Administratif : nous avons testé l’assistant IA « Lucien » dédié à la filière viticole
Cet été nous avons pris en main l’assistant administratif Lucien, développé par l’association Vigne Libre, et l’avons testé sur des cas concrets. Verdict : il s’est révélé être de bon conseil.
Lucien est né d’un besoin : celui d’Anaïs Bouchard, qui s’est lancée dans un petit négoce de vin en activité secondaire, et s’est retrouvée soumise aux mêmes exigences administratives qu’un gros opérateur. « Nous avons constaté que beaucoup de vignerons vivent des difficultés sur ces sujets, retrace Louise Bouchard, sa nièce, cofondatrice de l’assistant basé sur l’intelligence artificielle. Et en créant la solution pour Anaïs nous nous sommes dit que cela pourrait servir à tout le monde, autant faire profiter de notre travail ». Après un an de développement, Lucien est en accès libre sur internet, en version bêta (phase de test avant commercialisation).
Avec une promesse claire dès la page d’accueil : « Tu as une question ? Avant d’appeler ta fédération, ton interprofession, ton conseiller, ton comptable, ton syndicat, ton pote… Demande à Lucien ». Le cœur du travail pour les deux fondatrices a été de trouver de la donnée fiable. L’objectif étant d’avoir un assistant qui, à l’inverse de ChatGPT ou Claude, n’ait pas matière à se tromper. « Pour cela il a fallu alimenter l’agent conversationnel avec des données choisies et cadrées, explique Louise Bouchard. L’IA est très caractérielle, il faut littéralement la dompter ! » Les fondatrices ont donc pioché les informations sur les sites des services publics (Douanes, MSA, FranceAgriMer…), des interprofessions, de l’Inao ou encore de l’IFV. Lucien s’appuie sur un modèle de langage existant (Gemini), mais l’agent est unique : il a été créé pour être un professionnel de la vigne et du vin et ne pas aller au-delà.
Nous avons donc, pendant un mois, posé nos questions à Lucien…
Déclarations annuelles d’inventaire et de stock :
Période estivale oblige, nous avons demandé à Lucien de nous aider dans les déclarations annuelles d’inventaire et de stock. À la question « J’ai mes DAI et DS à faire, comment dois-je m’y prendre ? », l’assistant a répondu de façon claire et synthétique, avec une explication du principe, le délai, où se connecter et les étapes clés pour réaliser la DAI (saisir les stocks réels par couleur et appellation, déclarer les pertes et renseigner l’inventaire des CRD). Au passage, Lucien nous a demandé de préciser notre statut exact (récoltant-vinificateur, négociant ou cave coopérative) et de préciser si nous étions rattachés à une interprofession. À la fin de la bulle de conversation, l’IA a pris soin d’indiquer sa source, ici le Guide du parcours du vigneron – Bassin Val de Loire-Centre – Deuxième édition 2025.
Nous avons répondu être vigneron. L’assistant nous a donc indiqué que nous avions un statut de récoltant-vinificateur, et a fourni une procédure simple et concise pour la DAI et la DS : quelques points détaillés dans une liste à puces avec une seule et unique phrase à chaque fois. Lucien a davantage détaillé la DAI que la DS, pour laquelle les explications ont été un peu sommaires (date limite, portail internet et point de vigilance vis-à-vis de la DRM). Mais, bavard comme n’importe quelle IA, il ne s’est pas arrêté là et nous a demandé : « Est-ce que tu as besoin que je te détaille comment accéder au service en ligne ou si tu veux une check-list pour ton inventaire ? ». Nous avons accepté sa proposition. L’assistant nous a d’abord donné deux options : se connecter au portail des Douanes (avec le lien) puis « espace professionnel » et accéder au service Ciel, ou bien passer par son interprofession selon sa région. Puis il nous a proposé une check-list avec cinq points (volumes en cuves, stock bouteilles, inventaire des capsules, registre de cave à jour et justificatifs de pertes), chacun étant précisé en une phrase (par exemple : Compte exact des bouteilles bouchées, qu’elles soient étiquetées ou « tiré-bouché »).
Puisqu’il a été légèrement avare sur la déclaration de stock, nous l’avons sollicité sur ce point en particulier. L’assistant a alors développé la procédure de la même façon que pour la DAI, et a pris la peine de souligner la distinction entre les deux déclarations. Une aide qui a été bienvenue au moment de les réaliser en vrai : le pari est donc tenu selon nous.
