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Diminuer les doses de cuivre grâce aux plantes

En Alsace, Florian Beck-Hartweg a testé avec succès la conduite d’une parcelle en utilisant des plantes et du soufre mais sans recours au cuivre.

Domaine Beck-Hartweg en Alsace
Mathilde et Florian Beck-Hartweg étendent à 1 ha cette année leurs essais de gestion de parcelle avec des plantes et du soufre en alternative au cuivre.
© domaine Beck-Hartweg

Étudier le potentiel des plantes pour la protection des vignes est une problématique majeure pour Florian Beck-Hartweg vigneron bio à Dambach-la-ville dans le Bas-Rhin. « Il y a beaucoup de perspectives, mais peu de recherches institutionnelles sont faites », regrette le vigneron. Participer à un groupe Dephy sur ce thème était donc une façon d’avancer. Lancé en 2016 et piloté par l’organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba), son groupe expérimente l’usage des plantes afin de réduire la dépendance au cuivre et au soufre. En bio depuis dix ans, son exploitation familiale est déjà assez avancée sur sa connaissance des plantes mais elle cherche à progresser encore. Depuis cinq ans, la dose de cuivre métal utilisée oscille entre 500 g à 1 kg par hectare et par an.

Une variété de plantes locales disponibles sur le domaine

Le corpus des plantes intègre la prêle, l’ortie, la consoude, le pissenlit et l’achillée. Ce sont toutes des espèces locales que la famille Beck-Hartweg peut récolter dans ses vignes non fauchées et non labourées, ou aux abords des parcelles. Florian a sélectionné une parcelle de 20 ares de riesling, sur « un sol granitique et limoneux de bas de coteaux, moyennement sensible au mildiou ». Cinq passages de préparations issues de plantes ont été réalisés, deux de plus que sur les parcelles traitées avec du cuivre additionné aux mêmes plantes. Trois passages étaient associés à du soufre, deux passages ne comportaient que des plantes seules. « Dans la parcelle de 20 ares qui n’a reçu aucun traitement à base de cuivre, ça a fonctionné : il y a eu zéro mildiou », relate Florian. En Alsace, à la différence d’autres régions, la pression mildiou a été moyenne en 2018, présente fin mai début juin, mais pas en juillet.

L’ortie, la consoude et le pissenlit ont été utilisés en mélange avec une préparation biodynamique (500 P) au printemps pour stimuler le sol. « Le pissenlit a un effet bénéfique sur les sols acides grâce à son calcium », relève le vigneron. Il n’est pas utilisé sur les feuilles.

La prêle correspond aux périodes humides. Le domaine l’utilise en purin pour son effet asséchant et en tisane en tant qu’éliciteur. " Elle renforce les structures de la plante par son apport en silice. "

L’ortie est sollicitée pour sa richesse en azote. « Elle s’utilise en début de saison avant ou pendant la fleur, lorsque l’on veut que la vigne pousse, en tisane ou purin. Sur les périodes sèches, elle permet d’aider la vigne à gérer le stress hydrique », détaille Florian. La consoude apporte du potassium. Elle stimule en début de saison.

Quant à l’achillée, elle s’utilise en décoction à froid additionnée aux autres plantes dont elle renforce l’action. "Aucun insectifuge n’est nécessaire, l’équilibre faune-flore atteint grâce à la biodiversité des parcelles a éliminé ce besoin ", constate le vigneron. Auparavant, le domaine utilisait de la tanaisie pour cet usage.

Sur l’ensemble de ses vignes, Florian ne constate pas « de parcelles qui aient mal tourné ». Les rendements atteignent en moyenne 40 à 45 hl/ha avec de fortes variations selon les parcelles. Il a atteint 50 hl/ha sur la parcelle test.

L’expérience va être reconduite cette année sur la même parcelle et sur une nouvelle sélection de parcelles en variant les cépages et les types de terroir. La surface totale atteindra 1 hectare.

Une approche préventive basée sur l’observation des sols et de la vigne

Florian Beck-Hartweg souligne que les résultats obtenus sont aussi à relier avec les pratiques destinées à assurer l’équilibre du sol et de la vigne avec une vision préventive : « notre réflexion sur la santé des sols et l’équilibre de la vigne a permis de passer un vrai cap pour baisser très significativement le cuivre ». Le couvert roulé au rolofaca assure un paillage pour garder la fraîcheur et enrichir le sol en humus sans autre fertilisation.

