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La R & D au cœur des attentes sociétales

Les travaux des chambres d’agriculture du Grand Ouest et de l’Ifip portent de plus en plus sur les problématiques liées aux attentes sociétales. Avec pour objectif d’apporter des solutions pragmatiques aux éleveurs.

Les experts de l'Ifip et des chambres d'agriculture qui sont intervenus à la journée Tech Porc sont aussi les auteurs des articles Tech Porc insérés dans notre revue.
© D. Poilvet

La quatrième journée Tech Porc qui s’est déroulée à Quessoy dans les Côtes-d’Armor le 27 novembre dernier a été l’occasion pour les ingénieurs de l’Ifip et des chambres d’agriculture de Bretagne et des Pays de la Loire d’apporter un éclairage sur les interpellations sociales lancées par nos concitoyens et les réponses que peuvent apporter les éleveurs. « Les controverses autour de l’élevage sont anciennes, mais elles ont été exacerbées à partir des années 80 », souligne Elsa Delanoue, sociologue à l’Ifip. Cependant, selon un sondage réalisé auprès de 2 000 Français, une majorité ne remet pas en cause le système de production actuel. Mais elle souhaite des évolutions qui tiennent compte de leurs attentes.

Une prise en compte qui s’est faite dans un premier temps par de la réglementation, notamment sur le bien-être animal, et qui a abouti à la mise en groupe des truies gestantes, rappelle Yannick Ramonet. « Désormais, l’Union européenne ne semble pas vouloir renforcer la réglementation bien-être. Mais d’autres normes, commerciales ou professionnelles, prennent le relais. » Des normes utiles, puisque faites pour rassurer le consommateur, sur des pratiques d’élevage parfois controversées. C’est notamment le cas de la caudectomie, interdite sur une base de routine. Beaucoup d’études sont en cours en élevage, sans que des solutions fiables émergent pour contrer les risques de caudophagie.

Mais en parallèle à l’obligation de moyens, se développe la nécessité d’obligation de résultat. Pour cela, L’Ifip a développé un outil (Beep) qui objective le bien-être des animaux sur la base de quatre critères : la qualité du logement, la santé, leur comportement et l’alimentation/abreuvement. Un autre outil (Geep, voir aussi page ?????) analyse le bilan environnemental de l’élevage sur quatre points : les émissions gazeuses, la consommation de ressources naturelles, la production d’effluents et la génération de déchets. « Au-delà de l’évaluation des améliorations environnementales, Geep peut aussi calculer leur intérêt économique souvent positif », souligne Anne-Laure Boulestreau-Boulay, de la chambre d’agriculture des Pays de la Loire. Un impact économique avéré dès lors qu’on met en place une alimentation multiphase en engraissement pour réduire les rejets. « Sans que les performances soient dégradées, l’azote excrété baisse de 20 à 30 % et les émissions d’ammoniac sont réduites de 20 à 40 % », constate Solène Lagadec, ingénieure à la chambre d’agriculture de Bretagne. « Tout ceci avec une augmentation de la marge sur coût alimentaire de 3 % grâce à la baisse du prix moyen de l’aliment. » L’équipe de la chambre d’agriculture a aussi évalué l’intérêt environnemental des bâtiments équipés de raclage en V avec une valorisation du coproduit solide par la méthanisation. « On baisse de 25 % les émissions d’ammoniac et celles des gaz à effet de serre de 73 % », se réjouit-elle. De plus, la production de biogaz est améliorée de 38 %. Un biogaz qui pourrait constituer une source de chaleur majeure pour l’élevage dans les années à venir. Des solutions émergent, comme la micro-méthanisation passive à partir du lisier contenu dans les fosses (voir aussi page ????). « Mais ces solutions ne pourront se développer qu’à condition de baisser les coûts d’investissement encore trop dépendants des aides de l’État », met en garde Pascal Levasseur de l’Ifip.

Vers plus de bien-être en élevage

Parmi les sujets d’actualité, le bien-être des truies en maternité tient une place à part. Depuis deux ans, les offres de case mise bas liberté se multiplient, sans qu’on sache cependant si la demande est réelle. « Pour le moment, on recense plus d’inconvénients que d’avantages à ce mode de contention », souligne Valérie Courboulay, ingénieure à l’Ifip, sur la base d’une enquête réalisée auprès de 35 éleveurs. « Le choix des maternités liberté est un pari sur l’avenir. Mais c’est aussi une prise de risque importante sur le court terme. » Ce n’est pas le cas de la case ascenseur qui fait l’unanimité de leurs utilisateurs, avec pour arguments une meilleure tranquillité de l’esprit et la réduction du nombre de porcelets écrasés. Ce dernier critère doit, en plus de son intérêt économique, être aussi envisagé sous l’angle du bien-être animal. Les associations welfairistes dénoncent la mortalité importante des porcelets en maternité. Un argument de plus qui peut justifier les études pour les réduire par de meilleures pratiques d’élevage, comme l’alimentation des truies ou la gestion des surnuméraires. La question se pose aussi en production bio, avec la recherche d’une génétique permettant d’améliorer la vigueur des porcelets à la naissance, un critère essentiel dans un mode d’élevage en plein air. Les exigences réglementaires fortes de cette production imposent aussi de trouver des solutions techniques alternatives : interdiction du meulage des dents et de la caudectomie en routine, lait maternel jusqu’à 40 jours d’âge, castration avec anesthésie ou analgésique… « Des solutions techniques qui pourront aussi bénéficier à la filière conventionnelle », conclut Florence Maupertuis, de la chambre d’agriculture des Pays de la Loire.

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