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Le désherbage chimique vert est-il une voie d’avenir en viticulture ?

Plusieurs solutions de produits désherbants d’origine naturelle sont dans les cartons. Elles apporteraient un nouveau regard sur le désherbage chimique.

<em class="placeholder">désherbage à  l&#039;aide d&#039;une solution diluée de produit Basta dans le vignoble de Champagne . désherbage non sélectif . produit phytosanitaire . pesticide . traitement . ...</em>
Les rampes de désherbage pourraient retrouver de l'activité avec l'arrivée de produits désherbants naturels de nouvelle génération.
© J.-C. Gutner

Le désherbage chimique du cavaillon a perdu du terrain. Il faut dire que les retraits successifs de molécules et la limitation du glyphosate depuis 2021 à 450 g/ha/an ont poussé les viticulteurs à s’en détourner. Cela veut-il dire que cette pratique n’a plus aucun avenir ? Pas nécessairement… Plusieurs découvertes récentes ont ouvert la voie à de potentiels produits désherbants qui combineraient les avantages du glyphosate sans en avoir les inconvénients. Nous annoncions dans nos colonnes l’étude des propriétés herbicides de la radulanine A, en 2019, et de la 7dSh, en 2020, deux molécules issues du vivant.

Si les chercheurs se montrent avares en renseignements, les publications scientifiques témoignent d’un travail toujours en cours. Un doctorant de la Sorbonne, Simon Thuillier, a soutenu une thèse en octobre 2023 intitulée « Étude du mode d’action de la radulanine A, une molécule phytotoxique d’origine naturelle ». On y apprend que ce composé agit comme inhibiteur au niveau du photosystème II des plantes, fonctionnement qui n’est pas sans rappeler celui de l’atrazine ou du diuron. Le thésard indique également avoir trouvé une méthode de synthèse de la radulanine A, molécule produite à l’origine par des plantes de la famille des Radulacées. On découvre par ailleurs dans le document que deux brevets ont été déposés, un concernant la synthèse de ces composés et un autre concernant leur utilisation comme herbicide naturel.

Passer à l’échelle industrielle est un important défi à relever

Les recherches semblent aller bon train également outre-Rhin, où les scientifiques allemands des universités de Tübingen et Bielefeld se sont associés pour accélérer les travaux sur la 7dSh. Cette molécule, produite par une cyanobactérie, agit sur les mêmes voies métaboliques que le glyphosate. Nos voisins semblent avoir une longueur d’avance, car ils travaillent déjà sur la formulation du produit… Courant 2023, Xenia Steurer, de l’université de Bielefeld, est intervenue en congrès à Marseille pour présenter ses travaux sur l’optimisation de la production de 7dSh, dans l’optique d’une élaboration à échelle industrielle. Ce défi est certainement le plus grand à relever, mais les premiers résultats sont, d’après la chercheuse allemande, encourageants.

Depuis, d’autres se sont mis sur le créneau. On peut citer notamment la jeune entreprise toulousaine Micropep, spécialisée dans la R & D sur l’utilisation des micropeptides (petites protéines naturelles) dans l’agriculture. Si cette société fait parler d’elle en viticulture pour ses recherches avancées d’un peptide contre le mildiou (dont la solution pourrait arriver dans les années à venir), elle indique également sur son site internet chercher des peptides qui pourraient avoir un usage herbicide. Deux ont d’ores et déjà été identifiés, un actif sur les monocotylédones et un autre sur les dicotylédones. Ce dernier pourrait bientôt arriver à l’étape des essais en pleins champs.

Un champignon contre l’invasion d’ailantes

La société Andermatt, spécialiste du biocontrôle, a débuté la commercialisation du produit herbicide Ailantex, destiné à lutter contre l’Ailante glantuleux (Ailanthus altissima), plante envahissante qui s’installe aisément sur les friches, bords de routes et parfois dans les vignes. La matière active n’est autre qu’un champignon pathogène spécifique à l’espèce, Verticillium nonalfalfae, que l’on inocule dans le tronc et qui vient à bout de l’arbre et ses drageons en deux ans. Ailantex n’est pas encore autorisé pour un usage en vigne, mais la firme y travaille. « Des viticulteurs du Sud-Ouest nous ont signalé quelques problèmes d'ailante, donc nous aimerions une extension d’usage », assure Alain Querrioux, directeur Andermatt France. L’entreprise annonce également le lancement d’un herbicide d’origine naturelle à plus large spectre dans les cinq ans à venir, sans vouloir communiquer davantage de détails.

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