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Vers une numérisation des registres des traitements vétérinaires

Selon deux enquêtes réalisées par l’Ifip, la numérisation de l’enregistrement des traitements vétérinaires intéresse plus de 25 % des éleveurs, alors qu’aujourd’hui, 90 % des registres sont encore en format papier.

27% des éleveurs se déclarent intéressés pour prendre le virage de l'informatisation du registre.
© Isagri

Une première enquête téléphonique, réalisée auprès de 32 éleveurs naisseurs engraisseurs du Grand Ouest de la France, révèle des pratiques hétérogènes pour tenir le registre des traitements : cinq éleveurs utilisent une version informatique (15 %), et 27 éleveurs (85 %) un format papier. Dans ce dernier cas, les informations sont notées sur des fiches, des cahiers, des calendriers ou directement sur le mur à la craie sans archivage des historiques.

Dans les 27 élevages avec un registre papier, les informations notées sont beaucoup plus hétérogènes qu’avec le système informatique. Si le nom du médicament et la date de début de traitement sont systématiquement enregistrés, la date de fin ou la durée du traitement ne sont notées que dans 26 % des cas. La dose est saisie dans 56 % des élevages et la voie d’administration n’apparaît que dans 15 % des registres. La référence à l’ordonnance peut remplacer certaines de ces données, mais elle est rare (15 % des élevages). L’identification des animaux est variable : pour les traitements individuels de truies, 96 % des éleveurs notent le numéro de boucle de chaque animal. Les traitements individuels des porcs sont irrégulièrement notés. Pour les traitements collectifs de truies ou des porcs, les éleveurs enregistrent les numéros de salle, de bande ou de case mais ce n’est pas systématique.

En plus de ces données, toutes obligatoires dans la réglementation, certains registres sont complétés par des données facultatives : le temps d’attente avant abattoir (41 % des élevages), le motif de traitement (30 % des élevages), le poids des animaux (7 %), la personne ayant réalisé le traitement (7 %) ou le numéro de lot du médicament (7 %).

Facilité d’utilisation et plus grande sérénité lors des contrôles

Une seconde enquête téléphonique, réalisée chez 104 éleveurs naisseurs engraisseurs répartis sur toute la France, s’est intéressée aux motivations et freins liés à la numérisation du registre des traitements. Sur les 104 élevages, 12 % enregistrent déjà les traitements vétérinaires sur leur logiciel de GTE-GTTT. Les principales motivations citées par ces éleveurs sont la facilité d’utilisation, une plus grande sérénité lors des contrôles par les services vétérinaires ou pour les démarches qualité, la planification simplifiée des traitements (vaccins, vermifuges…), le choix plus évident des truies de réforme selon leur historique des traitements. La démarche GVET associée à la GTE-GTTT intéresse aussi ces éleveurs (voir ci-dessous).

Parmi les 67 éleveurs non intéressés par une saisie des traitements sur le logiciel, les principaux freins évoqués sont l’absence d’intérêt pour l’informatique (25 % des éleveurs) et l’habitude du format papier qui leur convient bien (21 % des éleveurs). La troisième raison est d’ordre générationnel car 13 % des éleveurs ont cité la proximité de leur départ en retraite. Le manque de temps à se former à un nouvel outil informatique est cité par 10 % des éleveurs. Enfin, parmi les autres raisons citées, certaines pourraient être résolues facilement par diverses solutions techniques : c’est le cas des problèmes de connexion internet sur l’élevage, du manque d’équipement informatique sur le site, du nombre de salariés ou de sites d’élevages à coordonner et de la double saisie entre le papier et l’ordinateur qui peut désormais se gérer différemment.

L’accompagnement des éleveurs vers une modernisation de leur registre des traitements est donc essentiel pour franchir le pas. Beaucoup sont intéressés et déjà équipés pour s’y mettre rapidement. Le Space est une des occasions pour concrétiser cette motivation en profitant des nombreux interlocuteurs présents (éleveurs, vétérinaires, Isagri, Ifip…).

anne.hemonic@ifip.asso.fr

Enregistrer et valoriser les traitements vétérinaires avec GVET

GVET est une démarche d’enregistrement et de valorisation des traitements vétérinaires en élevage. Les données sont saisies sur le logiciel de GTE-GTTT et les transferts d’information vers les OP, les vétérinaires et l’Ifip sont désormais possibles. Ce logiciel permet à l’éleveur d’avoir accès à un catalogue normalisé des médicaments vétérinaires (avec les noms des médicaments, les doses, les durées, les voies d’administration, les temps d’attente…). Cet accès permet un gain de temps et de confort pour enregistrer les traitements dans son élevage. GVET peut être connecté automatiquement avec les données de la GTE et de la GTTT. Cela procure un gain de temps en évitant le double enregistrement des données déjà saisies par ailleurs (numéro des truies, date des réformes, effectifs d’animaux). Cette connexion permet aussi un lien avec le contexte de l’exploitation (localisation, type de production, taille de l’élevage…). L’éleveur peut éditer des résultats individuels sur ses usages d’antibiotiques selon des indicateurs standardisés et officiels. Une démarche utile pour le conseil et le progrès technique à l’échelle de l’élevage et pour mesurer l’impact technique, économique, sanitaire de la mise en place de mesures alternatives aux antibiotiques (vaccins, biosécurité…). Dès lors que l’échantillon d’élevages participants sera représentatif, GVET permettra de produire des références collectives sur les usages d’antibiotiques. L’éleveur peut aussi gérer les autres familles de médicaments (vaccins, hormones, anti-inflammatoires, vermifuges) grâce aux fonctionnalités pré-existantes du logiciel. Une fonction utile pour planifier les vaccins, calculer le nombre de doses à commander, éditer la liste des truies à traiter, afficher la date minimum de réforme des truies ou de départ à l’abattoir des charcutiers, ou encore éditer les journaux de traitement (préparation des contrôles officiels de l’État).

