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Élevage porcin : « Nous rationalisons le travail pour gagner en efficacité », expliquent les salariés de la SCEA Kerhervé dans le Finistère

La SCEA Kerhervé est en réflexion permanente pour simplifier le travail de l'élevage porc naisseur-engraisseur de 650 truies dans le Finistère. Cela repose sur des équipements, souvent faits maison, une organisation au cordeau et une forte cohésion d’équipe de salariés.

À la SCEA Kerhervé, les compétences complémentaires des salariés sont valorisées autour d’un même objectif : améliorer les performances de l’élevage tout en simplifiant le travail. 

Lire aussi | [Vidéo] Rentabilité : "Mon meilleur investissement sur mon exploitation de porc est un chariot de vaccination des porcelets en post-sevrage"

« En dix ans, nous avons beaucoup progressé sur les résultats techniques tout en gagnant en temps et en confort de travail », ont confirmé Adeline et Stéphane, salariés de l’exploitation de Guy Kerhervé, lors de la journée régionale porcine de la chambre d’agriculture de Bretagne. « Cela passe notamment par l’utilisation de matériels et d’équipements adaptés, une bonne organisation, un suivi rigoureux des performances, un parc de bâtiments parfaitement entretenus… mais pour que cela fonctionne, le dialogue, la cohésion entre salariés sont essentiels. » C’est cet esprit d’équipe que l’éleveur parvient à cultiver au quotidien autour de ses six salariés.

Des couloirs larges de deux mètres

Exploitant à Locunolé dans le Finistère, Guy Kerhervé est à la tête d’un élevage naisseur-engraisseur de 650 truies, avec 80 hectares de cultures dédiées à la fabrique d’aliment intégrale. Cette approche autour de l’optimisation du travail a été développée dès son installation en 1995. « Après huit ans de salariat en centre de gestion, j’ai repris l’élevage de mes parents avec l’objectif de me libérer une journée par semaine, pour me former, participer à des groupes de progrès… C’est important pour prendre du recul sur l’exploitation. L’élevage a ainsi été agrandi à 200 truies avec l’embauche d’un salarié. » La gestion du temps a été raisonnée dans chacun des projets de modernisation et d’agrandissement, « à commencer par la bonne cohérence de la chaîne de bâtiments », souligne-t-il. Tous les couloirs extérieurs sont larges de 2 mètres pour faciliter le déplacement de matériels et les transferts d’animaux.

 

 
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Adeline et Stéphane, deux des salariés de la SCEA Kerhervé : « En dix ans, nous avons beaucoup progressé sur les résultats techniques tout en gagnant en temps et en confort de travail. » © A. Puybasset

Des salariés moteurs pour simplifier le travail

En 2010, lors du passage à 500 truies, l’éleveur s’est donné comme défi d’arriver à terme à faire tourner l’élevage sans sa présence au quotidien. Un objectif atteint depuis deux ans. Le site d’élevage conduit en 10 bandes fonctionne aujourd’hui avec six salariés : Adeline, Stéphane et Valentin pour le naissage (2,5 ETP) et Maxime, Raphaël et Enguerand (3 ETP) pour le post-sevrage, l’engraissement, la FAF et l’entretien. Chacun réalise, seul, un week-end d’astreinte toutes les six semaines. « Cette organisation pousse à responsabiliser les salariés et à les faire monter en compétence, relève Guy Kerhervé. Ce sont eux les plus moteurs pour trouver des solutions qui améliorent les conditions de travail. »

Un fonctionnement en équipe

Le travail est le plus souvent réalisé à plusieurs. « Nous sommes par exemple tous présents pour déplacer les porcelets le jour du sevrage », détaille Adeline. « Cela nous prend 45 minutes pour 850 animaux. Les salles de maternité sont lavées à quatre personnes, soit 1h30 pour 60 places avec quatre pompes haute pression. » Les tâches quotidiennes sont listées sur un planning, soulignées au fur et à mesure de leur réalisation, pour une bonne communication. Le travail en maternité a été particulièrement optimisé avec la mise au point de plusieurs chariots faits maison pour faciliter les interventions (voir ci-contre). « Nous réalisons les soins en un seul passage, en ayant tout à disposition et en travaillant à hauteur d’homme », poursuit Stéphane. Cela a aussi incité à faire évoluer les pratiques : arrêt du meulage des dents, utilisation d’un tatoueur pneumatique pour numéroter les porcelets à huit jours d’âge (plus de frappe en engraissement). Simplifier le travail passe aussi par de multiples astuces, telles que l’utilisation de l’air comprimé pour nettoyer au quotidien les augettes des porcelets. Pour un suivi rigoureux des données, une fiche d’historique est affichée au-dessus de chaque truie. « Cela facilite le partage d’informations. L’objectif est que nous soyons tous en capacité d’être remplacés. On se forme en permanence les uns les autres », souligne Adeline.

Des investissements pour réduire la pénibilité

Plusieurs investissements visent à réduire la pénibilité de certaines tâches : robot de lavage en post-sevrage et en engraissement, chariot automatique pour déplacer le verrat, bras d’hercule… « Ce dernier permet d’intervenir seul, notamment lors d’un week-end d’astreinte, pour sortir un animal mort, peu importe notre gabarit », apprécie la salariée.

Chacun est équipé d’un téléphone portable, sur lequel il peut recevoir les notifications des alarmes : défaut de ventilation, de distribution de soupes ou de la FAF… « Cela permet d’avoir l’information rapidement, d’anticiper les problèmes et d’avoir l’esprit plus tranquille », poursuit Stéphane.

