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La conduite des élevages de porcs doit s’adapter aux températures élevées

L’équipe technique et vétérinaire de Rezoolution met en avant cinq points de vigilance à prendre en compte dans la façon de gérer ses bâtiments et son troupeau pour bien passer le cap des coups de chaleur.

L’expérience de l’été 2019 avec ses deux épisodes de canicule va beaucoup compter dans les mesures à mettre en place en élevage pour contrer les prochains coups de chaleur qui ne manqueront pas d’arriver.

En savoir plus : Retrouvez tous nos articles sur la gestion des coups de chaleur 

En associant les compétences zootechniques et vétérinaires, l’équipe de la nouvelle société de conseil Rezoolution dresse un check-up complet pour bien se préparer quand de tels épisodes météorologiques surviendront.

1- Tout miser sur la prévention

L’été 2019 a mis en évidence des points de vigilance parfois inédits. « Nous avons constaté une rangée de truies particulièrement affectées par la chaleur, à cause d’une exposition directe au soleil, se souvient Valérie Normand. Les fenêtres exposées au sud doivent être occultées pour éviter les rayons directs. » On peut également envisager une augmentation des vitesses d’air au niveau des groins des truies en maternité, si le système de ventilation le permet. La mise en place de point d’abreuvement pour les systèmes d’alimentation en soupe apporte une sécurité supplémentaire : elle est réglementaire et très utile en période de canicule. À défaut, de l’eau en permanence dans les auges est conseillée, y compris la nuit. Et quel que soit le système d’alimentation, les repas doivent être distribués aux heures les plus fraîches, avant 12 heures ou après 20 heures. « Il faut aussi éviter les repas uniques. » L’hyperventilation (augmentation de la fréquence respiratoire) liée à la chaleur peut provoquer chez l’animal une alcalose respiratoire. Ce phénomène se traduit par une hausse du pH du sang qui provoque, en cascade, des troubles métaboliques telle qu’une acidose musculaire. Si le phénomène dure dans le temps, une déminéralisation osseuse est également observée. La prévention consiste à faire des apports de bicarbonate dans l’eau (3 grammes pour 100 kilos de poids vif par jour dès le début de la canicule). En cas de fièvre, des antipyrétiques peuvent être administrés au cas par cas. « La corticothérapie (dexaméthasone), bien qu’historiquement conseillée, ne fait plus partie des bonnes pratiques de traitement », indique Valérie Normand.

2- Éviter une augmentation prolongée de la température

« Une augmentation transitoire de la température des salles est relativement bien tolérée par les animaux. Mais les pics de mortalité surviennent quand ils n’ont pas de répit la nuit », constate Justine Jeusselin. Elle souligne que les conséquences négatives des fortes chaleurs sont rapides. « En maternité, elles s’observent dès 24-25 °C. » Une vigilance particulière doit être apportée en maternité. « Il faut éloigner au maximum les lampes de la tête des truies pour réduire au maximum la température ressentie. » La présence d’un nid à porcelet apporte un réel avantage dans la gestion des températures. « On peut chauffer localement les porcelets tout en limitant l’élévation de la température de la salle. »

3- Vérifier les débits maximums

Les systèmes de ventilation des salles sont généralement bien dimensionnés lors de leur conception. Cependant, il arrive qu’au fil du temps, leur débit diminue. Plusieurs causes à cela. Les entrées d’air peuvent être modifiées ou encrassées. En prévision de la canicule, le dimensionnement des entrées dans le bâtiment et dans les salles doit être vérifié. L'encrassement des ventilateurs et/ou de la gaine d’extraction peut aussi altérer le débit. « Les pales doivent être nettoyées et leur usure contrôlée à chaque vide sanitaire », conseille Céline Chevance. Les ventilations centralisées peuvent aussi connaître des problèmes de débit réduit. La poussière peut s’humidifier et s’accumuler sur les trappes de sortie régulées. « La section de sortie est ainsi diminuée, constate-t-elle. Il faut régulièrement passer dans la gaine d’extraction centralisée pour les nettoyer, même si cela n’est pas très agréable. »

Le fonctionnement des ventilations en extraction basse est aussi parfois altéré par les animaux qui se couchent sur les caillebotis, en fin d’engraissement notamment. Il n’y a plus de surface suffisante pour extraire l’air. La solution consiste à aménager une trappe dans la cheminée d’extraction sous le ventilateur. Céline Chevance souligne que pour des bâtiments grand volume, on peut se permettre d’avoir des débits maxi bien supérieurs aux recommandations françaises. Elle fait remarquer que les normes maxi au Québec sont de 680 mètres cubes par truie et par heure (m3/t/h) en maternité, contre 250 m3/t/h en France. En engraissement, elles sont de 170 m3/porc/h (65-70 m3/h en France) !

4- Attention à une hygrométrie excessive

Pour le porc, la fourchette optimale d’hygrométrie se situe entre 60 et 80 %. L’équipement d’un cooling doit être envisagé dès la construction du bâtiment car sa mise en place est compliquée lors d’une rénovation. C’est de notre point de vue le système à privilégier pour lutter contre la chaleur que ce soit pour les verrats, les truies ou les engraissements. Pour un bâtiment existant, la brumisation sera généralement plus facile à mettre en œuvre. « Les éleveurs plébiscitent le cooling et la brumisation en période de chaleur », constate Valérie Normand. Cependant, si l’air sature en eau par une humidification excessive, les animaux ne peuvent plus évacuer la vapeur d’eau émise par les poumons, alors qu’elle est nécessaire à l’échange gazeux et à la lutte contre le chaud. « Dans ces conditions, ils ne peuvent plus s’oxygéner. Ils s’étouffent », met en garde la vétérinaire. Les porcs qui meurent d’un excès d’hygrométrie présentent souvent de la mousse sanguinolente au groin, et des rougeurs aux extrémités (pointes des oreilles). À l’autopsie, on observe un œdème des poumons. Pour éviter un excès d’hygrométrie dans la salle, la vétérinaire préconise de coupler une sonde d’hygrométrie à l’équipement d’humidification. Elle peut gérer l’appareil de deux manières : soit en le mettant en défaut dès que l’hygrométrie dépasse 70 %, soit en modulant la durée des séquences d’humidification selon l’hygrométrie. À défaut de cooling ou de brumisation, la perte de chaleur des truies par convection peut être augmentée par la mise en place d’un système de goutte à goutte au niveau de leur nuque.

5- Vigilance après les coups de chaleur

La qualité de la semence des verrats (motilité, morphologie) se dégrade pendant les cinq semaines qui suivent un pic de chaleur. La concentration en spermatozoïdes de l’éjaculat diminue jusqu’à sept7 semaines après. « Des apports en minéraux et en vitamines sont recommandés pour atténuer les problèmes de reproduction », conseille Céline Chevance. Ces apports sont aussi utiles aux truies en prévention des troubles reproductifs et de déminéralisation osseuse. Leur état d’engraissement doit également constituer un point de vigilance. « Durant l’été 2019, les truies ont beaucoup maigri dans les élevages les plus exposés à la chaleur. Des cas de truies anémiées ont aussi été relevés. Les performances de ces animaux au cours du cycle suivant se sont dégradées. La perte d’état lié à une consommation réduite durant les périodes de chaleur doit impérativement être compensée pour maintenir intact le potentiel de production de la truie. »

Évolution des mortalités durant une semaine estivale

La mortalité des truies augmente lorsque la température maximale s’élève et que dans le même temps, le minimum reste élevé.

 

 
Source : Étude canadienne sur 30 000 truies.

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