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Comment pailler le rang de vigne avec des couverts végétaux cultivés sur la parcelle

Utiliser l’enherbement de l’interrang pour mulcher le cavaillon est une solution écologique et économique. Mais la technique ne s’improvise pas.

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Une épaisseur de 20 à 30 centimètres est nécessaire pour pailler correctement le cavaillon.
© P. Forgeron

« Intéressant », « malin ». Ce sont les adjectifs qui arrivent souvent à la bouche des experts quand on les interroge sur le paillage du cavaillon grâce aux couverts cultivés en interrang. Mais attention, haute technicité ! La pratique, aussi alléchante soit-elle, exige certains prérequis.

Le premier, c’est de maîtriser la culture des couverts végétaux en vigne. Le second, c’est d’avoir un sol suffisamment fertile pour ne pas empirer une situation déjà dégradée. « Il ne faut surtout pas mettre la charrue avant les bœufs, prévient Matthieu Archambeaud, agronome et formateur en agroécologie chez Icosystème. Avant de demander à l’interrang de produire beaucoup de biomasse, il faut s’assurer qu’il fonctionne correctement. » Un avertissement que lance également Frédéric Thomas, spécialiste de l’agriculture de conservation des sols. « Si le niveau de fertilité de la parcelle est trop faible, la vigne souffrira inévitablement de la concurrence », prédit-il.

Sur des sols trop déstructurés ou trop pauvres, qui ne sont pas rares en vigne, mieux vaut donc se concentrer sur la relance de l’activité biologique. De même sur les vignes trop étroites, où la portion de sol disponible pour cultiver les couverts nécessaires risque d’être trop congrue, « sans compter que ce sont souvent des terroirs naturellement peu fertiles », s’inquiète Matthieu Archambeaud.

Une solution vertueuse mais qui ne peut pas être unique

Et pour ceux qui cochent les cases, qu’attendre d’une telle pratique ? De ce qu’il observe sur le terrain, Frédéric Thomas estime qu’une épaisseur de 20 à 30 centimètres de mulch étouffe plutôt bien les adventices et arrive à faire son effet sur toute une saison. Tout dépend toutefois du type de flore qui envahit le cavaillon : les petites plantes annuelles sont faciles à gérer, mais des vivaces qui s’installent peuvent rendre nécessaire un passage ponctuel de glyphosate ou de travail du sol. « Il faut savoir quoi qu’il en soit que l’on ne peut pas avoir de situation pérenne, il y a toujours des plantes qui voudront occuper l’espace, comme le chiendent, analyse Frédéric Thomas. C’est le changement qui apporte la capacité de prendre la main sur la gestion des adventices, le système reste en mouvement permanent. »

Cette gestion de l’équilibre est aussi vraie d’un point de vue de la fertilité : il n’est pas souhaitable de déplacer la fertilité du sol de l’interrang vers le cavaillon éternellement, sous peine de déshabiller Pierre pour trop habiller Paul. Il n’en reste pas moins que cette solution peut être vertueuse à bien des niveaux : écologique (moins de désherbant ou de gasoil pour travailler le sol), agronomique (maintien de l’humidité, activité biologique sur le rang) et économique (moins de passages de tracteur). Avec un rapide calcul, Pierre Forgeon, conseiller viticole indépendant en Charente, estime qu’un tel itinéraire reviendrait entre 200 et 300 euros par hectare (matériel et main-d’œuvre compris), loin des 800 euros nécessaires pour un travail du sol en vigne large. Pourquoi donc ne pas en faire un outil de gestion du cavaillon ponctuel dans une stratégie globale ?

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