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La bio à la croisée des chemins

Quel sera l’avenir de la viticulture et des vins bio ? C’est la question à laquelle les équipes de FranceAgriMer se sont attelées à la demande de France vin bio. Les dés sont à présent entre les mains de la fédération.

S’étioler, se premiumiser, renaître de ses cendres, gérer une rente de situation ou encore assumer une croissance quantitative. Tels sont les cinq grands scénarios d’évolution de la filière bio auxquels les professionnels ont abouti, au terme de 13 mois de travail. Cette étude prospective à 15-25 ans, visait à faire fourbir des arguments aux administrateurs de France vin bio, pour les aider à définir une démarche stratégique afin d’éviter toute crise.

Dans le premier cas de figure, ressenti comme étant le plus « pessimiste », les experts ont pris un contexte législatif antialcool durci et une situation « macroéconomique très difficile » comme présupposés de base. Dans le même temps, les producteurs bio se retrouvent face à des impasses techniques malgré une réglementation qui s’assouplit et subissent de plein fouet le changement climatique. Conséquence : le marché bio s’effondre et finit par ne plus représenter qu’une niche. Cette hypothèse met le doigt sur les problèmes d’adaptation, notamment au changement climatique, spécifiques à la viticulture bio. Tant le désucrage que la désalcoolisation sont à ce jour interdits en vinifications bio, ce qui limite l’adaptabilité de la filière à l’augmentation des degrés alcooliques. La recherche d’alternatives techniques peut donc être une voie pour éviter que la filière se retrouve à « essayer de survivre ». Mais pour cela, encore faut-il arriver à monter des projets de recherche. "Nous constatons qu’ils sont insuffisamment retenus pour des financements nationaux de type Casdar, pointe le président de France vin bio, Richard Doughty. Nous allons donc travailler à améliorer la qualité de nos dossiers et appliquer une petite pression politique."

Une meilleure représentativité des bios dans les instances

Le second scénario est également parti d’un contexte macroéconomique très difficile et d’une réglementation bio de plus en plus contraignante. Les impasses techniques fleurissent. En revanche, dans cette simulation, le changement climatique est un atout pour la viticulture bio, puisqu’elle lui permet de rééquilibrer ses rendements par rapport à la viticulture conventionnelle. Néanmoins, la bio est distancée par d’autres labels environnementaux, tels que la haute valeur environnementale (HVE), et doit jouer la carte de la santé pour se différencier et subsister. Elle instaure des limites maximales de résidus (LMR) sur ses vins et devient un produit premium et de niche. Tant ses volumes que surfaces de production diminuent. De plus, faute d’une représentativité suffisante au sein des organes professionnels, les aides publiques disparaissent. Ce qui pose donc la question de la représentativité. Si beaucoup de vignerons bio siègent dans les différentes instances, ce n’est pas tant en raison de leur statut de bio que de celui de vigneron. Faut-il dès lors faire évoluer ce système et attribuer un siège aux bios ? "Nous sommes conscients qu’il y a besoin de structurer la filière, reconnaît Richard Doughty. Mais nous allons d’abord nous atteler à la structuration en région avec la Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab) et essayer de trouver des synergies avec l’Agence bio. Après, nous ne cherchons pas forcément à avoir des places dans les instances nationales ; nous attachons plus d’importance à l’efficacité du travail qu’à la reconnaissance institutionnelle. Nous avons déjà un groupe de travail spécifique sur la réglementation des vins bio à l’Inao, ce qui nous convient, et nous travaillons ponctuellement avec FranceAgriMer." Quant aux aides, le président estime qu’elles sont utiles pour la structuration de la filière, mais qu’il est essentiel que la viticulture bio vive de sa rentabilité…

La troisième hypothèse, dénommée « le phénix bio », part également d’un contexte antialcool fort, conjugué à une crise économique généralisée. Le bio devient la garantie de référence environnementale pour les consommateurs, et constitue le haut de gamme de chaque segment. La plupart des indications géographiques (IG) sont produites en bio, ce qui donne naissance à "l’indication géographique bio", qui va rapidement devenir un segment important. Face à cela, les tenants purs et durs de la bio renforcent leur réglementation et établissent des limites maximales de résidus (LMR), mais ils perdent en représentativité et donc les aides. Ces restrictions et le changement climatique affectent vrais les bios qui s’étiolent… pour mieux renaître grâce à des vignerons « refondateurs qui mettent en avant un contre-modèle politique ».

