi et Jean-Claude Streito préfèrent prévenir. Chercheurs au Centre de biologie pour la gestion des populations à Montpellier, ils ont récemment publié une étude alertant sur la potentielle menace du fulgore tacheté (Lycorma delicatula) pour les vignes européennes. Ce petit insecte originaire d’Asie a été signalé pour la première fois aux États-Unis en 2014, et cause depuis des dégâts sur les vignes de la côte est. « L’an dernier, une publication américaine tirait la conclusion que le fulgore tacheté représente un danger important pour les vignobles, contextualise Jean-Pierre Rossi. Nous nous sommes demandé, s’il était introduit en Europe, est-ce qu’il y trouverait une terre propice à son développement. » Et malheureusement, toutes les conditions sont réunies pour que l’insecte s’implante en cas d’introduction.

La question n’est pas si le fulgore tacheté va arriver en Europe mais quand

Tout comme la punaise diabolique (Halyomorpha halys), le fulgore tacheté est une espèce dite autostoppeuse, qui peut pondre dans des containers ou sur toute autre surface plane, et être facilement transportée dans les véhicules (voitures, camions, trains…). Comble de malchance, sa principale plante-hôte n’est autre que l’ailante glanduleux, espèce exotique qui envahit nos friches et autres espaces rudéraux tels que des ports et des environs de plateformes logistiques. Dès lors, que peuvent faire les viticulteurs pour éviter une telle invasion ? « A priori, il y a peu de chances pour que le fulgore tacheté s’introduise en France via des plants de vigne, analyse Jean-Claude Streito. Mais les viticulteurs sont des sentinelles, c’est important qu’ils soient au courant pour maximiser les chances de le détecter le plus tôt possible. Car, historiquement, tout ce qui migre de l’Asie aux USA finit par arriver un jour en Europe… »

Pas question de tomber dans la paranoïa pour autant. Le but des deux chercheurs n’est pas de faire peur mais de sensibiliser la filière viticole, ainsi que les Fredon et les autorités, afin de ne pas être pris au dépourvu au moment de l’introduction, que l’on espère la plus tardive possible. « Pourquoi ne pas chercher dès à présent des pistes de biocontrôle ? », lance Jean-Pierre Rossi. Car outre-Atlantique, l’insecte laisse les viticulteurs démunis : la lutte passe par de nombreux insecticides, pour une efficacité moyenne. Ce piqueur-suceur s’étend donc inexorablement, affaiblissant les vignes sur son passage et altérant la qualité des vins.

Prendre en photo et alerter les naturalistes en cas de suspicion

Ainsi vous pouvez dès à présent mémoriser le portrait-robot du fulgore tacheté : un hémiptère d’environ 25 mm de long, à la tête noire et les ailes antérieures gris-brun ornées de points noirs et semi-translucides. Et des ailes postérieures rouges partiellement visibles à travers (voir illustration). Les jeunes larves sont noires et blanches, tandis que les larves plus âgées arborent une couleur rouge vive.

<em class="placeholder">SLF-spotted lanternfly (Lycorma delicatula) adult winged, in Pennsylvania, on July 20, 2018. USDA-ARS Photo by Stephen Ausmus.</em>
Les ailes postérieures rouges sont visibles quand le fulgore tacheté s'envole. © S. Ausmus/USDA

Si d’aventure il vous arrivait de rencontrer un insecte qui corresponde à ces caractéristiques, plusieurs options s’offrent à vous. Le plus simple est de réaliser des photos avec votre Smartphone et de soumettre votre observation sur l’application de l’Inrae dédiée aux insectes invasifs, nommée Agiir, disponible sur App Store et Google Play. L’idéal reste, après avoir pris soin de prendre des photos, de capturer l’individu, le conserver dans de l’alcool de pharmacie et d’alerte la Draaf ou la DGAL locale. Vous pouvez également contacter le Centre de biologie pour la gestion des populations de Montpellier, qui pourra vous guider dans la démarche. Seule la capture suivie de l’identification formelle par les services de l’État peut déclencher la mise en place des mesures de protection contre les organismes nuisibles.

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