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Supprimer les loups gênants pour stabiliser les attaques

Aux États-Unis, le programme de restauration des loups inclut le contrôle létal des loups « à problème ». Les attaques de troupeaux semblent stabilisées.

Pour protéger les élevages et le gros gibier aux États-Unis, les loups ont été chassés sous l’autorité de l’administration dès le début du XXsiècle et ont fini par être éliminés dans les années 1930. En 1974, le service fédéral de la pêche, de la faune et de la flore est chargé de la restauration de l’espèce dans les trois états du nord des Rocheuses : le Montana, l’Idaho et le Wyoming, où se situent notamment les 9 000 km2 du parc national de Yellowstone. Longuement négociée, l’opération consiste à créer trois aires de restauration hébergeant au moins 100 loups, puis à accompagner la gestion de l’espèce par les États, une fois le loup sorti de la liste des espèces en danger d’extinction. Originaires du Canada limitrophe, les loups s’installent en 1995-1996 par retour naturel et suite à des captures et relâches d’individus dans des habitats très favorables. La restauration est très vite une réussite suivie de très près. Dès 2002, l’effectif est au moins de 650 loups, soit plus du double de l’objectif annoncé et en 2009, les loups sont au moins 1 700 et ont diffusé largement dans les trois États.

L’élevage dans le Nord des Rocheuses est essentiellement constitué de grands troupeaux de bovins viande, avec d’immenses pâturages de propriété fédérale. Ils mobilisent un personnel important pour la gestion des parcs et de l’eau mais aussi la protection contre les ours ou le lynx. L’élevage ovin, notamment transhumant, a régressé au cours du XXsiècle du fait de la baisse du cours de la laine et de la réaffectation de terrains à l’élevage bovin. On ne compte plus que 825 000 brebis en 2015 dans le nord des Rocheuses. Au fil des années, la prédation par les loups progresse parallèlement à leurs effectifs, mais à un niveau plus faible que dans d’autres pays comme la France. À partir de 2006, les pertes annuelles enregistrées semblent relativement stabilisées autour de 180 bovins et seulement 250 ovins. La prédation apparaît facilitée par la conjonction entre calendrier des naissances, topographie et comportement migratoire des ongulés sauvages où le bétail est particulièrement exposé au printemps, saison des mises bas.

Les associations pro-loups contribuent aux indemnisations

La loi fédérale considère que les dommages créés par une espèce protégée ne lui incombent pas : c’est à l’éleveur de protéger son troupeau. Cependant, dès le début de la restauration, les associations pro-loups s’alarment des risques d’autodéfense et de braconnage. En particulier, Defenders of Wildlife lance dès 1995-1996 un appel aux dons et réunit 100 000 dollars pour dédommager les éleveurs après vérification des causes de mortalité par des agents assermentés. Les années suivantes, la même association s’investit dans la conception et l’aide au financement privé de techniques de protection. En 2014, pour les trois États concernés, l’indemnisation des pertes et l’aide aux mesures de protection ont coûté 244 300 euros abondés par les États et les associations.

Dès l’origine, la loi fédérale charge le service de la pêche, de la faune et de la flore d’assurer un « contrôle ciblé des loups et meutes à problème », prioritairement ceux connus pour s’en prendre au bétail domestique. Il s’agit, en première instance, de les capturer pour les placer dans le Parc national ou d’autres espaces sans bétail. À défaut, leur élimination par tir létal ou piégeage est possible, par des gardes assermentés ou des éleveurs ayant subi des attaques sur autorisation. Ce qui fut fait dès 1996, les captures se révélant coûteuses et inefficaces. Les éliminations progressent avec l’expansion des loups. Précisément ciblées et répertoriées, elles affectent chaque année, sauf exception, environ 15 % de la population, soit 260 à 270 loups. En 2009, année record pour la prédation, 25 meutes sur 267 furent éliminées. Ces interventions visent à réduire l’hostilité des éleveurs et des chasseurs et le risque de braconnage. En supprimant les loups « à problèmes », il s’agit de protéger les chances de survie des autres.

Les loups inclus dans les plans de chasse de deux États

Dès 2000, sous la pression des trois états des Rocheuses du Nord, le service fédéral convenait que les effectifs et les fortes dynamiques positives des populations de loups autorisaient une protection allégée - par le passage du statut de « en danger » à « menacé » -, voire la perspective de les sortir de la liste des espèces protégées. Cependant, les actions judiciaires des associations pro-loups mirent en échec les propositions de déclassement. Bloqué au Wyoming malgré de vastes surfaces agricoles où le loup serait « nuisible », le déclassement a été obtenu par le Montana et l’Idaho en 2011. Dans ces deux États, le loup est devenu une espèce chassable mais avec une réglementation minutieuse. Les quotas de prélèvement de loups sont rares et très recherchés par les chasseurs. Cependant, en fin de saison, de nombreuses autorisations n'ont pas été honorées, signe que le loup n'est pas facile à tirer…

Attention à ne pas sacraliser le loup

David Mech, chercheur de terrain et expert du comportement du loup, met en garde ses collègues scientifiques : « n’exagérez pas les avantages pour la biodiversité et évaluez les contreparties de la réintroduction des loups ». Au Yellowstone, elle devait réduire la prolifération des wapitis et, en les éloignant des « paysages à risque », provoquer une cascade d’effets positifs à commencer par la recrudescence des saules et des bouleaux. Or, s’il y a moins de wapitis depuis l’arrivée des loups, il semblerait que bien d’autres raisons soient en cause et la cascade de conséquences positives est également discutée. L’engouement du grand public et la faveur des financeurs poussent à des jugements de valeurs et à des généralisations infondées. Danger !

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