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Anticiper les difficultés de trésorerie de son entreprise viticole

Les raisons de mettre à mal la trésorerie ne manquent pas. Faire le point avec son conseil et ouvrir une procédure amiable ou collective devant le tribunal peut sauver l’entreprise. Le point avec Franck Chanquoy, expert-comptable au cabinet BSF, membre d’AgirAgri(1).

Etablir un diagnostic en examinant les indicateurs vitaux de l'entreprise est la première étape pour cibler les points essentiels à analyser et à traiter.
© JC. Gutner Archives

Les répercussions économiques de la pandémie de Covid-19 s'ajoutent aux multiples difficultés déjà présentes entre effets du Brexit, taxe Trump et intempéries qui mettent en danger les récoltes. Anticiper les conséquences de ces crises peut sauver son exploitation. Mais il faut agir maintenant et reprendre le pilotage de son entreprise.

Comment établir un diagnostic ?

Il faut commencer par établir un diagnostic de la situation, faire un point des indicateurs vitaux de l’entreprise : le chiffre d’affaires, l’EBE, le fonds de roulement, l’effectif, le délai de paiement client/fournisseur. Un état des lieux est nécessaire pour prendre en compte les incidences des différentes mesures gouvernementales mises en place (PGE, report d’échéances…) sur la situation économique et financière de l’entreprise.

Propre à chaque entreprise, ce diagnostic permet de cibler les points essentiels à analyser et à traiter.

Sur cette base, il sera nécessaire d’anticiper les difficultés à venir, grâce à la mise en place d’une démarche prévisionnelle. Elle consiste à établir un prévisionnel d’exploitation et de trésorerie suivant trois scénarios (dégradé, stable, optimiste). C’est un document indispensable pour piloter l’entreprise. Cet outil d’aide à la décision permettra de mettre en place un plan d’action adapté.

Parmi les solutions, il existe la possibilité d’avoir recours à des procédures amiables (le règlement amiable) et collectives (la sauvegarde et le redressement), engagées devant le Tribunal judiciaire ou de commerce selon la forme juridique de sa société.

En quoi consistent les procédures ?

L’objectif de ces procédures est de protéger le débiteur, de l’accompagner. Il ne faut donc pas avoir peur du tribunal, ni honte de devoir en passer par là. Le règlement amiable et la sauvegarde sont des procédures accessibles tant que l’entreprise n’est pas en état de cessation de paiement. Autrement dit, avant qu’il ne soit plus possible de faire face au passif exigible (ses dettes échues) avec l’actif disponible (sa trésorerie principalement).

Le règlement amiable permet au dirigeant de négocier ses dettes sous l’égide d’un conciliateur désigné par le président du tribunal. Il permet de négocier les dettes et d'en étaler le paiement avec les créanciers. La procédure reste confidentielle tant que l’accord n’est pas homologué.

La sauvegarde a pour but, après une période d’observation de 6 à 18 mois, prorogeable jusqu’à la fin de l’année culturale en cours, de permettre au dirigeant de restructurer l’entreprise et de proposer un plan de sauvegarde, dont la durée peut atteindre 15 ans, pour apurer les dettes. La procédure de sauvegarde a l’avantage de prendre en compte le sort des cautions (souvent le dirigeant lui-même).

Enclenchée suffisamment tôt, ses effets sont bénéfiques pour l’entreprise et permettent bien souvent de redresser la situation. À défaut, ou si l’état de cessation de paiement est avéré, il faudra envisager le redressement judiciaire, ou si la situation n’est pas redressable, la liquidation judiciaire.

La situation actuelle est certes compliquée, mais il existe des solutions pour s’en sortir, grâce à l’anticipation des dirigeants. Le recours à des procédures amiables ou collectives doit être considéré comme une décision de gestion du dirigeant.

(1) Franck Chanquoy est aussi juge-commissaire au Tribunal de commerce de Bordeaux et diplômé en droit des entreprises en difficultés.

 

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