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Dossier Pastoralisme
« Mes brebis trouvent leur équilibre dans les parcours »

Lilian Boulpiquante élève 800 brebis Blanche des Causses dans le Lot, avec son frère. La création d’une association foncière pastorale il y a six ans leur a permis d’accéder à des surfaces supplémentaires, tout en apportant de nombreux bienfaits au territoire.

« L’association foncière pastorale m’a apporté une nouvelle approche du pâturage» Installé en Gaec avec son frère depuis 2010 à Varaire, dans le Lot, Lilian Boulpiquante élève 800 brebis Blanche des Causses et commercialise ses agneaux en Label rouge Agneau du Quercy. L’exploitation pourvoit seule à toute l’alimentation des brebis mères, grâce à ses 80 hectares de prairies, 25 hectares de céréales et… 200 hectares de parcours.

« Les parcours commencent à être pâturés à partir de mai, et ce jusqu’à l’automne. » Des espaces qui avaient tendance à être surpâturés : « On faisait deux ou trois passages par an, la végétation n’avait pas le temps de se régénérer », déplore Lilian. Mais la création d’une association foncière pastorale (AFP) il y a six ans lui a permis d’accéder à 30 hectares de parcours supplémentaires. « C’était un vrai coup de pouce. Aujourd’hui, nous sommes plus sereins sur la gestion du pâturage. Nous ne faisons plus qu’un seul passage»

Une initiative communale

L’AFP a été lancée par les communes de Crégols et Lugagnac, confrontées à l’embroussaillement de leur territoire. « Il n’y a quasiment plus d’agriculteurs sur ces communes », fait remarquer Lilian. L’objectif de l’association : rouvrir les milieux pour entretenir les paysages, lutter contre le risque d’incendie, et retrouver de la biodiversité.

Après dépôt de la demande auprès du parc naturel régional des Causses du Quercy, une étude a été conduite pour trouver tous les propriétaires de foncier abandonné sur les deux communes. « C’est un foncier très morcelé, explique Lilian. Plus de 300 propriétaires de terres inexploitées ont été identifiés. L’AFP s’est finalement constituée avec 100 propriétaires sur un total de 320 hectares. »

La clé : un plan de gestion écopastoral

Les cinq éleveurs impliqués dans le projet ont monté une association qui mutualise les aides PAC et verse un loyer symbolique à l’AFP. Cette dernière a touché autour de 200 000 euros d’aide publique pour remettre en état les parcelles et les clôturer avec du grillage. « Certains parcs étaient tellement embroussaillés que nous avons dû faire passer une débroussailleuse pour faciliter le premier passage des animaux. » La chambre d’agriculture a évalué les besoins en pâturage de chaque exploitation et a identifié la faune et la flore présentes dans les parcours.

 

 

 

Sur cette base a été élaboré un plan de gestion écopastoral, un outil désormais incontournable pour Lilian. Les périodes de pâturage définies par le plan concilient au mieux les cycles de vie de la faune et de la flore, et les besoins des éleveurs. Le plan est réévalué tous les deux ans à la marge, pour s’adapter aux contraintes grandissantes exercées par la sécheresse.

Adopter de bonnes habitudes de pâturage

La mise en place du plan écopastoral a poussé Lilian à s’intéresser de plus près aux végétaux de ses parcours. « Certaines plantes sont invasives. On peut forcer les brebis à les manger en augmentant la pression de pâturage. Par exemple, en les laissant plus longtemps sur le parcours. » Pour obliger les brebis à se déplacer et à utiliser l’intégralité des parcours, Lilian dispose l’eau, le sel et les minéraux à des endroits opposés.

Et pour leur faire adopter de bonnes habitudes de pâturage, Lilian sort ses jeunes brebis au plus tôt sur les parcours. Il varie les parcelles pour les forcer à « goûter à tout », une aptitude renforcée par le côté rustique des Blanche des Causses, issues d’un croisement entre les races Causse du Lot et Île-de-France.

Un menu varié pour les brebis

« Dehors, les brebis trouvent toutes seules un équilibre naturel. Par exemple, en pâturant, elles arrachent la mousse du sol et favorisent la pousse de l’herbe. » Outre l’herbe, les brebis sont friandes de lierre, de pousses tendres de genévrier et même de ronces. La densité des arbres est au cœur de cet équilibre. Moins d’arbres, et la pousse de l’herbe est meilleure. Mais pendant les sécheresses, qui se font plus fréquentes et intenses, les parcs avec davantage d’arbres sont un vrai atout. « Les brebis se réfugient à l’ombre et consomment les feuilles, surtout celles du cornouiller sanguin. » À l’automne, les brebis se jettent sur les glands, « un super aliment », mais à consommer avec modération face au risque d’intoxication.

Pour entretenir les parcelles les plus ouvertes, l’intervention de Lilian est parfois nécessaire : un passage de gyrobroyeur permet de couper les repousses de chênes et de ronces. Quant à l’abreuvement, il se fait grâce à des tonnes à eau. En période de sécheresse, le suivi de la consommation en eau est crucial : « Elle peut aller du simple au double. » Pour l’instant, le loup n’est pas présent dans la zone, mais l’élevage de Lilian subit tout de même une à deux attaques de chien par an.

Recréer une dynamique sociale

« Ceux qui étaient sceptiques au début du projet se réjouissent maintenant de retrouver les paysages d’avant. C’est très gratifiant », affirme Lilian, tout sourire. La création de l’AFP a aussi permis de donner un nouveau souffle à la vie des deux communes. Depuis quatre ans, une fête de la transhumance est organisée au mois de mai autour des pratiques de l’élevage ovin. « Ça permet de recréer une dynamique dans les villages, de regrouper les gens tout en faisant découvrir le pastoralisme. »

Un croisement terminal avec une race bouchère

Les 800 brebis sont réparties en quatre lots, avec trois agnelages en deux ans. Leur système est accéléré : les brebis simples en bon état corporel sont remises à la reproduction dès 100 jours. Les frères Boulpiquante commercialisent 800 à 1 000 agneaux par an via la coopérative Natera, en Label rouge Agneau du Quercy, qui impose que l’agneau soit abattu à l’âge minimum de 70 jours.

Leurs brebis Blanche des Causses sont saillies par des béliers berrichon du Cher, vendéen ou suffolk, pour des agneaux bien conformés, à croissance plus rapide. « Nous rencontrons des difficultés avec nos béliers. Les berrichons du Cher ont des problèmes à la mâchoire et se nourrissent mal, et les vendéens sont petits et vieillissent mal. Nous espérons avoir de meilleurs résultats avec les suffolks que nous testons en ce moment. » À l’avenir, Lilian aimerait améliorer la prolificité de son troupeau.

 

 

 

Foin et orge en hiver

Foin, orge et enrubannage de ray-grass et de trèfle composent la ration des brebis en bergerie. La réalisation systématique d’un constat de gestation avec dénombrement permet à Lilian d’adapter la ration : les brebis simples reçoivent du foin de première coupe et 300 grammes d’orge, les brebis doubles, du foin de deuxième ou troisième coupe et 600 grammes d’orge, tandis que les brebis en lactation ont du foin de deuxième coupe et de l’enrubannage. L’aliment agneau est acheté, afin de coller au mieux au cahier des charges du Label rouge, tout comme l’aliment des 150 agnelles de renouvellement, achetées chaque année.

 

 

 

Chiffres clés 2025

 

  • Prolificité 1,5
  • Mortalité 15,4 %
  • Fertilité 1,4
  • Marge brute/brebis 149 €
  • Marge brute/produit brut 57 %
  • Résultat/produit brut 15 %

 

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