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L’air, un milieu à protéger

Fertilisation, brûlage des sarments ou encore consommation de gasoil affectent la qualité de l’air. La filière commence à s’approprier cette problématique et imaginer les solutions pour la préserver.

C’est une thématique que l’on pense souvent réservée à l’agglomération parisienne, et pourtant, la qualité de l’air est aussi un enjeu dans nos campagnes. Il faut dire que la réglementation environnementale française a fait la part belle à l’eau depuis longtemps, et rectifie maintenant sa trajectoire. « C’est une thématique à laquelle on s’intéresse depuis une dizaine d’années en agriculture », commente Sophie Agasse, responsable des dossiers impacts environnementaux à l’Association permanente des chambres d’agriculture (APCA). Un sujet important, puisque notre secteur émet environ 20 % des particules PM10 (diamètre < 10 mm) et 9 % des PM2,5 (diamètre < 2,5 mm). Des petites poussières loin d’être anodines, puisque l’organisation mondiale de la santé (OMS) les a récemment classées cancérigènes. Mais c’est aussi un sujet complexe, puisqu’il recoupe de nombreux aspects, qu’il dépend des conditions météorologiques et que tous les secteurs d’activité émettent, formant ainsi un mix chimique. Voici les points qui concernent la viticulture, et quelques pistes pour améliorer ses pratiques.

Raisonner la fertilisation

L’ammoniac est le principal enjeu pour l’agriculture. « En France, 94 % des émissions d’ammoniac sont imputables au secteur agricole, dont un tiers est dû à la fertilisation », rapporte Sophie Agasse. Cette molécule, non problématique en soi, est dans le collimateur de l’administration car c’est un précurseur de particules secondaires : une fois dans l’air, elle se recombine et forme une pollution, ayant elle-même un impact pour la santé. L’épandage d’engrais, organiques ou minéraux, entraîne la volatilisation d’ammoniac (NH3). C’est donc un levier intéressant pour lutter contre les émissions. Pour cela, il est possible de jouer sur la formulation : l’urée, par exemple, est plus émissive que l’ammonitrate. De même, il est opportun d’enfouir les engrais lors de la fertilisation. Mais on peut également jouer sur les conditions climatiques (des conditions humides réduisent de 50 % les émissions), le juste calcul de la dose ou encore le fractionnement des apports en lien avec les besoins de la plante, pour favoriser une assimilation rapide.

Stopper le brûlage

Le brûlage des sarments et des ceps de vignes génère des particules fines (surtout des PM2,5), pouvant contenir des composés cancérigènes comme des hydrocarbures, dioxines et furanes. D’ailleurs, la réglementation française interdit le brûlage des végétaux à l’air libre, en dehors de certains résidus de l’activité agricole (hors zone de Plan Protection Atmosphère). « Mais compte tenu des problématiques locales que cela pose, il est important de trouver des solutions alternatives », prévient Sophie Agasse. En effet, cette pratique commence à être source de conflit dans les territoires. « Le secteur viticole à lui seul brûle entre 4 300 tonnes et 5 500 tonnes de bois de vigne en trois mois en Combe de Savoie. Cela équivaut à la pollution produite par 130 000 voitures ou 24 000 camions par jour », a récemment dénoncé l’association Les Amis de la Terre. Il est donc probable que la réglementation évolue à l’avenir, et oblige à traiter les déchets ligneux de la vigne. Cela pourrait passer par la valorisation des sarments et ceps arrachés en chaudières ou en compost. La chambre d’agriculture du Var lancera dès cette année des expérimentations dans ce sens pour anticiper cette éventualité (voir p.13).

Opter pour un tracteur récent

Les engins agricoles émettent des particules provenant de la combustion du gasoil, mais aussi des poussières issues du travail du sol et de l’abrasion des freins et des pneumatiques. Même si les efforts ont été faits sur les moteurs ces vingt dernières années, le secteur reste à l’origine de 6,6 % des particules de type PM10 et 8,7 % des NOx. Pour limiter les émissions dues au moteur, il est possible d’opter pour un tracteur plus récent, les normes étant draconiennes depuis 2015. Concernant le travail du sol, il émet principalement des grosses poussières moins dangereuses pour la santé, mais aussi quelques particules primaires de type PM2,5 et PM10. Il est donc recommandé de réduire le nombre de passage, de couvrir les sols avec de la végétation lorsque c’est possible (hiver par exemple) et de tenir compte des conditions climatiques. Car en situation sèche, les émissions de particules fines sont multipliées par 5.

