Bien choisir son outil de mulchage du rang de vigne
Plusieurs appareils permettent de couvrir le cavaillon, en mulchant le couvert interrang ou en pliant l’enherbement déjà présent sur le rang. Voici comment faire votre choix.
Plusieurs appareils permettent de couvrir le cavaillon, en mulchant le couvert interrang ou en pliant l’enherbement déjà présent sur le rang. Voici comment faire votre choix.
Différents types de matériels permettent de mulcher ou de mettre du végétal sur la ligne des souches. Citons les faucheuses ou tondeuses frontales, les broyeurs avec déflecteur latéral, ou encore le système PFA de Terral.
Des faucheuses frontales faites maison
Les premières sont généralement bricolées maison, puisqu’aucun appareil à notre connaissance ne se trouve sur le marché. C’est ainsi que Geoffrey Gabaston, alors chef de culture au domaine Carcenac à Montans, dans le Tarn, avait mis au point une faucheuse frontale sur la base des deux tambours d’une ancienne faucheuse rotative Deutz Fahr. Un bricolage qui lui était revenu à moins de 500 euros, même s’il estime qu’il aurait eu besoin de l’améliorer pour éviter les bourrages, surtout quand les couverts étaient hauts.
« Je n’arrivais pas toujours à bien avancer, se remémore-t-il. Mais j’avais plein d’idées : comme souder des cornières pour projeter davantage la végétation sous le rang au lieu qu’elle ne soit juste poussée par le tambour. » « Les faucheuses frontales sont intéressantes, indique Christophe Gaviglio, ingénieur spécialisé en agroéquipements à l’IFV Occitanie, car on n’écrase pas le couvert avec les roues avant du tracteur. Par ailleurs, ce système conserve toute la matière première entière pour la disposer sous le rang. » Ce qui permet une dégradation lente du mulch.
Les broyeurs à marteaux
Mais si vous n’êtes pas tenaillés par la passion du bricolage, qu’à cela ne tienne. Des constructeurs ont mis au point des broyeurs avec déflecteurs, pouvant mulcher le cavaillon avec le couvert de l’interrang. Jusqu’à peu, ils s’attelaient à l’arrière du tracteur, qui écrasait donc le couvert avant leur passage. Mais désormais, Kuhn et Van Wamel Perfect proposent un montage frontal en option. Ces outils broient les couverts finement, ce qui provoque une dégradation rapide sur le cavaillon, et une vitesse de passage un peu plus lente qu’avec des faucheuses. C'est le cas avec le SDS de Kuhn, pour lequel « la vitesse de passage est limitée par le débit de la vis sans fin », analyse Christophe Gaviglio.
Le SDS de Kuhn
Muni d’un attelage fixe et central, le SDS de Kuhn est équipé de 16 à 28 marteaux selon le modèle et sa largeur, et de deux contre-lames. L’herbe est broyée puis envoyée vers une vis sans fin simple ou à double pas, entraînée par un moteur hydraulique directement connecté au distributeur du tracteur. Ses extrémités sont dotées de déflecteurs afin de déposer l’herbe sur le cavaillon d’un côté ou des deux à la fois. Le régime de rotation de la vis est réglable afin de s’adapter à la densité du couvert et à la vitesse d’avancement. Kuhn propose quatre modèles, adaptés aux vignes de 2,25 m à 3 m : SDS 120, 150, 180 et 210, avec des largeurs de travail respectives de 1,18 ; 1,46 ; 1,75 et 2,03 m. Au niveau coût, et à titre d’exemple, le modèle SDS 180 bilatéral est commercialisé à un prix public catalogue de 11 500 euros HT.
