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La guerre ne sera jamais finie

Comment vont évoluer les politiques publiques en matière de consommation d'alcool ? Pour Jean-Charles Tastavy, président de l'association l'Honneur du vin, la bataille se poursuivra, même s'il reste optimiste.

Jean-Charles Tastavy, président 
de l'association l'Honneur du vin. 
" D'une manière permanente, la population française est consciente de la valeur 
patrimoniale et culturelle du vin. "
Jean-Charles Tastavy, président
de l'association l'Honneur du vin.
" D'une manière permanente, la population française est consciente de la valeur
patrimoniale et culturelle du vin. "
© DR

Pensez-vous que la France poursuivra sur la voie d'un durcissement des réglementations en matière d'alcool ?


Pour moi, la guerre ne sera jamais finie, car les tenants d'un durcissement de la loi ne renonceront jamais. C'est aussi une question sociétale, voire " civilisationnelle ", relative à une culture de l'angoisse. Aujourd'hui, les conseils en matière d'alimentation sont de plus en plus nombreux, il faut par exemple, limiter sa consommation de poisson à deux fois par semaine. L'optimisme qui régnait dans les années cinquante et soixante, a disparu : les parents pensent, par exemple, que leurs enfants vivront moins bien qu'eux. Il faut croire que cette culture de l'angoisse fait vendre car nous poursuivons dans cette voie...


Le vin n'échappera donc pas à une hausse des taxes ?


Sur ce point, j'ai tendance à garder un certain optimisme pour conserver une mobilisation dans la bataille. D'une manière permanente, la population française est consciente de la valeur patrimoniale et culturelle du vin. Cela ne fait juste pas partie de ses préoccupations quotidiennes. Et c'est le rôle des associations en lien avec le vin de tenir éveillée cette conscience du statut à part du vin. Nous devons tous défendre ce patrimoine bi-millénaire qui permet au substrat de résistance de la population d'exister et de se maintenir de façon permanente. Et nous devons alerter la population dès qu'il y a des agressions à l'encontre du vin. Par ailleurs, James de Roany, conseiller au Commerce extérieur pour la section vin, a pointé du doigt l'effet d'une stigmatisation du vin sur les exportations. Il est moralement indéfendable de dire que le vin est dangereux pour la santé et de le vendre sur le marché mondial. Cela se traduit pas un effet sur le dynamisme de nos exportations : en 2009, année de la loi Hôpital Santé et Territoire, il y a eu un ralentissement de nos expéditions à l'étranger. Le facteur économique peut jouer en faveur du vin.


Parviendra-t-on à légiférer sur une définition de la publicité ?


Je dois reconnaître que cela est très difficile. La loi Evin, que l'on a toujours contestée, pousse à ce que des articles de presse soient assimilés à des publicités. Son application est de plus en plus dure et on ne sait pas où cela va s'arrêter. D'un autre côté, il existe des rédactionnels rémunérés. Il est difficile de rédiger une définition.


Le classement du vin au patrimoine culturel et gastronomique de la France a-t-il une chance d'aboutir ?


Les producteurs de foies gras ont obtenu le classement de leur produit en 2005. Cela a permis, entre autre, de limiter les attaques qui portaient sur le gavage. Le classement est utile car il permet de sanctuariser et de donner un statut formel au produit. Reste que les actions en faveur de ce classement n'aboutissent pas. Sous la précédente présidence, 200 parlementaires avaient été mobilisés mais le sujet n'avait jamais été mis à l'ordre du jour. Il y a donc une sensibilité parlementaire à cette question mais encore des freins à lever.


Quelle peut être l'évolution de la prévention contre les addictions ?


À mon sens, elle doit s'intéresser de près au sucre. Des chercheurs ont récemment montré que le sucre était plus " addictif " que la cocaïne. Or, on sait que l'obésité est une véritable épidémie mondiale, qu'il y a davantage de morts dues au diabète qu'à l'alcool. Il faut agir mais s'attaquer au sucre, c'est s'attaquer à un lobby très organisé qui est déjà actif avant même que le problème ne se pose à eux.


La filière devra-t-elle évoluer sur ces messages ?


Au restaurant, dans un dîner en famille ou entre amis, nous défendons la dégustation d'un verre de vin et d'un seul. C'est une communication qui n'est pas facile à accepter pour un vigneron et qui doit encore être défendue auprès de la profession. Mais je pense qu'elle est nécessaire car nous n'échapperons à la prohibition qu'en cultivant la promotion du bon usage du vin.

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