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Flavescence dorée, un fléau indéfectible ?

La flavescence dorée a été déclarée maladie de quarantaine en 2003. Or, quinze ans plus tard, elle poursuit son expansion. En viendrons-nous à bout ?

Depuis près de quinze ans, la lutte obligatoire contre la flavescence dorée est en place en France. Pourtant, rien ne semble enrayer la maladie. Pire, l’épidémie semble même progresser. Pour Denis Thiéry, directeur de recherches à l’Inra de Bordeaux, cela ne fait pas un pli. La méthode de lutte actuelle n’est pas vraiment efficace, car on ne sait lutter que contre le vecteur. « Faute de moyens, nous n’avons pas étudié la sensibilité des différents cépages à la maladie, ni l’incidence des conditions parcellaires, ni l’impact du régime hydrique, indique le chercheur. Il est urgent que l’on se mobilise sur le sujet ». Car le principal souci de cette maladie est qu’elle agit par un phytoplasme. « Il est beaucoup plus simple de travailler sur le mildiou ou l’oïdium, poursuit Denis Thiéry. Là, on est face à une bactérie qui circule, c’est beaucoup plus complexe ». Et ce d’autant plus que son vecteur, Scaphoideus titanus, est lui aussi sophistiqué. « La cicadelle n’est pas présente partout dans une même parcelle, pointe Olivier Yobrégat, ingénieur en charge des activités matériel végétal à l’IFV Sud-Ouest. On va en trouver dans trois rangs, puis rien dans les cinq suivants. Et elle est très mobile, elle saute, vole. Au début du cycle, elle est majoritairement présente sur le bas des pieds, puis elle monte. Il est difficile de la repérer. »

Autre problème, « la cicadelle est très efficace dans sa transmission, poursuit Olivier Yobrégat. Il en faut donc très peu pour contaminer la vigne ». Or pratiquement tous les produits insecticides employés sont lessivables : c’est le cas des organo-phosphorés, des pyréthrinoïdes de synthèse et surtout, du pyrèthre naturel, employé en viticulture biologique. « Il suffit qu’un traitement soit mal positionné ou qu’il soit lessivé pour le rendre inopérant », poursuit l’expert. Pire, en bio, le pyrèthre naturel agit par contact et a une rémanence quasi nulle. « De plus, les conditions d’application sont complexes, note Olivier Yobrégat. Il ne faut pas trop de lumière, une très bonne qualité de pulvérisation, etc. ». Ce qui fait que les vignerons bios seraient moins bien armés face au fléau. Or le moindre trou dans la protection peut être fatidique. Un avis que tout le monde ne partage pas, à l’instar de Gabriel Tari, un vigneron bio de l’Aude. "Un travail réalisé par Jean-Michel Trespaillé-Barrau, de la SRPV Languedoc-Roussillon, au début de sa prise de fonction, constatait que les vignes bio, voire abandonnées, étaient bien moins appétissantes aux cicadelles que les vignes conventionnelles, pleines d’azote, à la sève abondante et à l’ombrage généreux", rapporte-t-il. S’il semble hasardeux de baser une stratégie de lutte contre une telle maladie sur un seul constat, il serait bon que les chercheurs s’emparent du sujet. Or on en revient au point de départ : "aucun moyen n’est mis sur la flavescence dorée", pointe Denis Thiéry.

Les ronds-points non traités, sources de contaminations

Ce qui ne serait pourtant pas un luxe, puisque selon les chercheurs, une autre cause de la propagation de la maladie résiderait dans la présence de pieds de vignes disséminés et non traités, même en zone de traitement obligatoire. Ce serait le cas des friches, mais aussi des repousses de porte-greffes, ou encore… des ronds-points ! « La flavescence se tapit partout, insiste Olivier Yobrégat. Sur les repousses sauvages des accotements des cours d’eau, au bord des fossés, dans les forêts. Tout cela constitue des réservoirs que l’on a du mal à réduire. » Car l’Inra de Bordeaux a mis en évidence que bien que les repousses de porte-greffes expriment peu ou pas les symptômes de la maladie, elles peuvent être porteuses du phytoplasme. Et donc une source de contamination pour les vignes alentour. Par ailleurs, même si une législation existe sur le sujet, il est extrêmement difficile de faire arracher une friche. Et il est compliqué de forcer une collectivité à protéger ses ronds-points, même en zone de traitement obligatoire. « Il y aura toujours des foyers, renchérit Denis Thiéry, ne serait-ce que dans les compartiments sauvages. » Car il ne faut pas l’oublier : le phytoplasme de la flavescence dorée provient de l’aulne sauvage…

Plus de quatre-vingt-dix espèces de cicadelle dénombrées dans le sauternais

Par ailleurs, pour l’instant, seul le vecteur principal de la flavescence dorée est identifié. Or les chercheurs sont de plus en plus nombreux à penser qu’il y en aurait d’autres. « Nous avons mené une étude sur le sauternais, relate Denis Thiéry. Et nous avons dénombré plus de quatre-vingt-dix espèces de cicadelles, dont au moins deux peuvent transporter le phytoplasme. » Même si transporter ne veut pas dire transmettre, cette découverte, qui rejoint celle des suisses avec Orientus ishidae, est inquiétante.