La fabrication des aliments est réalisée uniquement en semaine (sauf l’aliment charcutier) pour alléger le travail du salarié d’astreinte.

Quatre chariots pour soulager le travail

Plusieurs chariots « faits maison » sont utilisés pour travailler à hauteur d’homme, limiter le port de porcelets et gagner du temps.

1. Le chariot de pesée et de soins est utilisé 24 heures après la mise bas. Il a été aménagé à partir d’un chariot de supermarché. Il permet de réaliser en un seul passage le soin des cordons et la caudectomie.

 

 
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1. Le chariot de pesée et de soins est utilisé 24 heures après la mise bas. Il a été aménagé à partir d’un chariot de supermarché. Il permet de réaliser en un seul passage le soin des cordons et la caudectomie. © Chambre d’agriculture de Bretagne

2. Le chariot d’allotement sert à transporter les petits porcelets pour constituer des portées homogènes. Il n’y a pas à les porter un par un entre les cinq salles de maternité. Il sert aussi 4 à 5 jours après pour le réallotement d’éventuelles portées de décrochés, identifiés à l’aide d’une bombe de marquage.

 

 
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2. Le chariot d’allotement sert à transporter les petits porcelets pour constituer des portées homogènes. Il n’y a pas à les porter un par un entre les 5 salles de maternité. Il sert aussi 4-5 jours après pour le réallotement d’éventuelles portées de décrochés, identifiés à l’aide d’une bombe de marquage. © Chambre d’agriculture de Bretagne

3. Le chariot de castration et de tatouage, utilisé une semaine après la mise bas, dispose de trois cases. L’intervention se fait à trois ou quatre personnes : la portée est déposée dans le casier central et vaccinées contre le mycoplasme. Les mâles sont transférés d’un côté pour la castration. Tout le matériel nécessaire est à poste (antidouleur, anesthésiant, désinfectant, tatoueur…). Grâce à une gouttière, le porcelet rejoint directement sa case sans avoir à le porter.

 

 
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3. Le chariot de castration et de tatouage, utilisé une semaine après la mise bas, dispose de trois cases. L’intervention se fait à 3 ou 4 personnes : la portée est déposée dans le casier central et vaccinées contre le mycoplasme. Les mâles sont transférés d’un côté pour la castration. Tout le matériel nécessaire est à poste (antidouleur, anesthésiant, désinfectant, tatoueur…). Grâce à une gouttière, le porcelet rejoint directement sa case sans avoir à le porter. © Chambre d’agriculture de Bretagne

4. Le pont de vaccination mobile sert à vacciner les porcelets en post-sevrage au niveau du couloir extérieur. Il est dimensionné pour recevoir une case de post-sevrage (deux portées). Les porcelets montent sur le plateau grâce à une rampe d’accès. Il n’y a pas de porcelets à porter et la température du couloir est plus agréable qu’en post-sevrage.

 

 
<em class="placeholder">4. Le pont de vaccination mobile sert à vacciner les porcelets en post-sevrage au niveau du couloir extérieur. Il est dimensionné pour recevoir une case de post-sevrage ...</em>
4. Le pont de vaccination mobile sert à vacciner les porcelets en post-sevrage au niveau du couloir extérieur. Il est dimensionné pour recevoir une case de post-sevrage (deux portées). Les porcelets montent sur le plateau grâce à une rampe d’accès. Il n’y a pas de porcelets à porter et la température du couloir est plus agréable qu’en post-sevrage. © A. Puybasset

Des primes d’intéressement sur les résultats techniques

Depuis quinze ans, Guy Kerhervé a mis en place deux primes d’intéressement, d’un même montant maximal, basé sur les résultats techniques de l’élevage.

-La première est basée sur un objectif minimum de porcelets à sevrer à chaque bande, afin d’assurer le bon remplissage des salles de post-sevrage puis d’engraissement. « L’an dernier, l’objectif a été atteint pour 85 % des 26 bandes, soit une proportion équivalente de prime versée. Je calcule toujours une moyenne avec la bande précédente afin d’atténuer une éventuelle variation importante sur une bande. »

 

 
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Guy Kerhervé, éleveur à Locunolé, dans le Finistère : « À chaque investissement on modernise l’élevage. C’est motivant pour les salariés, qui sont par ailleurs impliqués dans chaque projet. » © A. Puybasset

-La seconde prime est basée sur quatre critères de performances techniques : le nombre de sevrés par truie productive (30 % de la prime), l’indice de consommation global (10 %), le taux de perte sevrage vente (30 %) et les dépenses de santé (30 %). L’objectif pour obtenir la totalité de la prime pour chaque critère est de se situer dans la tranche de 10 % des meilleurs élevages du groupement (GTE Evel’Up de l’année précédente). Pour l’exercice 2024-2025, il a été totalement atteint pour deux critères avec 37,2 porcelets sevrés par truie, 2,9 % de taux de perte sevrage-vente (tandis que l’IC global et les dépenses de santé se situaient dans la moyenne du groupement), soit 63 % de la prime obtenue.

Ces deux primes cumulées peuvent représenter jusqu’à deux mois de salaires supplémentaires à l’année.

L’éleveur veille à ce que ses salariés se sentent impliqués dans les performances de l’élevage. Par exemple, ils sont présents lors du bilan réalisé tous les six mois avec le technicien du groupement. Ce dispositif de prime les incite à gagner en autonomie, en prise d’initiative et à monter en compétence.

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