La marge brute des élevages porcins bretons décroche fin 2025
Après les bons résultats des dernières années, la rentabilité des élevages bretons s’est renversée au second semestre 2025, d'après les chiffres de Cerfrance Bretagne.
Après les bons résultats des dernières années, la rentabilité des élevages bretons s’est renversée au second semestre 2025, d'après les chiffres de Cerfrance Bretagne.
« En moyenne l’année 2025, reste toutefois rémunératrice, mais avec une forte variabilité entre éleveurs », soulignent Véronique Kerlidou et Anne-Cécile Mottais du pôle Études et prospective de Cerfrance Bretagne. Les chiffres calculés sur les clôtures 2025 à l’échelle de Cerfrance Bretagne montrent une marge brute moyenne qui fléchit par rapport à 2024 mais qui demeure très élevée à 2 180 euros par truie. Elle se situe légèrement derrière le niveau de 2024 à 2 220 euros par truie, année de record. À titre de comparaison, « la moyenne sur cinq ans de la marge brute, entre 2020 et 2024, s’élève à 1 620 euros par truie », indique Véronique Kerlidou. Ce qui caractérise cette période est la forte augmentation des charges de structure depuis 2021, l’électricité mais aussi l’ensemble des postes de charge, marqués par l’inflation. « En 2021, avec 1 200 euros par truie de marge brute, les charges de structure étaient couvertes. Aujourd’hui, il faut atteindre plus de 1 600 euros. Depuis octobre-novembre 2025, ces charges ne sont plus couvertes, la rentabilité n’est plus là », relève l’ingénieure Études.
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Face à une conjoncture qui se tend et une variabilité importante entre élevages, certains auront acquis une solidité financière forte pour passer le cap, quand d’autres élevages fragilisés connaissent une situation tendue depuis fin 2025.
Le prix de l'aliment finit en recul
L’année 2023 s’est caractérisée par un prix de l’aliment très cher, compensé par un prix élevé (prix moyen de 2,115 euros le kg au marché du porc breton sur l’année). En 2024, le prix de l’aliment a baissé à 341,40 euros la tonne aliment naisseur-engraisseur (source Ifip) ce qui a permis de compenser le recul du prix du porc. Or, sur 2025, la baisse du prix du porc n’a pas été compensée par le recul du prix de l’aliment. « Avec la nouvelle campagne de céréales, le prix des matières premières a baissé générant une baisse du prix de l’aliment depuis juin 2025 », rappelle Anne-Cécile Mottais de Cerfrance Bretagne. En novembre, le prix de l’aliment Ifip porc charcutier à 297 euros la tonne repassait sous la barre de 300 euros la tonne, un prix plancher non égalé depuis 2021.
Amélioration des critères techniques
« Avec un aliment cher, les éleveurs ont cherché à améliorer l’efficacité alimentaire », commente Anne-Cécile Mottais. Dans la région, l’indice de consommation des élevages est passé de 2,76 à 2,73 entre 2023 et 2024. En 2025, l’IC devrait approcher 2,71. « Dans ces résultats, il y a entre autres l’effet mâle entier, les progrès de la génétique ou encore le développement de l’alimentation de précision. » Le niveau de marge brute élevé s’explique également par l’amélioration continue de la technicité des éleveurs.
Cheval de bataille de la filière, l’investissement progresse fortement de 440 euros par truie en 2023 à 610 euros par truie en 2024 (et 640 euros par truie estimés en 2025), avec une disparité entre les élevages. « Derrière l’investissement, il y a de la rentabilité à aller chercher en règle générale dans la filière porcine. Cela améliore les conditions sanitaires, les critères techniques, les conditions de travail… C’est ce que l’on appelle de 'la bonne charge'. Il vaut mieux un coût de revient avec une part d’investissement importante. » Du fait des investissements, mais aussi de l’augmentation des taux de crédit et de l’inflation des matériaux, les annuités long et moyen terme ont augmenté à 16,50 euros les 100 kg net en 2024 puis à 17,50 euros les 100 kg en 2025 contre 14,40 euros en 2022. Plutôt inhabituel en production porcine, le taux d’endettement moyen est passé sous le seuil de 60 % (à 57 %) avec des trésoreries positives.