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Porc : Actualité agricole et agroalimentaire de la filière porcine dédiée aux agriculteurs, éleveurs de porcs.

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Les éleveurs allemands font le dos rond face à la crise

Malgré une certaine capacité de résistance de beaucoup d’élevages, une vague de cessations menace si le marché ne se redresse pas.

Selon la chambre d’agriculture de Basse-Saxe, des prix du porc de 1,60 à 1,70 € seraient nécessaires pour couvrir les frais et rémunérer le capital des éleveurs de porcs allemands. Selon le syndicat majoritaire DBV, l’équivalent de la FNSEA, un naisseur de 200 truies annonce fin 2015 un déficit de 60 000 €, autant que son résultat annuel habituel. La crise ne se mesure pas dans les chiffres disponibles. Au dernier recensement national de novembre 2015, les 25 700 ateliers allemands d’au moins 10 truies ou 50 porcs à l’engrais n’avaient diminué que de 0,6 % par rapport à mai 2015. En Basse-Saxe, le principal bassin de production, le taux de cessation annuel de 4 % des naisseurs et de 3,3 % des engraisseurs est juste « un peu supérieur à la normale », selon Matthias Quaing, de l’ISN, le syndicat de défense des producteurs de porcs allemands. Le potentiel de production allemand se maintient malgré un cheptel reproducteur qui a diminué de 2,7 % en six mois en revenant à un peu moins de deux millions de truies, compensé par des gains de productivité.

« 20 % d’élevages sont dans le dur »

Sans se retrouver dans la position encore plus précaire de leurs collègues producteurs de lait, les producteurs allemands de porc sont en grande difficulté. « Leur rentabilité est insuffisante depuis des années. Aujourd’hui, 20 % d’entre eux sont dans le dur. Une majorité tient. Les meilleurs s’en sortent toujours. Mais chaque situation est différente. Un naisseur avec 140 truies peut perdurer s’il ne paye pas trop de fermages et si un autre atelier compense les pertes en porc. Mais l’éleveur qui ne vend pas 30 porcelets par truie et par an et qui n’a pas 850 g/j de GMQ en engraissement ne gagne pas sa vie », affirme Arnold Krämer, conseiller à la chambre d’agriculture de Basse-Saxe. La majorité des ateliers est bel et bien dans le rouge. Mais « personne ne s’imagine être sacrifié. Le cochon, c’est généralement une passion. Arrêter est une décision qui n’est pas facile à prendre pour des exploitations majoritairement familiales. On ne quitte pas la production du jour au lendemain », poursuit-il.

Une forte capacité de résistance

D’où vient alors cette capacité de résistance ? Selon Arnold Krämer, deux phénomènes interviennent. Le premier tient à la structure des rentrées financières des exploitations. « Je connais des élevages de 600 truies qui ont fait des gains de 150 000 à 200 000 € en 2013. Ils ont pu constituer des réserves. Un grand nombre d’autres dispose de recettes annexes que procurent soit le solaire, la méthanisation ou l’éolien, soit le salaire de l’épouse. Il y a aussi la possibilité de négocier avec son banquier. Surseoir au remboursement du capital des prêts souscrits est fréquemment en discussion. Les prélèvements privés, parfois confortables, peuvent aussi être réduits. »

Le deuxième phénomène est une cessation d’activité qui se fait dans la discrétion. Elle revient pour l’éleveur en place à louer son bâtiment à un repreneur qui peut, le cas échéant, le salarier. Il s’agit souvent de fabricants d’aliment, mais aussi de naisseurs étrangers, principalement des Néerlandais. Selon Arnold Krämer, 30 % à 50 % des engraissements de son secteur seraient dans ce cas de figure.

Enfin l’éleveur qui jette définitivement l’éponge peut trouver un emploi artisanal et industriel dans un pays qui manque globalement de main-d’œuvre. « Aucune cessation n’intervient sans alternative », résume Arnold Krämer.

L’exportation comme planche de salut

Cette capacité à résister durera-t-elle ? Rien n’est moins sûr. L’application de plus en plus stricte par les autorités des réglementations environnementales dans les élevages ne disposant pas d’assez de surfaces d’épandage pour limiter leurs apports azotés à 170 kg/ha, pourrait se traduire par la nécessité de diminuer à court/moyen terme la capacité d’engraissement. Elle entraîne déjà les coûts de production à la hausse. Le transport du lisier vers l’Est revient facilement à 10 €/m3.

