Aller au contenu principal

L’essor de la gestion collective des effluents d'élevages

Les unités collectives de méthanisation utilisant des effluents des élevages de porcs se développent en France, de même que la mutualisation des équipements d’épandage de lisier. Une enquête, coordonnée par l’Ifip a permis d’analyser les leviers et les freins à la mise en œuvre de ces projets de gestion collective des effluents.

En France, le traitement collectif des lisiers de porcs à des fins de résorption est resté marginal. En revanche, les unités de méthanisation collective mises en place ces dernières années sont plus nombreuses.

Elles peuvent concerner uniquement le procédé proprement dit de production d’énergie renouvelable et/ou le plan d’épandage associé, mais parfois c’est toute la chaîne de gestion des effluents qui est gérée collectivement : à la méthanisation s’ajoutent l’approvisionnement en effluents d’élevage, le traitement du digestat puis la valorisation agronomique des coproduits. L’unité de méthanisation de Charchigné dans le nord de la Mayenne, la Sas Agrimaine, avec ses 110 éleveurs impliqués, est l’un des plus grands sites collectifs agricoles. Sur un total de 130 000 à 140 000 tonnes d’intrants méthanisés chaque année, les effluents d’élevage en représentent plus des trois quarts. À Janzé (Ille-et-Vilaine), c’est un plan d’épandage de 4 500 hectares, répartis sur 70 exploitations, qui a été mutualisé, également autour d’une unité de méthanisation.

Équipements d’épandage collectifs

La gestion collective de l’épandage des déjections animales et des digestats est également en expansion. Compte tenu de la restriction des périodes d’épandage, de l’augmentation de la taille des troupeaux, de l’essor de la méthanisation, de la nécessaire optimisation de la main-d’œuvre et des coûts, l’épandage des déjections animales et des digestats (surtout liquides) recourt de plus en plus à des équipements et à des organisations et des logistiques collectives, notamment au travers de coopératives d’utilisation de matériel agricole (Cuma). La mutualisation des équipements permet d’investir dans des tonnes à lisier de grande capacité, jusqu’à plus de 20 m3, permettant d’accroître les débits de chantier. Au sein des Cuma, le matériel est plus utilisé qu’en propriété individuelle, sa rotation est plus rapide, il est généralement plus récent plus efficace, permettant des épandages de meilleure qualité. Cette mutualisation peut également se traduire par une dissociation du transport et de l’épandage. Les Cuma de Plurien (Côtes-d’Armor) et d’Agribocage (Ille-et-Vilaine) se sont ainsi associées pour mutualiser leurs équipements : rampe d’épandage de 24 mètres, caisson tampon de stockage au champ et tonne de ravitaillement, épandage sans tonne à lisier.

27 critères à prendre en compte

Sur la base d’une vingtaine d’expériences de gestion collective des effluents d’élevage en France, impliquant 10 à 50 éleveurs, une enquête dirigée par l’Ifip (1) a identifié les freins et les leviers à leur mise en place des structures nécessaires. La moitié d’entre elles portait sur une unité de méthanisation collective, l’autre moitié était basée sur des échanges d’effluents ou de parcelles entre exploitations afin de résorber des excédents. L’analyse a permis de lister 27 critères à prendre en compte pour évaluer si la configuration est favorable ou non à une gestion collective des effluents, et pour lever, si possible, d’éventuels freins. Ils recouvrent des aspects environnementaux, financiers, réglementaires, d’acceptabilités sociales, de gouvernance du projet… L’ensemble de ces critères est disponible sur une brochure, téléchargeable sur le site de l’Ifip (voir ci-dessous). Il y est également mentionné si ces leviers et freins sont gérables ou non, c’est-à-dire si les porteurs de projets peuvent avoir un impact sur chacun d’entre eux. Par exemple si les leaders du projet repèrent qu’il n’y a pas eu suffisamment de coconstructions avec les futurs contributeurs au projet, il peut envisager de les associer davantage aux futures étapes de construction. La pleine appropriation de ces leviers et freins par les porteurs de projets et l’amélioration de ceux qui sont gérables doit permettre d’augmenter le potentiel de réussite des projets collectifs tant à des fins de résorption que de production d’énergie.

