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Environnement
La Champagne grave dans le marbre sa viticulture durable

L'appellation champagne s'est préoccupée très tôt des questions environnementales. Au printemps devrait paraître le référentiel de la viticulture durable champenoise qui permettra une certification des entreprises reconnue HVE.

Le référentiel incite à mettre en oeuvre une adaptation des doses suivant la surface foliaire.
Le référentiel incite à mettre en oeuvre une adaptation des doses suivant la surface foliaire.
© J.-C. Gutner

Le référentiel de viticulture durable champenoise que s'apprête à rendre public le Comité interprofessionnel des vins de champagne comprend 125 points. La liste des critères est longue et s'appuie sur une réflexion débutée en 2000 avec l'édition d'un guide des bonnes pratiques. " Notre référentiel va permettre d'agréer les entreprises champenoises. Il sera reconnu comme équivalent à une haute valeur environnementale (HVE) de niveau 2 ", explique Denis Velut, administrateur du Syndicat général des vignerons de la Champagne. Le pas à franchir pour l'agrément en HVE 3 ne devrait pas être grand pour les entreprises champenoises, car nombre d'entre elles pourraient remplir le critère qui limite à 30 % la part d'achats d'intrants dans le chiffre d'affaires. " Il faudra néanmoins que ces entreprises mettent en place des actions en faveur de la biodiversité telles que l'implantation de bandes enherbées et de haies... ", précise Denis Velut. Le référentiel de viticulture durable a été rédigé en concertation avec le vignoble et le négoce. Il devrait avoir un intérêt en matière de promotion puisqu'il fera l'objet d'une marque déposée. Il ne sera accessible qu'aux viticulteurs de l'appellation.

Adaptation des doses et réduction du cuivre


Concrètement, le référentiel recense 50 points critiques qui visent au respect strict de la réglementation en vigueur, et quelques autres fondamentaux non réglementaires mais incontournables. 48 points, dits points majeurs, correspondent aux classiques exigences des référentiels de conduite raisonnée comme la justification de tous les apports d'engrais, et pas seulement azotés. Enfin, 27 points mineurs, dont 15 doivent être obligatoirement mis en oeuvre par l'exploitant, visent à encourager une implication environnementale plus forte des exploitations en proposant notamment des actions en faveur de l'intégration paysagère, de l'adaptation des doses à la surface foliaire. Sur ce dernier point, " les règles ne sont pas aussi précises que celles formalisées par Optidose ", précise Denis Velut. Le référentiel s'attaque à la question de la réduction des doses de cuivre pour le limiter à 4 kg/ha. Il incite également à orienter la protection insecticide vers les diffuseurs à phéromone.

Entretien des sols : le bon sens


Concernant l'entretien de l'enherbement, les sols de champagne ne se prêtant pas à un enherbement permanent qui conduirait à une concurrence hydrique trop forte, l'objectif est de limiter à la moitié de l'exploitation l'utilisation d'herbicides résiduaires. " L'idée forte est de ne pas rendre obligatoire l'enherbement et de laisser toute la latitude possible à l'exploitant pour gérer au mieux l'entretien des sols ", commente Denis Velut. Cette position, tout en souplesse, est aussi guidée par une volonté de ne pas grossir le bilan carbone en multipliant les passages motorisés. Le référentiel s'attaque à la question de la pulvérisation, un des points techniques sous les feux de la rampe en Champagne. Il compte favoriser la performance du parc pulvérisateur en obligeant à l'achat d'un face par face lors du renouvellement du matériel. En clair : si un exploitant achète autre chose qu'un face par face, il perdra sa certification.
Certaines entreprises sont prêtes à mettre en oeuvre le référentiel et, courant 2014, certaines d'entre elles devraient être certifiées. Pour l'instant, le CIVC n'affiche aucun objectif chiffré concernant le nombre d'entreprises. La volonté est de créer un mouvement général en ne laissant personne de côté. Et Denis Velut d'insister : " Nous ne voulons pas d'une Champagne à deux vitesses, clivée par la mise en oeuvre de certifications multiples. Nous souhaitons que la Champagne continue de progresser et peu importe le temps que cela prendra. Le référentiel est un outil à deux entrées : il servira toujours de base à l'établissement de plans de progrès personnalisés, propres à chaque viticulteur, sans nécessairement recourir à la certification. Celle-ci est un moyen choisi par certains pour avancer vers une viticulture toujours plus durable, mais ce n'est pas le seul. "

Pour en savoir plus

Voir dossier Réussir Vigne de mars 2014. R. Vigne n°205 p. 18 à 24.

Au sommaire :

 

. Dix viticulteurs de la loire expérimentent à tout va p. 20.

. Des roses dans les vignes pour moins traiter p. 22

. La champagne grave dans le marbre sa viticulture durable p. 24

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