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« J'ai décidé de planter quarante hectares de noisetiers et huit hectares de lavande »

Producteur de pommes dans la Sarthe, Fabrice Porcheron a choisi de diversifier ses productions. Il a planté quarante hectares de noisetiers avec la coopérative Unicoque et huit hectares de lavande.

En 2015, Fabrice Porcheron, producteur de pommes et céréales à Chenu dans la Sarthe, a commencé à réfléchir à une diversification : « J’avais cinquante hectares de céréales et j’atteignais un palier, explique-t-il. Il aurait fallu que j’investisse, mais cela aurait nécessité plus de surface et je n’avais pas le foncier. » Confronté aux difficultés de recrutement des saisonniers pour la récolte de ses pommes, le producteur voulait aussi une production qui nécessite peu de main-d’œuvre. « J’ai réfléchi à une culture mécanisée et contractualisée. Je pensais aussi qu’avoir une diversification avec un contrat serait un plus pour la transmission de l’exploitation. »

Après avoir renoncé à la pomme à cidre au vu du marché très tendu, il entend parler de la coopérative Unicoque, basée en Lot-et-Garonne, qui regroupe 95 % de la production française de noisette et cherchait des producteurs dans d’autres régions. « C’est une culture contractualisée, 100 % mécanisée pour la récolte et à 80 % pour l’entretien, analyse-t-il. La seule contrainte est d’avoir des sols drainés et irrigués. Mes sols, limono-argileux, résistent bien à la sécheresse. Et sur cinquante hectares de céréales que je voulais convertir, quarante hectares étaient drainés et irrigables. J’ai donc rencontré Unicoque et décidé de planter 40 ha de noisetiers. »

Matériel de récolte et nettoyage

Certifiée HVE depuis trois ans, l’exploitation compte trente hectares de pommiers en Gala, Braeburn, Golden, Granny Smith, Ariane, Jonagored, Reine des Reinettes et Canada. 1 700 tonnes de pomme par an sont commercialisées via des bureaux de vente et des négociants. Les quarante hectares de noisetiers ont été plantés en quatre ans à partir de 2017-2018, par tranches de dix hectares à raison de 725 arbres par hectare, soit 5,5 m entre rangs et 2,5 m entre arbres sur le rang. Quatre variétés ont été installées : trois de petit calibre destinées à la transformation, Tonda di Giffoni sur dix hectares, Pauete sur quinze hectares et Segorbe sur dix hectares et la variété coque à gros calibre, Feriale, sur cinq hectares.

« Mon choix parmi les variétés proposées par la coopérative s’est porté sur des variétés productives et dont la récolte n’est pas trop tardive, car les conditions de récolte ici peuvent être compliquées après mi-octobre. » Le producteur a investi 75 000 € dans du matériel de récolte (andaineur, souffleur, récolteuse) et 40 000 € dans une station de nettoyage et préstockage des noisettes. « Du matériel neuf de récolte est rentable à partir de trente hectares et je dois être autonome en récolte, car quand les noisettes tombent, il faut les ramasser sans tarder. Le nettoyage, qui enlève les pierres, les feuilles, le bois et les noisettes creuses, permet ensuite une meilleure valorisation. »

La récolte a lieu de début septembre à mi-octobre en deux ou trois passages par parcelle. « Pour trente hectares que je vais récolter en 2023, cela représente trois semaines à deux personnes. Il faut un peu d’organisation au niveau des chauffeurs, car la récolte des noisettes tombe en plein milieu de la récolte de pomme. À terme, je devrais sans doute embaucher un salarié dédié à la noisette. » Les noisettes nettoyées sont rapidement expédiées en big bag ou caissons jusqu’à la coopérative qui finalise le séchage. Le reste du travail est constitué de la taille (30-40 heures par hectares à terme s’il opte uniquement pour la taille manuelle), d’un passage de soufre contre le phytopte, de deux ou trois traitements contre le balanin, de trois désherbages au pied des arbres et de deux ou trois tontes entre les rangs.