GVET se base sur un logiciel déjà existant dans de nombreux élevages (Ediporc ou Pig’Up), ce qui évite un surcoût et permet d’utiliser une interface déjà connue des utilisateurs.

A.H.

Une obligation légale

L’arrêté ministériel du 5 juin 2000 rend obligatoire la traçabilité des traitements vétérinaires en élevage. Le registre des traitements doit contenir :

Les ordonnances (y compris celles concernant les aliments médicamenteux).
L’enregistrement de l’administration de médicaments vétérinaires (y compris les aliments médicamenteux) avec mention de la nature des médicaments (nom commercial ou à défaut substances actives), des animaux auxquels ils sont administrés, de la voie d’administration et de la dose quotidienne administrée par animal (ces mentions peuvent être remplacées par une référence à l’ordonnance relative au traitement administré si l’ordonnance comporte ces indications), de la date de début et la date de fin de traitement.
Les étiquettes des aliments médicamenteux.
Les bons de livraison ou renvoi aux factures concernant les médicaments vétérinaires qui ne sont pas soumis à prescription et n’ont pas fait l’objet d’une ordonnance.

« Mon registre de traitements en un clic ».

Geoffrey Melot est formateur en production porcine et animateur Airfaf Normandie au centre de formation de Canappeville, dans l’Eure. Également salarié au sein de l’élevage de 280 truies NE du centre, il souhaite informatiser le registre des traitements vétérinaires.

Aujourd’hui, comment enregistrez-vous les traitements ?

Les caractéristiques des traitements administrés sont actuellement notées manuellement sur des tableaux imprimés. Puis à la fin de chaque bande, toutes les feuilles sont archivées.

Pour quelles raisons envisagez-vous de passer au format informatique ?

Ce qui nous a convaincus, c’est de pouvoir récupérer très rapidement la traçabilité de chaque animal lors des contrôles des services vétérinaires. L’informatique va également nous être très utile pour gérer les réformes de truies : celles qui ont souvent de la fièvre, des injections et qui sont les plus fouillées seront écartées les premières. On pourra également vérifier que les délais d’attente sont bien respectés avant de réformer les truies. Enfin, grâce aux historiques des traitements de chaque truie, il sera plus facile d’anticiper certaines interventions ou surveillances lors des mises bas.

Quels changements vont être mis en place dans l’élevage pour informatiser votre registre de traitements ?

Dans un premier temps, nous allons continuer de noter les traitements sur nos tableaux imprimés. Puis à chaque fin de bande au moment d’enregistrer la GTE ou la GTTT sur le logiciel Ediporc, nous noterons en plus les traitements. Nous avons fait le choix de garder une pré-saisie sur papier pour prendre le temps de nous habituer à la saisie informatique. Malgré cette double saisie, je ne pense pas que nous allons perdre du temps. Au début, il faudra se forcer à noter les traitements sur l’ordinateur en plus des données techniques mais, une fois la routine installée, ce sera rapide. Nous avons déjà essayé d’avoir une tablette en élevage, malheureusement nous ne pouvions pas la synchroniser avec l’ordinateur faute de connexion internet. Par contre, on est partant pour refaire des tests avec la saisie hors connexion directement sur smartphone ou tablette : si ça se passe bien, ce sera vraiment avantageux pour l’enregistrement des données.

Le module sanitaire vous semble-t-il facile d’utilisation ?

Oui, il est facile d’utilisation une fois qu’on a trouvé ses repères. Aujourd’hui je l’utilise pour les truies. Au moment d’enregistrer les relevés de saillies, je note aussi les vaccins et les vermifuges à faire. Je n’ai pas encore paramétré tous les protocoles de traitement, mais nous gagnerons énormément de temps quand ce sera fait. Pour une boiterie sur un porcelet sous la mère, en deux clics toutes les données du traitement seront renseignées.

Avec la démarche GVET, le logiciel Ediporc intègre désormais un transfert des données vers une base collective, qu’en pensez-vous ?

Je trouve ça très bien ! On le fait déjà avec nos données techniques de GTE-GTTT pour pouvoir se comparer à d’autres et identifier nos marges de progrès. Avoir des références nationales sur les traitements vétérinaires permettra également de voir où progresser et de creuser les alternatives possibles.

En tant que formateur, allez-vous inciter les jeunes futurs porchers à faire leur registre de traitement par informatique ?

Aujourd’hui, on forme déjà des élèves à utiliser le logiciel de GTE-GTTT s’ils le souhaitent. J’inviterais les jeunes porchers à faire leur registre de traitements sur informatique ou à s’habituer à le faire. Ce sera un réel avantage pour eux.

alexandre.poissonnet@ifip.asso.fr

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