La gestion de la vigueur de la vigne est une priorité. « Avec une vigueur modérée, les tissus sont plus résistants. L’excès de vigueur est un facteur de sensibilité de la vigne majeur. » Il prévient les excès par un travail en vert le plus précis possible : palissage manuel en évitant les entassements de feuillage, effeuillage si besoin, pas de rognage pour éviter la baisse des défenses de la vigne qu’il implique juste après et le développement d’entre-cœurs. « Ça évite un traitement en fin de saison ».

Des possibilités de test démultipliées par le groupe

"Il est important d’être précis sur l’oxygénation des mélanges de plantes pour avoir une belle fermentation mais pas de putréfaction. La tisane ne doit pas bouillir à plus de 70 à 75 °C pour ne pas perdre les propriétés de la plante", prévient Florian. Pour le dosage, il prévoit 7 litres de plantes fraîches pour 1 hectare. Les plantes sont préparées à l’eau de pluie, et les tisanes ne sont pas dynamisées.

Le groupe permet de démultiplier les expériences. « Nous avons à notre disposition 20 à 25 plantes. Nous ne pouvons pas toutes les tester nous-mêmes. On se les répartit ». Ces échanges sur les pratiques lui ont donné envie de travailler sur la reine-des-prés et de reprendre des essais sur l’écorce de saule. Ils lui apportent des renseignements sur les huiles essentielles. L’Opaba intervient en fin de saison pour faire des comptages et recueillir des résultats mais pas sur des protocoles.

Traiter en quad

L’achat d’un quad est le principal investissement effectué par le domaine. Il permet de limiter le tassement des sols. Un pulvérisateur a été bricolé pour qu’il s’adapte à l’arrière. Pour les produits, le coût financier est de quasi zéro en dehors des achats de cuivre et soufre, évalués à 45 euros par hectares et par an. Le temps passé à la cueillette et préparation des plantes lui n’est pas quantifié mais Florian souligne l’avantage de l’autonomie. Une bonne anticipation est indispensable pour être sûr de disposer des plantes au moment voulu. Elles sont utilisées de préférence fraîches. Pour le purin, il faut les cueillir une semaine avant. Un petit stock de sécurité en version sèche est préparé en cas de besoin. Il faut donc prévoir un espace adéquat pour les faire sécher et les stocker. La prêle n’est utilisée que séchée car elle n’est apte à la cueillette qu’en fin de saison.

 

repères

Le domaine Beck-Hartweg

Localisation Dambach-la-ville

Surface 8 hectares

Appellations alsace, alsace grand cru Frankenstein, crémant d'alsace

Cépages riesling, pinots blanc, gris et noir, gewurztraminer, sylvaner.

Mode de culture agriculture biologique

Avis d’expert : Sylvia Ribeiro, ingénieur réseau Dephy au sein de Bio en Grand-Est

"Le groupe leur permet de s’encourager les uns les autres

Le groupe a été constitué il y a deux ans, dans la mouvance d’Écophyto 2, il est donc récent. Nous n’avons pas encore de recul sur les différentes expériences menées pour réduire les doses de cuivre grâce aux plantes. La plupart ont déjà des IFT de 5 ou 6. La marge de manœuvre pour les réduire est très faible. Dans le groupe, certains sont en bio depuis longtemps et assez avancés dans leur connaissance de l’usage des plantes mais veulent tester d’autres plantes ou modes d’application, d’autres sont en conversion ou n’ont encore jamais testé. Le groupe leur permet de s’encourager les uns les autres. Nous préparons un petit guide de ce que chacun fait. Il permettra d’avoir des références sur l’utilisation des plantes en tisane, purin ou macération. Au début du groupe, une rencontre a été organisée avec Éric Petiot (spécialiste des plantes pour soigner la vigne), pour que tout le monde ait le même niveau d’information. D’autres rencontres et des formations auront lieu en fonction des besoins. Le Dephy tour Grand Est organisé l’an dernier nous a permis de communiquer. Notre objectif est de continuer à communiquer plus largement.

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