Stress thermique : « J’ai installé un douchage d’appoint pour soulager les vaches de la canicule », dans la Manche
Au Gaec BB dans la Manche, le troupeau respire mieux depuis la mise en place d’un dispositif de douchage fait « maison ». Un bon moyen de rafraîchir les animaux mais attention à ne pas ramener trop d'humidité non plus dans le bâtiment.
Au Gaec BB dans la Manche, le troupeau respire mieux depuis la mise en place d’un dispositif de douchage fait « maison ». Un bon moyen de rafraîchir les animaux mais attention à ne pas ramener trop d'humidité non plus dans le bâtiment.
« Suite aux fortes chaleurs cette semaine, nous avons perdu les deux derniers veaux nés et une vache en préparation au vêlage », témoigne Marc-Antoine Blot, l’un des deux associés du Gaec BB, à Hauteville-la-Guichard, dans le centre Manche. Ce cas n’est pas isolé. D’autres éleveurs connaissent les mêmes déboires. Les veaux et les vaches en préparation au vêlage sont particulièrement fragiles. Et on sait que dès 22 °C, une vache laitière peut commencer à souffrir de stress thermique et voir sa production baisser.
Baisse du lait et des taux
Sur le Gaec, sur la dernière livraison, le lait affiche une baisse de 10 %, le TP a perdu 0,5 point et le TB 1 point. « En ce moment, avec la canicule, nos 120 vaches pâturent la nuit, l’herbe constitue les deux tiers du régime. Nous les rentrons pour la traite du matin et elles ressortent dehors jusqu’à 11h environ où elles peuvent s’abriter sous les haies. Puis, pour limiter le pic de chaleur, nous les rentrons dans la stabulation, précise l’éleveur. Habituellement, elles sont à l’aise dans le bâtiment mais en ce moment, il fait tellement chaud que cela devient insoutenable. Même pour nous ! »
Pour soulager ses vaches qui battaient du flanc, Marc-Antoine a donc décidé de bricoler un dispositif de douchage « maison » avec du matériel dédié à l’arrosage des jardins. « La coop a été dévalisée mais j’ai quand même réussi à dénicher 50 mètres de tuyaux, des buses et des asperseurs à la jardinerie, raconte-t-il. J’ai fixé le tuyau sur les poteaux des cornadis et dirigé la brumisation vers le couloir d’exercice, tous les 1,40 m. Le bâtiment mesure 100 m de long, si j’avais pu trouver plus de tuyaux, j’aurais déroulé sur toute sa longueur, mais c’est déjà ça. »
Les vaches respirent mieux
Elles sont arrosées avec une pluie de grosses gouttes qui traversent le pelage pour atteindre la peau et réduire leur température corporelle. « On voit nettement la différence, constate l'éleveur. Les vaches apprécient la douche ! Elles respirent mieux et se montrent moins essoufflées. »
Idéalement, il est recommandé de « réaliser un douchage par séquence de 45 mn à 1 heure, avec pour chaque séquence 1 minute de douchage suivie de 5 à 15 minutes de séchage », recommande Bertrand Fagoo du service bâtiment d’Idele.
Dans l’aire d’attente, l’éleveur a également installé un asperseur rotatif qui rafraîchit le dos des vaches, une fois parquées. Là encore, attention à ne ramener trop d’humidité qui pourrait se montrer préjudiciable sur le plan sanitaire. « En outre, cela peut aggraver le stress thermique quand il fait chaud car la chaleur humide est plus difficile à supporter que la chaleur sèche », souligne Grégoire Kuntz, vétérinaire à Innoval.
« En tout, j’en ai eu pour 350 euros pour bricoler l'installation et cela m’a valu une grosse demi journée de travail, mais le résultat est au rendez-vous, se réjouit Marc-Antoine qui se dit serein. Vu les températures, l’humidité de l’environnement est vite résorbée. Tout sèche très vite. »
Les veaux souffrent aussi dans la nurserie
Avec la canicule, même s'ils disposent de l'eau à volonté, la situation des veaux n’est pas enviable non plus dans la nurserie. Il s’agit d’un un vieux bâtiment qui manque de ventilation. Alors, de nouveau, l’éleveur a mis le système D à profit en installant des brumisateurs à parasols au-dessus des cases, couplées à des ventilateurs domestiques sur pied qui étaient utilisés en salle de traite. Pour améliorer l’ambiance, il envisage encore de démonter les extracteurs d’air de l’ancienne porcherie pour les valoriser dans la nurserie.
« Ce qui n’arrange rien, c’est que nous avons beaucoup de veaux en ce moment, poursuit l’éleveur. Après le passage de la FCO, tous les vêlages ont été décalés et la nurserie est trop chargée… Vivement que les températures redescendent. »
Le saviez-vous ?
Ingestion, rumination, production de lait, santé du pieds, repro … Les conséquences du stress thermique sont très importantes pour les vaches laitières. La petite taille de leur poumon n’aide pas : leur capacité pulmonaire est trois fois inférieure à la nôtre, à corpulence équivalente. En conséquence, l’ingestion diminue, elles ruminent moins. La flore du rumen est modifiée et la production de lait diminue.
Outre les températures extérieures, l’acquisition de chaleur par un bovin laitier est liée à son métabolisme et notamment la digestion ruminale. Pour satisfaire ses besoins d’entretien et de production laitière, une vache à 25/30 kg de lait par jour va produire la chaleur de l’équivalent de deux radiateurs de 2000 watts.