Intensifier les recherches scientifiques et la formation spécifique

Solution plus favorable à la filière, la « rente de situation » se fonde sur un contexte économique stabilisé mais une pression sanitaire en hausse. La garantie environnementale qu’offrent les vins bio séduit chaque jour davantage. Ils voient leurs ventes en volume progresser lentement mais sûrement. L’étiquetage des additifs devient obligatoire. Les IG acceptent de nombreuses innovations, dont les OGM, pour diminuer le niveau d’intrants, tandis que les bios s’y refusent. Des études scientifiques viennent prouver les atouts de la bio sur la capacité des sols et des vignes à « encaisser les chocs climatiques », ce qui pousse les pouvoir publics à leur attribuer des aides et à développer des formations spécifiques. Les bios se dotent alors d’un outil de pilotage pour éviter toute surproduction. Une suggestion qui séduit déjà France vin bio. La fédération aimerait mettre sur pied un observatoire, afin de disposer d’une meilleure lisibilité des ventes et de la production. Et pour commencer, elle aimerait que "toutes les interprofessions aient une case vin bio pour les ventes vrac, lance Richard Doughty, ainsi que les douanes pour l’exportation".

Par ailleurs, dans ce scénario, la recherche permet de lever des freins techniques, et la filière se protège par des limitations réglementaires. Cette issue appuie sur l’importance du volet technique. La comparaison de l’impact climatique sur les vignes bio et conventionnelles est une piste d’étude, tout comme le développement de filières de formation spécifiques. « Nous avons en effet constaté que la bio était peu enseignée, qu’il y avait peu de parcelles d’expérimentation et de pratique bio et très peu en biodynamie, indique Françoise Brugière, chef de la mission prospective à la direction marchés, études et prospective de FranceAgriMer. Cela interroge sur le développement du segment. Peut-être que la filière devrait créer un lieu d’enseignement spécifique ? » « Le relais au niveau de la formation scolaire est assez faible, convient Richard Doughty, et dépend beaucoup de la perception de la bio qu’a le formateur (s’il est convaincu par la technique ou si au contraire, il est sceptique). Mais quoi qu’il en soit, ce n’est pas à la Fédération de mettre sur pied une formation. Nous allons en revanche dire et redire qu’il y a un manque à ce niveau-là. »

Un avenir pour partie corrélé au maintien des aides

Enfin, la situation n° 5 correspond à une « croissance quantitative assumée ». Les politiques de santé sont toujours drastiques mais reconnaissent des vertus spécifiques aux vins bio et la situation économique stabilisée. La bio devient la référence environnementale pour les consommateurs dont la demande augmente, ce qui permet de rémunérer décemment ce type de production. La viticulture bio encaisse mieux les chocs climatiques et voit sa représentativité augmenter. Parallèlement, les pouvoirs publics soutiennent la filière, et la formation bio se développe. Les avancées de la recherche permettent de lever les impasses techniques en trouvant des alternatives au cuivre ou en améliorant la gestion de la flavescence dorée. Les bios s’ouvrent à davantage de techniques, ce qui provoque le développement de courants parallèles, nommés « chapelles ». Au final, la bio « sort de sa niche pour s’imposer comme le contre modèle agricole en lieu et place de l’IG ». Cette trajectoire montre l’importance des résultats de la recherche, tout comme celle des aides publiques. "Le devenir du cuivre est un énorme dossier, renchérit Richard Doughty. Nous allons essayer d’alerter un maximum de gens sur le sujet, notamment au niveau européen."

Suite à ce travail, France vin bio compte rédiger un plan d’action, pour piloter l’avenir de la viticulture bio et "éviter les aspects négatifs des scénarios", conclut Richard Doughty.

@ L’intégralité de l’étude est disponible sur http://bit.ly/2tfhbB1

repères

Selon l’Agence bio, en 2016, la viticulture bio (surfaces converties et en conversion) recouvrait 9 % des surfaces viticoles hexagonales, soit 70 740 hectares pour 5 263 exploitations. Parallèlement à cela, le marché français des vins bio connaît un développement à deux chiffres depuis 2011 et représentait 792 millions en 2016 (+18,2 % par rapport à 2015). Le circuit de distribution dominant reste la vente directe (41 %), puis les magasins spécialisés (23 %), les cavistes (18 %) et la grande distribution (18 %). À l’exportation, le taux de croissance en valeur est encore plus important même si le débouché reste moindre que le marché national.

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