3 500 €/ha de marge brute

« Globalement, c’est une culture assez simple, constate Fabrice Porcheron. Le technicien d’Unicoque passe deux-trois fois par an. Nous avons aussi créé un groupe avec les douze-quinze producteurs qu’il y a désormais dans la région et nous échangeons au niveau technique. » D’ici cinq ans, le verger sera en pleine production et fournira environ cent tonnes de noisettes. En plus du matériel, 10 000 €/ha ont été investis pour l’implantation du verger (irrigation, plants, main-d’œuvre). Avec une production de 2,5-3 t/ha et un prix payé de la noisette compris entre 1,8 et 2 €/kg, la marge brute devrait être de 3 500 €/ha. Le producteur note toutefois que le noisetier est un peu plus sensible au froid qu’il ne pensait.

« En 2021 et 2022, il y a eu en avril des gelées à - 5 °C qui ont réduit le potentiel de production de 10 à 15 %. Et la valeur ajoutée n’est pas assez élevée pour investir dans une protection antigel. » La raréfaction de la ressource en eau l’inquiète également. « L’irrigation se fait en goutte-à-goutte enterré et à l’aide de sondes capacitives, précise-t-il. J’irrigue à partir d’un forage sur une nappe profonde et dans le cadre d’une ASA (1) qui pompe de l’eau du Loir. Le Loir a toujours eu un gros débit, sauf en 2022 où j’ai eu une restriction de 50 % pendant une semaine vers le 20 août. Il n’y a pas eu de problème, car les noisettes avaient atteint leur taille finale. Mais en juillet, ce serait plus compliqué. Et en 2023, vu la sécheresse hivernale, il pourrait y avoir des restrictions sur les nappes profondes. »

(1) Association syndicale autorisée

« La seule contrainte est d’avoir des sols drainés et irrigués » Fabrice Porcheron

De la lavande sur les terres non irrigables

 

 

En mars 2022, Fabrice Porcheron a aussi planté huit hectares de lavande sur des surfaces non irrigables où il ne pouvait pas planter de noisetiers. « Par mon fournisseur d’engrais, j’ai appris qu’un producteur d’huiles essentielles de la Drôme cherchait des agriculteurs qui utilisent l’activateur de sol Bactériosol, favorable à la qualité de l’huile essentielle de lavande. Le marché est porteur et il n’y a pas de contre-indication à cultiver de la lavande dans la Sarthe. » La première récolte aura lieu en juillet 2023. « Le producteur de la Drôme assure la récolte, précise Fabrice Porcheron. Il ramène ensuite la lavande à la distillerie dans les 24 heures. » La principale difficulté de la culture, plantée pour neuf ans, est d’assurer la propreté de la parcelle par trois ou quatre binages par an. La valorisation varie selon la quantité et la qualité de l’huile essentielle obtenue. Au final, le producteur estime que la marge brute de la lavande devrait être d’environ 1 500 €/ha.

 

Parcours

1994 BTS Arboriculture

1996 salarié sur l’exploitation familiale

2003 installation en pomme et céréales

2017 arrêt des céréales et diversification en noisette

2022 diversification en lavande

Un marché toujours porteur

 

 

Unicoque (marque Koki) regroupe 330 adhérents qui exploitent 6 300 ha de noisetiers pour un potentiel de production de 12 000 t/an, à 80% dans le Sud-Ouest, le reste en Centre-Val de Loire. 60 % des noisettes sont vendues à l’industrie (chocolaterie, pâtisserie…), 40 % en noisette coque. Une diversification vers des produits élaborés (noisettes grillées, poudre, grains) a aussi été initiée en 2020. Depuis quinze ans, la demande en noisette est en forte augmentation au niveau mondial. « Nous cherchons donc de nouveaux producteurs, explique Bruno Saphy, responsable développement d’Unicoque. Des arboriculteurs peuvent être intéressés par une production moins gourmande en main-d’œuvre. » Une difficulté est la suppression en France des néonicotinoïdes. « Elle laisse les producteurs démunis face au balanin et à la punaise diabolique, principaux ravageurs en noisette, alors que les autres pays européens et la Turquie, premier producteur mondial de noisettes, peuvent toujours les utiliser, souligne Bruno Saphy. La filière investit beaucoup dans la recherche d’alternatives, mais qui demanderont du temps à être opérationnelles. » Une autre inquiétude est la disponibilité en eau, essentielle en noisette.

 

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