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Traitements
Le défi phyto entre les mains des vignerons

Le rapport Paillotin annonçait en 2000 l’avènement prochain d’une agriculture raisonnée. Ecophyto 2018 a enfoncé le clou en fixant un objectif de réduction de l’usage des produits phytosanitaires de 50 % (si possible, il est vrai). Deux évènements qui sont en train de modifier considérablement la manière de produire du raisin. On a changé de paradigme. La solution simple et efficace que proposaient les produits phytosanitaires pour résoudre les problèmes liés aux bioagresseurs est à mettre aux oubliettes. Désormais, on doit penser système ou écosystème. Ne serait-ce pas le chemin pour redonner toute sa légitimité au métier de vigneron ?

En entretenant son pulvérisateur, il est possible de diminuer jusqu'à 30% des doses. Déjà une révolution.
En entretenant son pulvérisateur, il est possible de diminuer jusqu'à 30% des doses. Déjà une révolution.
© D R

Cepviti, Zero herbi viti, Ecoviti, Aidy, Mildium, Epicure, Optidose, Optipulvé, BSV : le vigneron pourrait avoir légitimement l’impression de crouler sous cet inventaire — presque à la Prévert — de tous les programmes de recherche, d’outils d’aide à la décision et des conseils qui en découlent pour permettre une réduction d’usage des produits phytosanitaires. Comment s’y retrouver ? Quelle option choisir ?

Tout est parti du plan Ecophyto 2018, initié par les pouvoirs publics et fixant un objectif à dix ans de réduction de 50%, si possible, de l’usage de ces produits. “ Jusqu’à maintenant, les systèmes de production agricoles étaient organisés autour de ces outils, faciles à utiliser et efficaces ”, explique Thierry Coulon de l’IFV. “ Limiter le recours à ces produits déplace les équilibres au sein des systèmes de production. On est obligé d’avoir recours à des alternatives qui n’auront pas la même efficacité. Les reconstructions que les chercheurs et les viticulteurs doivent faire amènent à réfléchir davantage. On sort du modèle traditionnel de la recherche qui partait du fondamental pour aller vers l’appliqué. Il y a désormais des démarches dites “ ascendantes ” qui prennent aussi en compte la capacité des vignerons à innover. On aborde les questions de manière pluridisciplinaire. Les idées se multiplient dans le contexte de pression sociétale et des pouvoirs publics exercée sur nos filières, sachant que le vin, plus que tout autre produit est pris en otage compte tenu des images symboliques, culturelles et quasi-mythiques qu’il véhicule. Mais, après, il faut gérer la complexité de tout ce foisonnement.

Un avis que partage Jacques Wéry, professeur d’agronomie à Montpellier Supagro : “ Les viticulteurs sont en effet noyés d’informations puisqu’ils entendent parler de plusieurs voies possibles pour diminuer l’utilisation des phytos mais ils manquent d’informations opérationnelles. Ce qui peut engendrer une certaine frustration bien compréhensible. Avec la question de la réduction des phytos, on est en train de changer de paradigme, de changer la façon de penser l’innovation et donc le conseil. Il faut admettre avec ce type d’enjeux, que les solutions miracle n’existent plus. On travaille désormais sur la cohérence d’un ensemble de techniques par rapport à un contexte et à des objectifs. La parcelle est considérée, par exemple, dans le cadre d’Ecoviti comme un système complexe et dans lequel on remet à plat tout ce qu’on sait. C’est une démarche inédite. Ce qui ne peut manquer de désarçonner. Le secteur viticole s’est construit autour de l’expertise, de l’attente de la bonne parole. Ne plus en disposer est déstabilisant pour, les acteurs de terrain ”, estime Jacques Wery.


Claudine Galbrun

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