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Déterminer le profil de croissance des porcs pour optimiser l’indice

Les nutritionnistes d’Eureden ont développé une approche alimentaire en engraissement basée sur le profil de croissance potentiel des porcs de l’élevage.

Comment expliquer que certains éleveurs obtiennent d’excellents résultats en alimentation à volonté, et que d’autres atteignent les mêmes performances avec une alimentation rationnée ? Pourquoi un programme basé sur la notion de croissance compensatrice peut aboutir à des performances au moins équivalentes à un programme alimentaire basé sur l’adéquation stricte entre les apports et les besoins théoriques des animaux en croissance ? Avec la fusion de Cecab et de Triskalia et de tout leur historique respectif, les nutritionnistes de la nouvelle entité Eureden ont mis leur savoir-faire en commun pour aboutir à une nouvelle approche alimentaire permettant de répondre à ces questions. « Nous sommes partis du principe que chaque élevage est un cas particulier », explique Thierry Solignac, responsable nutrition monogastriques d’Eureden. « À partir de sept critères collectés auprès de l’éleveur, nous définissons le profil de croissance potentiel de ses animaux, afin de lui proposer le programme alimentaire spécifique. » Ces critères caractérisent les conditions d’élevage (densité dans les cases), le potentiel génétique des animaux (type génétique mâle), leur statut sanitaire (sensibilité digestive en début d’engraissement), et les apports nutritionnels (aliment à base de maïs vs aliments complets). Les trois critères sont le reflet de leurs performances (vitesse d’ingestion en fin d’engraissement, consommation journalière moyenne, et épaisseur de gras G3 rapporté au poids de carcasse).

Quatre profils de croissance

À partir d’une analyse des résultats de 60 bandes de porcs charcutiers collectés en élevage (moitié sec et moitié soupe), les nutritionnistes ont défini quatre profils de croissance basés sur deux axes : la précocité et la persistance. « Les porcs d’un élevage ayant un profil précoce optimisent très bien un plan d’alimentation poussé en début d’engraissement », détaille Bleuenn Lahuec, responsable nutrition Eureden dans le Finistère. « En revanche, les profils tardifs nécessiteront d’être rationnés en début d’engraissement, avec un aliment pas trop concentré. Leur croissance pourra être libérée en seconde partie d’engraissement. » Cette notion de précocité est complétée par la persistance, qui définit la capacité des animaux à prolonger dans le temps leurs performances de croissance. Ces données sont regroupées dans une application appelée Profiléo créé par le service nutrition d’Eureden. Elles permettent au final de proposer un programme alimentaire choisi dans la gamme d’aliment Eureden, accompagné d’un plan d’alimentation type. « Cette approche nous a permis de sortir d’un schéma binaire qui opposait deux stratégies alimentaires différentes », résume Alban Berthelot, du service nutrition porc Eureden. « Elle donne un support au technicien aliment de l’élevage pour choisir, à partir d’une collecte simple de données, le programme alimentaire correspondant au potentiel des animaux. »

Des porcs charcutiers précoces au lycée agricole La Touche

Les porcs charcutiers du lycée agricole La Touche alimentés à la soupe ont indéniablement un profil précoce qui leur permet de valoriser un programme alimentaire poussé dès leur entrée en engraissement. « Nous démarrons la courbe de rationnement à 48 grammes par kilo de poids vif avec une modulation de 70 % sur cinq jours », explique Éric Chapel, le responsable de l’atelier porcin du lycée. La progression journalière est ensuite fixée à 30 grammes par jour, « avec très peu de modulations, sauf lors des passages grippaux ». Le plafond est fixé à 2,5 kilos d’aliment par jour. Le menu est constitué d’un aliment nourrain (Precy prim néo) jusqu’à 35 kilos. Il est suivi d’un aliment croissance (Vita perf néo) de 35 à 65 kilos, puis d’une finition unique jusqu’à l’abattage (Alti élite neo). Ce programme alimentaire permet d’atteindre un GMQ corrigé de 895 g/ramme pr jour et un indice de consommation corrigé de 2,52 (mâles castrés), pour une consommation moyenne quotidienne de seulement 2,13 kilos. Éric Chapel énumère les points qui expliquent ces excellentes performances. « Dans un premier temps, nous avons amélioré le sanitaire digestif en début d’engraissement en repoussant l’âge au sevrage de 21 à 28 jours, explique-t-il. Cela a permis d’augmenter la durée du vide sanitaire d’une semaine. » Le chef d’élevage souligne également l’intérêt de la miette qui a supprimé les problèmes d’entérotoxémie. En termes de conduite d’élevage, il se refuse à surcharger les cases avec des porcelets surnuméraires. Il accorde aussi un soin particulier au lavage-désinfection des salles. Elles sont préchauffées avec un générateur d’air chaud une journée avant l’entrée des porcelets. Pour la surveillance des animaux, Éric Chapel passe une fois par jour dans les salles environ 10 minutes avant le repas du matin. « L’objectif est d’avoir des auges vides. Peu importe la durée de consommation des repas durant la journée. »

Durant leur visite d’élevage, Alban Berthelot et Loïc Guihard, technicien Eureden, se sont posés la question d’accroître la persistance du programme alimentaire en augmentant le plafond d’alimentation. « D’une part, nous avons un index G3 de 94 % qui signifie que les animaux moins couverts que la moyenne Uniporc. Par ailleurs, la CMJ n’est pas très élevée et la génétique (Piétrain Axiom) a le potentiel de consommer plus ». En revanche, le chargement un peu trop élevé des porcs dans les cases limite leur potentiel de croissance. Le chef d’élevage émet aussi un doute sur la vitesse d’ingestion des repas qu’il n’a pas évalué précisément. « L’approche Profiléo laisse entrevoir des objectifs de croissance supérieurs, mais les évolutions doivent se faire progressivement pour ne pas déséquilibrer la conduite d’élevage » conclut Alban Berthelot.

Profiléo validé chez Jean-Yves Corbel

Éleveur à Plomeur dans le Finistère, Jean-Yves Corbel est la cheville ouvrière de l’application Profiléo. Son élevage a été équipé en 2018 et 2020 de quatre balances de pesée Pig Scale qui contrôlent en continu, chaque jour, le poids de deux bandes pendant toute la durée de l’engraissement. Ces données sont comparées systématiquement au niveau de la consommation moyenne journalière, du gain de poids et de l’efficacité alimentaire et enrichissent l’application.

Profiléo met clairement en évidence le lien entre indice et densité : l’IC est réduit de 0,15 pour un chargement par porc supérieur à 0,70 m2. Par manque de place, Jean-Yves Corbel se situe à 0,67 m2 par porc. Sur les conseils de Bleuenn Lahuec, il a mis en place un plan d’alimentation tardif du fait d’un poids léger des porcelets à la mise à l’engraissement et d’une sensibilité digestive. Le nombre de kilos vifs produits atteint cependant 3 500 kilos par truie. Conscient de l’intérêt d’une densité plus faible, il réfléchit à baisser légèrement son nombre de truies. La collecte se poursuit aujourd’hui dans son élevage « pour affiner le conseil en recherche de performances », conclut Bleuenn Lahuec.

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