Pascal Levasseur et Sandrine Espagnol, pascal.levasseur@ifip.asso.fr

(1) Ifip, Chambres d’agriculture de Bretagne, FrCuma Ouest, Itavi et Idele

Côté web

La brochure « Filières collectives de gestion des déjections animales et des digestats », financée par l’Ademe, répertorie les principales filières de gestion collective des effluents d’élevage et digestats. Elle présente des exemples d’application, les facteurs décisionnels du choix d’un process, et un bilan des leviers et freins d’une vingtaine de réalisations. Cette brochure est téléchargeable ici 

Les principaux leviers et les freins au développement d’un projet de gestion collective des effluents d’élevage

Les leviers

Proximité géographique des élevages.
Agriculteurs intéressés par la mutualisation, le partage, et ouverts au changement.
Identification d’aides financières pour le lancement de la gestion collective.
Structure pérenne.
Présence d’animateur(s) pour gérer la solution collective.
Implication des pouvoirs publics dans le montage du dossier.
Réalisation d’une communication externe sur la nature du projet et de ses performances.

Les freins

Augmentation du temps de travail des adhérents ou complexification de leur travail du fait de l’implication dans la solution collective.
Existence de réglementations contraignantes.
Présence de polémiques sur les élevages au niveau du territoire.
Présence d’activité(s) concurrente(s) au projet sur le territoire, notamment en termes de mobilisation de biomasses.

Les plus lus

<em class="placeholder">Arnaud Abgrall (à gauche) et son équipe de salariés travaillant sur le site naissage. « Je suis présent sur le site tous les jeudis et vendredis .» </em>
« La communication avec mes salariés, c’est la clé dans mon élevage porc et lait »

Comment gérer une équipe de onze salariés répartie sur trois sites et trois ateliers porc, lait et cultures ? C’est le…

<em class="placeholder">Le surplus d&#039;énergie apporté par la granulation est plus élevé pour le maïs que pour le blé ou l&#039;orge.</em>
Formulation des aliments : chaque céréale réagit différemment à la granulation

La granulation des aliments apporte un bonus d’énergie différent selon la céréale incorporée. La prise en compte de cette…

<em class="placeholder">Une lumière traversante, allant du centre du bâtiment vers l’extérieur, change la perception des animaliers.</em>
Comment décloisonner un bâtiment porcin sur caillebotis intégral ?
Quelques astuces de conception permettent de donner une impression d’espace aux animaliers tout en conservant une coque de…
<em class="placeholder">Philippe Lirzin et son collègue Loïc Perrot ont testé le détecteur portatif G7c à la station de Crécom. « On travaille plus sereinement, notamment lors des week-ends ...</em>
Exposition aux gaz : un dispositif d’alarme travailleur isolé testé à la station porcine de Crécom

Le détecteur portatif G7c, proposé par GazDetect, et testé à la station de Crécom, assure un suivi à distance des travailleurs…

[VIDEO] Rentabilité : « Mon meilleur investissement est un siège rotatif pour faciliter les soins des porcelets »

A Plomodiern, dans le Finistère, l'EARL Gurvan Philippe utilise un siège rotatif lors des soins en maternité. Posé sur la…

sanglier / laie suitée / faune sauvage
Mieux connaître le sanglier pour protéger son élevage de porc

Le sanglier est une espèce cousine du porc un peu envahissante qui profite des ressources agricoles et peut transmettre des…

Publicité
Titre
OFFRE SPÉCIAL PRINTEMPS
Body
A partir de 86,40€/an​
Liste à puce
Profitez de notre offre Printemps: -20% jusqu'au 05 avril 2026! Code Promo : OFFRE_PRINTEMPS_2026
Version numérique de la revue Réussir Porc
2 ans d'archives numériques
Accès à l’intégralité du site
Newsletter Filière Porcine
Newsletter COT’Hebdo Porc (tendances et cotations de la semaine)