Limiter la dérive de phytos

La problématique des produits phytosanitaires dans l’air est un sujet émergent, sur lequel on ne dispose pas encore de beaucoup d’éléments, et qui ne connaît pas encore de seuil à respecter. « Certaines associations agréées pour la surveillance de la qualité de l’air ont réalisé des mesures qui témoignent de leur présence », informe Sophie Agasse. Il est toutefois difficile de savoir si cela peut représenter un problème de santé publique. L’Anses a donc établi un protocole et lance ce mois une campagne de phytopharmacovigilance pour faire le point. En attendant, mieux vaut s’emparer du sujet avant que ce ne soit le grand public qui le fasse, et commencer à travailler sur les leviers d’action. C’est d’ailleurs ce que fait la chambre d’agriculture Grand Est avec le projet RePP’Air.

Les produits phyto peuvent se retrouver dans l’air de plusieurs manières. Il peut s’agir de dérive lors de la pulvérisation, contre laquelle on peut lutter grâce aux buses à injection d’air, aux panneaux récupérateurs ou en surveillant les conditions d’application. Mais cela peut aussi provenir de volatilisation après l’application, « tout un champ de travail qui est à explorer », avoue la technicienne.

voir plus clair

Dans le cadre du plan national de réduction de polluants atmosphérique (Prepa), l’arrêté du 10 mai 2017 prévoit plusieurs dispositions pour l’agriculture afin de respecter les objectifs de réduction fixés par l’Europe, à savoir :

L’édition d’un guide des bonnes pratiques agricoles, qui devrait avoir lieu avant la fin de l’année 2018
La mise en place d’un plan d’action pour assurer l’utilisation de matériels moins émissifs (épandage)
Le développement des techniques et filières alternatives pour limiter le brûlage à partir de la campagne 2019
Un renforcement de l’intégration et du suivi des enjeux qualité de l’air dans les travaux d’Écophyto et le lancement d’une campagne exploratoire sur les pesticides dans l’air
La mise en œuvre et la poursuite de l’appel à projet Agr’air, doté de 10 millions d’euros sur cinq ans

Les viticulteurs du Var mobilisés pour la qualité de l’air

En 2017, la chambre d’agriculture du Var et la cave coopérative du hameau des vignerons de Carcès se sont lancées dans un projet Agr’air, financé par l’Ademe. « Étant certifiés HVE (Haute valeur environnementale), nous avons déjà travaillé sur la qualité de l’eau et sur les sols. C’est donc une suite logique pour nous », commente Mathieu Combier, directeur de la cave. Lors de ces trois années, plusieurs actions en faveur de la qualité de l’air vont être menées. Il s’agit tout d’abord de réduire le brûlage des ceps à l’air libre, en essayant de monter une filière bois-énergie. « Le bois de vigne est très sec et calorifique. Son rendement de 70 % le rend plutôt adapté à cet usage, analyse Jocelyn Carré, de la chambre d’agriculture. Avec nos 75 tonnes de biomasse, cela fait 225 mWh de production potentielle. » Un chantier pilote aura lieu à l’automne pour transformer le bois en plaquettes et alimenter les centrales Uniper à Gardanne, dans les bouches du Rhône, et Inova à Brignoles, dans le Var, afin de voir si la filière est rentable.

Les viticulteurs pourront passer leurs tracteurs au banc d’essai

« L’idée intéresse les viticulteurs, car brûler n’est pas bon pour l’image, et faire du feu en Provence demande beaucoup d’attention, c’est donc du temps et du stress », ajoute Mathieu Combier. Une autre action sera de diminuer le recours à la fertilisation azotée minérale. Il est prévu pour cela de développer l’utilisation de compost local, issu des déchets verts traités par l’entreprise Pizzorno. La chambre d’agriculture assurera le suivi agronomique pour analyser la pérennité de la démarche. Enfin, la chambre d’agriculture a prévu d’organiser deux sessions de banc d’essai moteur, où les viticulteurs pourront venir évaluer leurs tracteurs. Cela permettra à chacun de trouver le réglage optimum pour utiliser son matériel de la meilleure des façons en réduisant les pertes, et ainsi les émissions de particules et de gaz à effets de serre. « Dans notre contexte urbanisé et touristique, cela permettra d’anticiper les problèmes de voisinage et de communiquer sur nos bonnes pratiques », conclut le directeur de la cave.

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