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L’arrêt de la castration à vif des porcelets au cœur des débats de la Fédération Nationale Porcine

La Fédération nationale porcine (FNP) a réaffirmé son souhait que le mâle entier devienne la référence du cadran lors de son assemblée générale. Mais elle est consciente que toutes les options alternatives à la castration à vif doivent rester ouvertes.

La thématique de l’arrêt de la castration à vif dont l’échéance au 1er janvier 2022 arrive rapidement a largement dominé les débats de l’assemblée générale de la FNP qui s’est tenue à Pau le 11 juin dernier. Le syndicat majoritaire a rappelé sa position en se prononçant sur la nécessité de faire du mâle entier la référence du cadran. « À partir de cette référence, l’approvisionnement dérogatoire en mâle castré doit clairement être différencié selon un cahier des charges et un contrat, détaille François Valy, le président de la FNP. Ce contrat devra intégrer le surcoût de la castration, l’indice de consommation supérieur et le TMP inférieur. » Ce positionnement a été expliqué en détail par Carole Joliff, éleveuse dans les Côtes-d’Armor et administratrice FNP. « Je ne connais pas un éleveur qui saute de joie à l’idée d’aller castrer ses porcelets, souligne-t-elle. C’est un acte contraignant et chronophage. Par rapport aux mâles entiers les performances d’élevage et d’abattage sont dégradées. Si les abatteurs français nous imposent la castration sous anesthésie, je ne vois pas comment nous pourrons rester déconnectés des autres pays européens qui évoluent vers le mâle entier. L’aval devra payer les surcoûts aux éleveurs. »

75 % des jambons de Bayonne issus de mâles castrés

Cependant, la FNP est parfaitement consciente que le mâle entier ne pourra pas satisfaire toutes les filières de l’aval et que, pour répondre aux diverses demandes des marchés, l’immunocastration ou la castration sous anesthésie doivent rester des solutions accessibles aux éleveurs. Cette dernière solution a été retenue par l’ensemble de la filière porcine du Sud-Ouest, dont la rentabilité repose en grande partie sur les IGP jambon de Bayonne et Viande fraîche. « Les porcs mâles entiers ne sont pas compatibles avec la production de jambons secs et de viande fraîche de qualité », affirme Patrick Le Foll, le directeur de Fipso, la principale filière porcine du Sud-Ouest. « La faible teneur en gras des carcasses pose problème sur les qualités gustatives et la dureté de la viande. Les jambons de Bayonne ne peuvent pas être affinés correctement avec aussi peu de gras. » Il souligne qu’actuellement, 75 % des jambons de Bayonne sont issus de mâles castrés. « Si on ne castre plus les mâles, le tri se restreint considérablement. »

Attention aux distorsions de concurrence

Les responsables de la filière porcine du Sud-Ouest sont cependant conscients de la distorsion de concurrence que peut engendrer la castration sous anesthésie. « Je suis persuadé que la plus value qualitative des mâles castrés permettra de créer un écart de prix significatif avec les mâles entiers suffisant pour couvrir les surcoûts », affirme Patrick Le Foll. Il reste cependant à valider les techniques d’anesthésie des porcelets en élevage, dont l’acte et les produits utilisés sont actuellement réservés aux seuls vétérinaires. « L’anesthésie à l’isoflurane et aujourd’hui autorisée en Allemagne et pas en France. Cette distorsion de concurrence doit rapidement cesser pour que cette technique puisse être pratiquée légalement dans notre pays », fait-il remarquer. La profession travaille actuellement avec l’école vétérinaire de Toulouse sur des alternatives à l’anesthésie par injection. « Nous avons testé une pommade anesthésiante dont les résultats préliminaires sont encourageants », affirme Pierre Moureu, le président de l’interprofession Nouvelle-Aquitaine. Il croit aussi en la solution de l’anesthésie générale, « principalement dans les gros élevages qui pourront plus facilement amortir son coût élevé ».

« L’aval devra payer les surcoûts de la castration sous anesthésie aux éleveurs »

85 % de porcs mâles entiers en Espagne

Les process de fabrication des jambons secs espagnols sont différents de ceux employés en France, ce qui leur permet d'utiliser des jambons de mâles entiers. © D. Poilvet

La filière porcine espagnole est largement productrice de mâle entier (85 % de la production). Malgré cela, ses débouchés sont largement dominés par la charcuterie sèche. « Cependant, ils abattent leurs porcs 8 kilos plus légers qu’en France, ce qui simplifie la gestion de la qualité des viandes », indique Pierre Moureu, le président de l’interprofession régionale Nouvelle-Aquitaine. « Par ailleurs, leur technique de salage est différente. Ils cherchent des gras plus mous, plus rances, plus compatibles avec les mâles entiers qu’en France ou les consommateurs veulent des gras blancs et fermes. »

Une stratégie européenne pour le bien-être

François-Régis Huet, référent bien-être à l'interprofession Inaporc. «Pour accepter la castration sous anesthésie, une harmonisation européenne pour accéder aux mêmes produits est indispensable.» © D. Poilvet

Lors de l’AG de la FNP, François-Régis Huet, vice-président du groupe santé et bien-être animal du Copa-Cogeca a présenté les grandes lignes de la stratégie européenne sur le bien-être du porc de l’organisation professionnelle européenne qui porte sur trois points : pour la transition vers les maternités liberté, les éleveurs proposent une évolution sur 30 ans en l’absence de soutien public. « Si les autorités européennes décident de raccourcir l’échéance, il faudra alors accompagner la transition par des aides publiques », précise François-Régis Huet. Concernant la castration à vif, le Copa-Cogeca serait disposé à l’arrêter, et passer en mâle entier ou castration sous anesthésie, à condition d’une « harmonisation européenne des autorisations, afin que les éleveurs aient accès aux mêmes produits ». Enfin pour l’arrêt de la caudectomie, les éleveurs demandent un accompagnement à la Commission européenne pour le financement d’un « plan de recherche appliquée piloté par des éleveurs » ; en effet, regrette François-Régis Huet, « il y a beaucoup de recherche fondamentale sur la caudectomie, mais peu de choses au service des éleveurs ».

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