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Truies en groupe et sevrage sur place, la maternité repensée

Sabine et Stéphane Demeuré ont mis au point leur modèle de maternité liberté qui associe truies en groupe et sevrage sur place. Cette conception innovante nécessite cependant une conduite d’élevage bien adaptée.

Dans leur projet de restructuration de leur élevage de 350 truies naisseur engraisseur dont l’objectif est l’autonomie complète grâce à la création de nouvelles places d’engraissement, la construction d’une maternité -sevrage sur place de 192 places constituée de huit salles de 24 places constitue le pivot de leur démarche.

« Elle nous permet de transformer l’ancien naissage et le post-sevrage existant en 1 500 places d’engraissement », expliquaient Sabine et Stéphane Demeuré, les deux gérants de la SCEA Demeuré à Plouyé dans le Finistère, à l’occasion de la porte ouverte organisée avec leur groupement Eureden et leurs partenaires. Cette nouvelle maternité leur a permis de mettre en œuvre toutes les idées accumulées depuis 2023 et un voyage d’études en Allemagne où ils ont découvert le concept de maternité liberté avec des truies en groupe. « La liberté individuelle ne correspondait pas à notre vision du bien-être animal », souligne Stéphane Demeuré. C’est pourquoi ils se sont orienté vers la mise en groupe des truies en maternité et des cases ergonomiques, avec à la clé une réduction importante du temps de travail et une simplification de l’alimentation des truies et des porcelets. L’offre en équipements correspondant à leur cahier des charges était réduite au début de leur réflexion. C’est pourquoi les éleveurs ont aménagé une salle existante de leur élevage pour tester pendant deux ans les différentes options proposées par les fournisseurs. (100 000 euros d’investissements pour neuf places de maternité). « Les options retenues n’auraient pas forcément été choisies par tous les éleveurs. Mais nous sommes certains qu’elles correspondent à ce que nous voulons, notamment en termes de simplification du travail », précise Stéphane Demeuré.

Lire aussi Quatre concepts de truies en liberté en maternité innovants

Surface identique aux cases individuelles

Chaque salle est composée de deux rangées de cases individuelles de 1,8 mètre de large sur 2,6 mètres de long. Elles sont disposées de part et d’autre de la salle, nez au mur, avec un couloir frontal de 50 cm permettant aux éleveurs d’accéder aux auges en toute sécurité. Dans chaque case, des bat-flancs fixes permettent de bloquer les truies à la mise bas. Truies et porcelets peuvent accéder par l’arrière des cases à une vaste aire d’exercice commune de 3,3 mètres de large. « Au total, la surface de bâtiment est de 9,58 m2 par truie », calcule Christophe Guivarc’h, technicien bâtiment Eureden. « Une surface strictement identique à celle d’une case liberté individuelle de 2,7 m x 2,6 m avec deux couloirs de 50 cm à l’avant et à l’arrière ».

 

 
<em class="placeholder">9,58 m2 disponible par truiePlan d’un parc maternité pour 6 truies</em>
9,58 m2 disponible par truiePlan d’un parc maternité pour 6 truies © D. Poilvet

Des cases de six truies

Chaque bande de 48 truies est répartie dans deux salles de 24 places. « Le choix de faire deux salles par bande nous permet de faire deux transferts de porcelets en engraissement pour accélérer la rotation des salles », explique Stéphane Demeuré. Les truies sont logées en groupes de six (quatre groupes par salle). « Il y a une cohérence avec le bâtiment gestante où les truies sont également logées en groupes de six. Cela évite de reconstituer de nouveaux groupes et une nouvelle hiérarchie entre animaux à l’entrée en maternité ». Un allotement homogène en début de gestation et une conduite alimentaire rigoureuse permettant de maintenir cette homogénéité jusqu’au transfert en maternité sont cependant indispensables. Les truies peuvent ainsi être en liberté avant la mise bas sans risque de bagarres. Elles sont bloquées le mardi avant les premières naissances. Les soins aux porcelets sont faits le lundi de la semaine suivante. Les porcelets sont ensuite libérés le mardi matin, et les truies le mardi après-midi. « Cette libération doit se faire progressivement pour que les six truies ne se retrouvent pas toutes en même temps dans l’aire commune ».