Le broyeur KK chez Perfect Van Wamel
Perfect Van Wamel dispose lui aussi d’un modèle permettant de déposer l’andain sous le cavaillon : le broyeur KK avec système de décharge latérale. Le concept de l’appareil est légèrement différent de celui de Kuhn puisque le KK ne contient pas de vis sans fin, mais des volets d’éjection orientables. Les KK sont disponibles en quatre modèles ; 150, 180, 220 et 245HD, pour des largeurs de coupe respectives de 1,50 ; 1,80 ; 2,20 et 2,45 m. Le nombre de marteaux varie quant à lui de 9 à 16 et la dépose peut être unie ou bilatérale. En option, le constructeur propose des marteaux « Combi » permettant une « coupe optimale en herbe » et pesant 2,7 kg l’un, contre 2,2 kg pour les marteaux montés de série. La série KK dispose d’un rouleau arrière et de patins pour un bon suivi du sol. Pour ce qui est du coût, compter 10 755 euros HT prix catalogue pour le modèle KK 180 (largeur de coupe de 1,80 m). Mais Jean-Pierre Tutin, importateur français de Perfect, prévient que tout comme le SDS, « si l’appareil fonctionne très bien dans les zones et conditions sèches, il bourre dans les endroits humides ».
Le Mulchmaster S de Niubó
L’espagnol Niubó Maquinaria Agrícola s’est récemment lancé sur le segment des broyeurs éjecteurs. Il présentait sur le dernier Sitevi le Mulchmaster S, disponible en quatre modèles : TMM150S, TMM180S, TMM200S et TMM220S, pour des largeurs de coupe de 1,50 ; 1,80 ; 2 et 2,20 m et un nombre de marteaux allant de 16 à 24. Ce constructeur a misé sur un système d’évacuation de l’herbe par bande, dont la vitesse d’avancement est réglable pour s’adapter à la densité du couvert. De série, l’attelage est décentré et un rouleau arrière de 170 mm diamètre termine l’ensemble. Le Mulchmaster S est uniquement disponible en version simple évacuation, et ce, à partir de 13 000 euros.
La PFA de Terral
La PFA de Terral fonctionne sur un concept différent : deux rotors, dotés de brins en polyamide, brisent les fibres des couverts végétaux en place sur le cavaillon, tout en laissant la tige entière et accrochée par la racine. Ce faisant, le rang se retrouve couvert. « L’action de la PFA est un peu similaire à celle d’un rouleau hacheur de type rolofaca sur l’interrang, image Baptiste Beau, ingénieur bureau d’études et production chez Terral. J’ai pas mal travaillé sur les broyeurs, en testant l’envoi sur le rang. Même lorsqu’il y a beaucoup de broyat, il y a des limites. Comme ce n’est pas attaché au sol, à la moindre averse, au premier coup de vent ou lors du passage de gibier, il ne reste plus rien. »
Les rotors, animés par des moteurs hydrauliques, ne nécessitent que 25 l/min, et l’ensemble (bâti plus têtes) ne pèse que 150 kg contre au moins 400 kg pour les broyeurs les plus petits. L’appareil se monte à l’avant du tracteur et travaille deux demi-rangs de concert. En début de saison, lorsque le rang est très sale, la machine peut évoluer à 3 ou 4 km/h. En fin de saison, il est possible de monter jusqu’à 4 ou 5 km/h. La machine est disponible à partir de 7 000 euros.
Pour Christophe Gaviglio, la PFA s’utilise dans une logique d’entretien du sol différente des faucheuses ou broyeurs. « Je ne l’ai pas testée mais il me semble qu’elle correspond à une situation où on tolère de l’herbe sur le cavaillon, se projette-t-il. Son intérêt est l’absence de bourrage même avec des herbes hautes. » Il estime que le passage de cet outil casse la dynamique de croissance des adventices et permet de maîtriser les couverts. « Mais ce n’est pas réellement un mulch », conclut-il.
Bien préparer le sol en amont
Si tous ces outils fonctionnent et permettent de pailler le rang, ils nécessitent toutefois une certaine préparation du cavaillon. « Pour obtenir un effet du paillis, cela présuppose que la biomasse va permettre de faire écran sous le rang, introduit Christophe Gaviglio, ingénieur spécialisé en agroéquipements à l’IFV Occitanie. Or pour ce faire, un enherbement un rang sur deux n’est pas suffisant. »
Autre contrainte : le sol doit être propre et plan si possible. Ce qui est compliqué avec un entretien mécanique. Mieux vaut prévoir une intervention en désherbage chimique en sortie d’hiver.
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