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Pour Sylvaine Dano « la dinde doit rester rémunératrice face au poulet lourd »

Éleveuse de dindes depuis trente ans dans le fief historique de la dinde, Sylvaine Dano estime qu'en l'absence de perspectives d'évolution en dinde, le poulet lourd siphonne les éleveurs, attirés par un meilleur revenu.

À Saint-Jean-Brévelay, dans le Morbihan, Sylvaine Dano et son mari Christophe sont à la tête d’un élevage de dindes atypique. Il compte 9 700 m² répartis en trois sites équipés pour la finition (2400, 2 500 et 3 000 m²) et situés à moins de 3 km d’une poussinière de 1 800 m², le tout fonctionnant en Brood And Move.

Tous les dindonneaux sont démarrés dans cette poussinière à 11 par mètre carré, puis transférés à 28 jours dans un bâtiment de croissance-finition via des containers maison. Et ainsi de suite. « Avant cette poussinière construite en 2015, on en faisait un peu en chargeant plus dans un bâtiment moins énergivore pour ensuite desserrer. Généraliser le Brood And Move nous a séduits pour deux raisons : le démarrage dans de bonnes conditions et le gain économique. »

 

 
La poussinière de 1 800 m2 reçoit 19 800 dindonneaux mâles et femelles qui sont transférés à 4 semaines en bâtiments statiques.
La poussinière de 1 800 m2 reçoit 19 800 dindonneaux mâles et femelles qui sont transférés à 4 semaines en bâtiments statiques. © P. Le Douarin

Un système exigeant une maîtrise sanitaire

« Ce système exige du rythme et de l’organisation, mais cela nous convient bien avec nos deux salariés. Dans une poussinière bien isolée, on économise du gaz et la qualité des dindes produites nous rend plus sereins. Au final, nos lots ne sont ni meilleurs ni pire qu’ailleurs, mais les résultats sont réguliers. »

Le Brood And Move demande aussi une rigueur sanitaire. « Jusqu’à présent, ça a toujours bien fonctionné en poussinière, mais l’influenza est venue récemment gripper notre système, reconnaît l’éleveuse. Des foyers à Lantillac ont bloqué la poussinière durant deux mois. On a perdu une seule mise en place et on a attendu un mois pour faire repartir notre cycle de production. Aujourd’hui, déplacer des animaux n’est plus dans l’air du temps, sanitairement parlant. Sauf à se fixer des distances limites. »

Avantage au poulet lourd

L’autre avantage économique du Brood And Move est de produire trois lots par an et par mètre carré, au lieu d’un peu plus de deux. « C’est ce qui nous permet de « résister » à la tentation du poulet lourd. De plus en plus d’éleveurs de dindes se tournent vers cette production plus rémunératrice, parce que le tonnage sorti annuellement est plus important. » En conséquence, le parc dinde du Morbihan perd ses meilleurs bâtiments et a tendance à se dégrader, même si la dinde peut être finie dans des bâtiments plus vétustes qu’en poulet.

« Tenter de rattraper le poulet lourd en chargeant plus les bâtiments serait une fausse bonne idée. Atteindre un kilotage de presque 60 kg vif/m², au moment où les femelles ont l’âge d’être enlevées, c’est déjà beaucoup. On a tous envie de voir des dindes en pleine forme, qui volent, et des dindons qui font la roue. Cela réclame de l’attention, donc du travail. Les éleveurs méritent de meilleurs revenus. »

La production à un tournant

Un autre facteur en défaveur de la dinde réside dans les à-coups du marché de la dinde. « Je n’ai jamais eu à me plaindre, mais il est certain que lorsque le marché ne tire pas, c’est aux éleveurs de stocker les dindes sur pied. Ils peuvent en faire les frais, notamment si les femelles sont retardées. C’est peut-être pour cela que le Brood And Move ne s’est pas développé, car il demande un grand respect des plannings d’abattage. »

 

 
Élue chambre d’agriculture et adjoint municipal, Sylvaine et Christophe Dano (absent) comptent beaucoup sur leurs deux salariés Nicolas et Adrien.
Élue chambre d’agriculture et adjoint municipal, Sylvaine et Christophe Dano (absent) comptent beaucoup sur leurs deux salariés Nicolas et Adrien. © P. Le Douarin

Comme ailleurs souligne Sylvaine, « l’éleveur a beaucoup moins le droit à l’erreur qu’autrefois. Une mauvaise bande et c’est presque une demi-année de perdue. Or ce sont souvent les lots difficiles qui réclament plus d’attention, plus de soins, et plus de travail de repaillage. Si la rémunération ne suit pas, cela décourage les gens. La filière doit réfléchir à la manière de rendre cette production attractive. Nous sommes en quelque sorte à un tournant avec ses éleveurs et ses bâtiments qui vieillissent. Pour assurer sa pérennité, elle a besoin d’éleveurs contents de travailler. »

Et s’il ne devait rester qu’un abattoir, les éleveurs bretons se disent qu’il sera dans le berceau historique de la production. « On s’est toujours adaptés et on va continuer ». Seul bémol, le Morbihan n’a pas construit un seul poulailler depuis trois ans. Même ici les mouvements antiélevages industriels ont laissé des traces à Plaudren, Langoëlan et Néant sur Yvel, trois projets morbihannais de poulaillers avortés.

 

Revaloriser le produit et l’élevage

Pour Sylvaine Dano, tout n’est pas négatif. Du côté de la production, « on ne peut pas faire plus court comme circuit avec les couvoirs, les fabricants d’aliment et les abattoirs à notre porte. Ne nécessitant pas de ventilation dynamique et étant plus résistante à la chaleur, la dinde est rustique et écologique ». Côté aval, « la viande de dinde a des atouts nutritionnels et une texture indéniable, pas assez connus des consommateurs. Aux abatteurs de mettre la dinde française en avant, notamment sa viande rouge. On a parfois l’impression qu’ils préfèrent vendre du poulet. »

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