« Chaque producteur sait que l’offre porcine est trop abondante, mais aucun ne souhaite réduire la voilure. Lors de la crise de 2007-2008, 8 % des naisseurs ont mis un terme à leur activité. Il y aura certainement une nouvelle vague de cessations. Et pas seulement parmi les plus petits ateliers », avance Matthias Quaing. Pour autant, personne ne songe à remettre en cause le marché libre. « Il incite à des performances techniques élevées avec le moins d’intrants possible. Il constitue la garantie du succès du développement des producteurs », explique l’ISN.

Pour amortir la crise, le DBV a réitéré début mars sa demande d’une enveloppe d’aides européennes de deux milliards d’euros pouvant être rapidement mis en œuvre ainsi qu’une étude concernant d’éventuels « instruments pour encadrer la volatilité des prix ». « Les marchés internationaux sont aussi importants que le marché intérieur. Le prix européen est sous influence des cours mondiaux », analyse Roger Fechler, chargé des questions animales au DBV. Le stockage privé n’est pas en odeur de sainteté car il n’a « qu’un impact limité sur le marché. Il n’a pas empêché la baisse des cours début 2016 ». Pour l’ISN comme le DBV il ne fait pas de doute que le salut de la filière viendra de l’étranger. C’est pourquoi ils demandent avec insistance la simplification des démarches d’agrément à l’export pour les petites entreprises, le renforcement des structures export allemandes sur pays tiers, la signature d’accords commerciaux bilatéraux pour reprendre le commerce avec la Russie. Plus immédiatement, le DBV réclame la mise en place d’un arsenal classique sous forme d’avances de trésorerie et de mise en place de programmes de cautionnement des prêts. Il met également en garde contre la recrudescence de nouvelles normes de bien-être animal qui mèneront à une baisse de compétitivité et à une possible délocalisation de la production.

Plus en amont de la filière, les initiatives en faveur des éleveurs sont rares. Signalons néanmoins celle prise par Tönnies. Le premier abatteur allemand (avec une part de marché de 25,5 %) a créé en 2015 sa filiale Livestock pour gérer et surtout signer ses premiers contrats avec des naisseurs et des engraisseurs. En mettant cette filière en place, l’entreprise veut « s’adapter à la demande de ses clients » et « sécuriser durablement la santé animale, la qualité et la sécurité de l’alimentation ». L’abatteur se montre toutefois très peu loquace pour fournir publiquement le détail du fonctionnement de ce qu’il considère comme une « alternative au marché »… Mais il ne cache pas que seule une part minoritaire des volumes abattus lui sera fournie par ce circuit. Comme le rappelle volontiers le DBV, « il faut laisser au maximum les éleveurs s’adapter aux fluctuations du marché ». En attendant, ledit marché leur fait faire le dos rond face à la crise.

Norbert Lünemann abandonne le porc au profit de la volaille

Il est encore naisseur. Mais plus pour très longtemps. Sa dernière bande de truies quittera fin juin sa ferme sise à Twist à cinq kilomètres de la frontière néerlandaise. Il explique : « En 2001, j’ai repris 88 hectares et un atelier de 120 truies que j’ai doublé à 250 en arrivant à vendre, à 8 kilos vifs, 29,9 porcelets par truie et par an. J’ai appris à gérer les prix bas au fil des ans. Mes suivis hebdomadaires m’ont montré que ces périodes s’allongent irrémédiablement et finissent par peser sur la rentabilité globale de l‘atelier. D’autre part, les orientations politiques sont si floues que je ne sais pas si les choix techniques que je peux faire aujourd’hui vont correspondre aux normes applicables demain ».

Pendant deux ans, Norbert a pesé le pour et le contre avec plusieurs conseillers et son épouse, salariée à l’extérieur. L’offre qui lui a été faite d’élever des parentaux de pondeuses a achevé de lui faire franchir le pas. « J’ai hésité jusqu’à la fin. Le départ de la première bande a été un cap très difficile à passer », avoue-t-il. Au lieu d’injecter 1,6 million d’euros dans une augmentation de cheptel à 380 truies et un post-sevrage, Norbert va investir 2 millions d’euros dans un bâtiment de 26 400 places. Il en attend un tiers de revenu en plus comparé au naissage. Les premières ventes sont prévues au printemps 2017. D’ici là, il bénéficiera des recettes que représentent ses moissons et les aides PAC. Il perçoit en outre régulièrement des rentrées en revendant de la tourbe issue de ses terres marécageuses à l’origine, l’électricité produite par ses panneaux photovoltaïques et le loyer des surfaces qu’il concède à une société d’exploitation de petits champs de… pétrole.

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