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Maîtrisez-vous l’anémie ferriprive de vos porcelets ?

Une étude terrain présentée au dernier congrès de l’AFMVP(1) en décembre dernier met en évidence une fréquence élevée de l’anémie ferriprive des porcelets ayant reçu du fer oral.

Une part importante de porcelets recevant du fer oral serait anémié. Son mode de distribution doit être parfaitement maîtrisé.
Une part importante de porcelets recevant du fer oral serait anémié. Son mode de distribution doit être parfaitement maîtrisé.
© D. Poilvet

Une étude terrain réalisée par le laboratoire Ceva avec quatre structures vétérinaires dans 39 élevages utilisant du fer oral montre que « pour 82 % d’entre eux (32 sur 39), l’anémie des porcelets n’est pas maîtrisée ». En effet, ces élevages n’atteignent pas l’objectif de 85 % de porcelets présentant un taux d’hémoglobine supérieur ou égal à 10 g/dl.

 

 

 

« Cette valeur est considérée comme la concentration minimale recommandée pour répondre de façon optimale aux besoins de croissance du porcelet », Rappelle Sophie Brilland, responsable technique de la gamme porc Ceva France. Pour un tiers des élevages, c’est plus de 50 % des porcelets prélevés qui présentent un titre en hémoglobine inférieur à 10 g/dl, et près d’un élevage sur deux (19 sur 39) présente au moins un quart des porcelets anémiés. Sur l’ensemble des 1 203 porcelets analysés, un quart d’entre eux était anémié. En comparaison, ce taux n’est que de 15 % pour des porcelets ayant reçu du fer sous forme injectable, selon une autre étude réalisée par Ceva en 2019. « Cette étude met donc en avant l’incapacité du fer oral à prévenir l’anémie ferriprive du porcelet quand la maîtrise de la distribution et de l’absorption du produit par chaque porcelet n’est pas contrôlée », affirme Sophie Brilland. Elle souligne que « les niveaux d’hémoglobine au sevrage sont très dispersés au sein des élevages et entre élevages ». Le faible nombre d’élevages où le niveau de maîtrise est bon (7 sur 39) n’a pas permis aux auteurs de cette étude d’identifier les stratégies de distribution à succès.

 

 

 

Plus grande variabilité avec la forme orale

Une seconde étude publiée dans Cooperl Mag d’octobre 2021 aboutit aux mêmes conclusions. Elle met en évidence « une plus grande variabilité individuelle avec le fer oral par rapport aux fers injectables ». Dans cette étude, 16 % des porcelets ayant reçu du fer oral sont anémiés, contre 4,5 % avec du fer injectable. Elle met en évidence l’influence des bonnes pratiques de distribution, avec une meilleure assimilation quand le fer oral est distribué sur un tapis, avec une ou deux distributions de plus. « Ce ne serait donc pas le type de fer qui serait le facteur limitant, mais plutôt la manière dont il est mis à disposition », souligne Élisabeth Chabeauti, vétérinaire Selas Hyovet. Elle préconise d’évaluer régulièrement le statut en hémoglobine des porcelets au sevrage pour suivre l’assimilation du fer, « même si tout va bien », notamment dans le cadre de l’utilisation d’un fer oral. Ce test se fait rapidement en élevage avec un appareil portable sur une goutte de sang prélevée à l’oreille du porcelet.

(1) AFMVP : Association française de médecine vétérinaire porcine

« Je suis revenu au fer injectable »

La détection de porcelets anémiés au sevrage a incité le responsable de l’EARL Emily à remplacer le fer oral par du fer injectable. Pratique d’autant bien acceptée que la solution choisie se combine avec un anticoccidien.

 

 
Depuis deux ans, Erwan Le Gall, responsable de L’EARL Emily (29) est repassé au fer injectable afin d’être certain que chaque porcelet ait bien reçu ce minéral essentiel à sa bonne santé. © B. Plesse

 

« Depuis que l’élevage est repassé à un fer injectable, nos porcelets ont gagné 500 g au sevrage à 21 jours », constate Erwan Le Gall, responsable de l’EARL Emily dans le Finistère. Suite à la volonté de gagner du temps pendant les soins par une injection en moins, les salariés de l’élevage ont distribué, pendant quatre ans, du fer oral aux porcelets à la naissance. Et ce n’est qu’il y a deux ans que, sur les conseils de leur vétérinaire de l’Élorn, Wouter Stynen, cette pratique a été totalement arrêtée pour repasser à l’injection. « On constatait que, sur une bande, 6 % des porcelets étaient, en moyenne, anémiés au sevrage. Cela jouait forcément sur les performances de croissance et sur le bon démarrage en post-sevrage. Il fallait donc que l’on sécurise la bonne administration du minéral », analyse Erwan Le Gall. Ce retour à l’injectable a été d’autant bien pris par le personnel que le produit proposé se combine avec un anticoccidien. « Jusqu’à peu, nous traitions ce parasite intestinal par une solution en droguerie dans la bouche du porcelet à deux jours de vie », détaille le responsable.

Le surcoût relativisé par les gains techniques

Ainsi, désormais, les salariés de l’élevage disposent d’un produit tout en un qui, au final, ne demande pas plus de temps. « Nous l’administrons lors des soins aux porcelets. Ainsi pour la main-d’œuvre, tout est regroupé. » Reste le problème de l’utilisation de l’aiguille, propice au développement de l’arthrite. Pour l’éviter, le personnel applique les recommandations à la lettre, c’est-à-dire : administrer le produit 24 heures minimum après la naissance, utiliser une aiguille adaptée à l’âge de l’animal et la changer à chaque portée, piquer au bon endroit et ne pas injecter trop vite. Quant au coût de 30 % plus cher que les solutions initiales, il est à relativiser avec les gains techniques engendrés et surtout l’assurance d’avoir administré le fer à tous les porcelets. « Globalement, on observe que les animaux ont plus de vigueur après l’injection, que leur tube digestif est moins fragile au sevrage avec en plus un meilleur démarrage alimentaire. Pour preuve, nous avons fait un gain minimum de 100 euros par bande en antibiotique et gagné 4 kilos par porcelet à 70 jours de vie », assure Erwan La Gall. Et de poursuivre : « Bien sûr tous ces bons résultats se combinent avec d’autres changements, mais notre nouveau protocole reste l’une des raisons majeures ».

Avis : Wouter Stynen, vétérinaire de l’Élorn (29)

Fer + anticoccidien : une solution deux en un efficace

 

 
Wouter Stynen, vétérinaire de l'Élorn. © B. PLesse

« Le fer oral est généralement développé dans les élevages qui sont confrontés à des problèmes d’arthrite. Mais, s’assurer d’une bonne administration généralisée est plus compliqué. À cela peuvent s’ajouter des problèmes de coccidiose dans l’exploitation. Dans ce cas, je préconise d’office l’injection qui combine les deux solutions (fer + anticoccidien). Le coût d’achat est certes plus élevé, mais à terme, cela coûte moins cher que des porcelets avec des problèmes de croissance. »

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