Une auge unique pour truies et porcelets

La recherche de simplicité a conduit les éleveurs à choisir un concept permettant l’alimentation à la fois des truies et des porcelets dans une auge unique. Un concept permis par le système Spotmix de la société Schauer qui permet une alimentation individualisée à la case, une distribution de l’aliment pour la truie en phase de lactation, puis pour les porcelets après le sevrage, à des dilutions adaptées à chaque stade physiologique. « Quand les cases sont en mode liberté, les six truies de chaque case peuvent accéder à toutes les auges de la case. Il faut raisonner l’alimentation à la case, et non à l’animal », met en garde Stéphane Demeuré. Durant la phase de test, les éleveurs ont mis au point une auge basse adaptée à la fois aux truies et aux porcelets. Pour améliorer l’accès à l’auge des porcelets après le sevrage, la cloison frontale est enlevée, leur permettant ainsi d’accéder à l’aliment par l’avant. Un abreuvoir truie dans chaque case assure l’abreuvement d’appoint. « Les porcelets l’utilisent également », certifie l’éleveur. Les programmes alimentaires sont en cours de validation. Avec sa fabrique d’aliment à la ferme, Stéphane Demeuré peut tester plusieurs aliments pour optimiser l’ingéré alimentaire des truies et des porcelets. « Je pense qu’il est possible de réduire la quantité d’aliment 1er âge distribué au sevrage, car les porcelets consomment de l’aliment de lactation qui leur permet d’adapter précocement leur système digestif à de l’aliment non lacté ». Par ailleurs, nul besoin d’augettes ni de maxitolva pour les habituer à consommer de l’aliment solide, ce qui réduit les manipulations et le lavage de matériel entre deux bandes.

 

 
<em class="placeholder">L’auge basse (50 x 37 cm) sert à l’alimentation des truies et des porcelets. La cloison frontale est enlevée au sevrage pour un meilleur accès des porcelets à ...</em>
L’auge basse (50 x 37 cm) sert à l’alimentation des truies et des porcelets. La cloison frontale est enlevée au sevrage pour un meilleur accès des porcelets à l’alimentation. Une auge truie unique est également utilisée par les porcelets. © A. Dupuis

Une vision complète de toutes les cases

« Nous avons fait le choix d’installer des cloisons les plus basses possibles pour ne pas surprendre les animaux et faciliter les mouvements des opérateurs dans la salle », explique Stéphane Demeuré. Les cloisons frontales et latérales des cases ne font que 25 cm de hauteur. « Inutile de faire plus haut, puisque les porcelets sont sociabilisés très rapidement ». Celles qui donnent sur l’aire d’exercice montent à 50 cm pour dissuader les truies de pénétrer dans l’aire de repos des porcelets. Les barrières séparant les groupes de truies font 75 cm de hauteur. Toujours pour assurer une vision optimale des cases, les éleveurs ont fait le choix de se passer de nids à porcelets. Deux plaques à eau chaude situées de part et d’autre de la cage de la truie assurent le chauffage. Pas de nid à porcelet ni de lampe chauffante à la mise bas. « Ces choix simplifient également les manutentions de matériel et réduit le temps de travail ».

Fiche élevage

SCEA Demeuré à Plouyé (Finistère)

Sabine et Stéphane Demeuré + 3 salariés
350 truies naisseur-engraisseur
Conduite en 7 bandes de 48 truies, sevrage à 28 jours
Faf intégrale
330 hectares de SAU

Un surcoût limité par rapport à des cases individuelles

Les 196 places de maternité liberté en groupe avec sevrage sur place ont coûté 9 500 euros la place. « Par rapport à une conduite classique avec deux maternités liberté en cases individuelles et deux post-sevrages permettant un transfert des porcelets en engraissement vers 66 jours d’âge, le surcoût est de 150 000 euros, pour un budget total de 2 millions d’euros », indique Stéphane Demeuré. Un écart qui, selon lui, est largement compensé par la suppression du transfert des porcelets de la maternité vers le post-sevrage. « Le temps de travail est réduit grâce à la suppression d’un déplacement d’animaux et d’un lavage de salles. Le stress du sevrage des porcelets est également nettement atténué, ce qui favorise les croissances et réduit fortement les troubles digestifs

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