Pour mettre Lucien au défi, nous lui avons posé deux questions subsidiaires sur la thématique. Puisqu’il nous a parlé de « droits suspendus », nous l’avons interrogé sur la définition. Réponse claire et nette : « En bref, les droits suspendus permettent de stocker ton vin dans ton chai sans payer immédiatement les taxes (accises). L’impôt ne sera dû que lorsque le vin sortira de ce régime (par exemple, lors d’une mise à la consommation ou d’une vente) ». Puis nous lui avons demandé « Est-ce que c’est grave si j’ai un écart important entre mon stock théorique et réel ? ». Encore une fois, la réponse a été efficace et constructive, tout en nous laissant entendre qu’un écart très significatif risquait de déclencher un contrôle de l’administration.
Création d’un DAE pour l’export :
Nous avons ensuite testé Lucien sur des démarches liées à l’export. La question soumise étant la suivante : « Je dois faire partir une palette de vin pour les États-Unis. Est-ce que tu peux m’aider à remplir mon DAE ? ». Là encore, la réponse a été plutôt convaincante. L’assistant nous a tout d’abord suggéré de vérifier, avant toute connection à Gamma, que nous ayons bien notre numéro EORI et le code du bureau de Douane d’exportation, généralement fourni par le transporteur. Puis il a détaillé les étapes pour remplir le DAE point par point : sélectionner le type de mouvement (exportation pays tiers), saisir le destinataire, le bureau d’exportation, les produits (tout en précisant que le code accise du vin tranquille est W200) et la facture. Cerise sur le gâteau, Lucien nous a recommandé de remplir la case 17.1 si les bouteilles ont des CRD afin de demander le remboursement plus tard – et nous a rappelé que le domaine doit être enregistré auprès de la FDA américaine –, mais aussi de préciser que la facture est en exonération de TVA.
Afin de le pousser un peu plus dans ses retranchements, nous lui avons demandé le code NC (nomenclature combinée) pour du côtes-du-rhône rouge. Après s’être empressé de nous demander le volume des contenants (ici des bouteilles de 75 cl), Lucien nous a fourni sans difficulté le code exact (22042146). Tout en précisant : « Attention, mes ressources les plus récentes sur ce point datent de 2023. Les modalités de 2026 peuvent avoir évolué. », comme un rappel pour ne pas lui faire une confiance aveugle.
Et pour finir, nous nous sommes mis dans la peau d’un novice qui ne serait pas familier avec le portail des Douanes, en lui demandant « où trouver les DAE pour l’export dans Gamma2 ? ». L’assistant a été capable de nous guider, avec des indications assez précises comme : « Va dans le menu des actions (souvent en haut à droite) » ou encore « clique sur la loupe pour voir le détail ». Là encore, la promesse est, selon nous, tenue.
De nombreuses autres compétences :
Lucien est capable d’aider les viticulteurs, vignerons et négociants sur les déclarations aux Douanes, la MSA, les cahiers des charges d’appellation (il connaît la réglementation en vigueur pour les vins de France et pour 100 % des cahiers des charges AOC et IGP), les labels (en cas de contrôle ou d’audit), mais aussi sur les parties techniques à la vigne comme à la cave. « Attention, Lucien n’a pas vocation à remplacer le consultant, d’autant plus sur la partie technique, précise Louise Bouchard. Mais c’est un premier avis que l’on peut avoir à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. » Il est notamment très adapté pour trouver l’information qui se trouve au milieu d’un document de dizaines de pages qu’il peut être fastidieux d’éplucher (par exemple, la liste des cépages autorisés dans mon AOC/IGP). L’assistant peut également aider à la mise en conformité vis-à-vis de la réglementation (notamment la création du DUERP).
Bientôt des fonctionnalités en plus
Lucien est accessible sur le site vignelibre.fr/assistant. « Aujourd’hui c’est un chatbot, mais demain nous avons prévu de pouvoir le relier à différents outils et plateformes. Ainsi il pourrait remplir des papiers ou se connecter aux Douanes pour faire les déclarations, par exemple », annonce Louise Bouchard. Il est possible de soutenir le projet en adhérant à l’association Vigne Libre pour 200 euros TTC par an. La cotisation donne un accès facilité à toutes les fonctions actuelles, et permet de financer le développement de la prochaine étape.