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Le métier de berger nécessite compétences et savoir-faire

Non, le berger ne mène pas une vie contemplative d’un gardien passif de troupeau. Le métier de berger suppose des compétences techniques dans bien des domaines.

Responsable du troupeau qu’on lui confie et de la ressource qu’il a à sa disposition, le berger doit savoir gérer la végétation (afin de ne pas compromettre son renouvellement) tout en offrant aux animaux une ration alimentaire de qualité, en quantité suffisante. Il doit sans cesse réévaluer l’état de la ressource afin de modifier en conséquence son circuit pâturage et le temps passé dans chaque secteur. Comme le décrit Michel Meuret, chercheur à l’Inra (1), l’art du berger réside dans sa capacité à bien évaluer la disponibilité en herbe (les « jours d’avance ») et la consommation qu’en fera le troupeau. Appréciation qui s’appuie sur l’expérience mais aussi sur une connaissance fine de la végétation, plus particulièrement des espèces fourragères, et du comportement alimentaire des brebis.

Outre une gestion de la végétation à l’échelle d’une saison de pâturage, le berger doit également être capable de savoir stimuler l’ingestion quotidienne des animaux qu’il conduit. Pour cela, son circuit est généralement construit de manière à fractionner l’accès à différentes ressources végétales complémentaires, favorisant ainsi l’ingestion. « Le berger est un véritable chef-cuisinier », décrit Michel Meuret dans la méthode Menu qu’il a élaborée sur la base d’expériences de bergers(2). À cela, viennent parfois se superposer des enjeux environnementaux qui fixent des exigences supplémentaires d’utilisation du milieu (niveau de raclage, périodes de pâturage dans le cadre de MAE par exemple) que le berger devra savoir accorder avec sa gestion quotidienne.

Connaître et anticiper le mouvement du troupeau

Conduire un troupeau pouvant atteindre jusqu’à 2 500 têtes est un équilibre subtil entre « mener » et « suivre ». Pour ne pas interrompre l’ingestion des animaux, il faut les déranger le moins possible et pour cela savoir se placer, placer son chien, prendre la décision d’intervenir… Mais surtout, c’est la compréhension et l’analyse du comportement du troupeau en fonction de la topographie de l’espace pastoral, de la végétation et du positionnement des différents points d’attraction (eau, sel, couchades…) qui va permettre au berger de prédire et d’anticiper les déplacements. Il est ensuite capable d’utiliser ces « biais » naturels, pour conduire son troupeau là où il le désire.

Premier infirmier de son troupeau

Avec un accès parfois difficile aux conseils et soins vétérinaires, le berger est le premier infirmier de son troupeau. Il doit non seulement avoir un sens de l’observation aiguisé, afin d’être capable de déceler les animaux malades au sein d’un troupeau qui peut parfois être de grande taille, mais il doit aussi être en mesure de porter le bon diagnostic sur les pathologies qu’il observe afin de pouvoir apporter les premiers soins.

(1) Des pratiques d’un berger expérimenté à la construction d’outils d’aide à la gestion d’alpages dans M. Meuret, Un savoir-faire de bergers, Éditions Quae
(2) Menu : séquencer l’offre pour stimuler l’ingestion dans M. Meuret, Un savoir-faire de bergers, Éditions Quae.

Le berger est médiateur de l’espace pastoral

L’espace pastoral étant souvent partagé, le berger doit savoir faire preuve de véritables aptitudes relationnelles pour dialoguer avec les différents usagers. Chasseurs, touristes, propriétaires, forestiers ou gestionnaires d’espaces naturels sont autant d’acteurs avec lesquels le berger aura à communiquer afin de trouver des compromis pour un usage partagé du territoire.

Le saviez-vous

Berger, un métier qui s’apprend !

Parce qu’être un bon berger ne s’improvise pas, des formations au métier de berger sont dispensées dans plusieurs établissements publics relevant du ministère de l’Agriculture afin d’acquérir ces compétences ou renforcer une expérience acquise sur le terrain. Elles contiennent des enseignements en zootechnie, pathologies vétérinaires, mais aussi sur le pastoralisme et la gestion du territoire. On dénombre quatre formations longues, toutes situées dans le sud de la France, qui comportent leurs spécificités en fonction du territoire auquel elles sont associées : la formation de berger salarié transhumant de l’école du Merle dans les Bouches-du-Rhône, la formation des pâtres de haute montagne en Ariège, la formation des bergers vachers transhumants des Pyrénées Centre et Ouest et enfin la formation berger-vacher d’alpage en Rhône-Alpes.

Avis de berger

"Un bon tremplin pour devenir éleveur"

« Je ne suis pas issu du milieu agricole, mais très jeune j’étais déjà passionné par les animaux et par les brebis, aussi je me suis tout de suite orienté vers l’école de bergers du Merle après mon bac. Au-delà des connaissances qu’elle m’a apportées, la formation m’a aussi permis de me créer un réseau et de me faire rapidement embaucher comme berger à l’année chez un éleveur. J’ai ainsi pu voir le déroulement de plusieurs cycles de production tout en participant activement à toutes les étapes : agnelage, garde sur les prés et en montagne, engraissement des agneaux… Puisque je le faisais tous les jours, je me suis dit : pourquoi ne pas le faire pour moi ? J’ai commencé à acheter mes premières brebis et petit à petit, j’ai augmenté mon cheptel et j’ai pu accéder à des terres en location, alors je me suis lancé ! Aujourd’hui, je suis un éleveur à part entière, même si je conserve mon métier de berger salarié l’été. » Clément Leboucher, éleveur-berger dans le Gard et berger salarié en Savoie

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