Un autre facteur expliquant le développement de la maladie, et le relatif échec actuel de la protection, est lié à la surveillance du territoire. Tout d’abord, il ne faut pas relâcher la prospection, même lorsque la pression diminue. Car tout fléchissement de la vigilance permet la reprise de foyers, comme ce fut le cas dans le Vaucluse. Par ailleurs, la détection des pieds atteints repose sur des structures associatives de type Gdon. Or ces dernières sont en grande partie financées par les vignerons. Logiquement, les régions les moins prospères ont du mal à en payer les services. La prospection n’est donc pas toujours assez intensive. Sans compter que dans certaines zones excentrées, aucun technicien ne passe. Se pose aussi la compétence des professionnels effectuant les repérages. Tous ne sont pas formés, et une fois encore, la cicadelle est complexe à repérer. De plus, certaines structures arrêtent trop tôt les prospections. « Or sur certains cépages, les symptômes peuvent sortir très tardivement », souligne Olivier Yobrégat. Mais dans les zones où la prospection est sérieusement réalisée, comme en Bourgogne, faute de disparaître, l’épidémie est sous contrôle.

Ce qui fait dire à Jacques Grosman, expert vigne à la DGAL, que seule la surveillance, couplée à l’arrachage des souches contaminées et au traitement des vignes en zones de lutte obligatoire peut arriver à juguler la propagation de la maladie. « La clé est dans la prévention, insiste-t-il. Il faut déceler la maladie au plus tôt, pour éviter l’arrivée de nouveaux foyers. » De nombreux organismes travaillent donc sur cette thématique, afin de simplifier la détection. Des projets visent à réaliser la reconnaissance par drones, d’autres par avions ou encore par satellites. Mais aucun n’est encore arrivé à son terme, et pour l’instant, l’éradication de la maladie semble hors de portée. Néanmoins, les chercheurs planchent sur de nombreuses pistes. Parmi les plus prometteuses se trouvent la confusion acoustique des accouplements, ou encore les symbiontes. Dans ce dernier cas, il s’agit de bactéries, qui pourraient modifier le comportement de la cicadelle ou sa reproduction. Malheureusement, on est encore loin d’une solution transférable au vignoble. Et pendant ce temps, la maladie poursuit son chemin…

c’est nouveau

Vitikit, un test ADN de terrain

Cela fait deux ans que l’on en parle ; c’est désormais d’actualité. Phyteurop, en partenariat avec Anova-Plus, lance le Vitikit-FD. Il s’agit d’un test ADN de terrain permettant de savoir, en moins d’une heure, si un cep est atteint de flavescence dorée. Le Vitikit-FD a été testé en 2015 dans cinq régions viticoles, en collaboration avec les Gdon/Fredon. À l’issue de quoi, l’entreprise a établi que les résultats obtenus via le Vitikit-FD sont corrélés à 98 % avec ceux obtenus par qPCR. Un argument de poids. Car cet outil "s’il est fiable et bon marché, peut être très utile, estime Olivier Yobrégat. En revanche, s’il conduit à de mauvais diagnostics, cela sera dramatique". Ces tests seront proposés par les distributeurs en prestation de service dès ce mois de juillet. La prestation de service sera de l’ordre de soixante-neuf euros le test.

comprendre

La flavescence dorée a été déclarée maladie de quarantaine en France le 9 juillet 2003, par arrêté ministériel.

Cette maladie est provoquée par un phytoplasme (une bactérie dépourvue de paroi cellulaire), qui se niche dans le liber de la plante (partie où circule la sève élaborée).

Ce phytoplasme est transmis à la vigne par un insecte suceur, plus précisément, par une cicadelle : Scaphoideus titanus. En se nourrissant de sève, elle libère la bactérie dans le cep.

Au vignoble, la maladie se traduit par différents symptômes tels qu’une décoloration du feuillage, un bois peu ou non lignifié, une mortalité des inflorescences, un flétrissement des grappes…

En France, selon l’Inra, la flavescence dorée toucherait quelque 450 000 hectares !

(((RVI231_ACTU_ENJEUX_FLAVESCENCE_LEAD_COMPRENDRE)))

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