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La journée-type du berger en estives

Accompagné souvent de l’aide-berger, le berger commence tôt sa journée. Au rythme de la météo, il mène le troupeau dans la montagne. 

Une journée qui début tôt

Six heures, le réveil sonne. Au début de la saison, avec la chaleur, les brebis préfèrent manger « à la fraîche » et s’arrêtent aux heures les plus chaudes. Il ne faut donc pas traîner pour les lâcher. Je file libérer les chiens attachés pour la nuit devant la cabane. J’allume la radio pour écouter la météo du jour et j’avale un café tout en préparant mon sac pour la journée : un couteau, un pique-nique, une veste et un pantalon de pluie, un livre, une bouteille d’eau et quelques vêtements chauds. Car dès que le soleil se couche, ou en cas de mauvais temps, la température peut vite chuter en montagne. Alors mieux vaut prévoir, car rien de plus désagréable que de garder en ayant froid ou en étant mouillé. Et le temps peut changer tellement vite qu’il vaut mieux être trop prudent.

Inspection du troupeau

J’attrape mon bâton et mes jumelles, j’appelle mes chiens et, avec l’aide-berger, nous voilà en marche vers le parc de nuit où dorment les brebis à quelques mètres de la cabane, parfois plus loin selon les quartiers. Avant de partir pour la journée, nous faisons un tour du troupeau, pour repérer les éventuelles boiteuses, les brebis blessées ou malades sur lesquelles nous effectuons quelques soins. La pharmacie d’alpage est rudimentaire et contient les quelques remèdes essentiels pour parer au plus urgent. C’est surtout des boiteries que nous avons à traiter ou des blessures qui s’infectent à cause des mouches, parfois une patte cassée. En cas de pathologies plus graves, notamment des avortements (en fin de saison), il nous faudra alerter les éleveurs qui viendront récupérer leurs brebis et éventuellement décider d’un autre traitement avec le vétérinaire. Si nous jugeons que certaines brebis sont trop faibles pour suivre le troupeau, nous les laissons pour la journée dans un petit parc « infirmerie ».

Top départ !

Une fois le parc ouvert, nous donnons le biais au troupeau à l’aide des chiens, c’est-à-dire que nous nous donnons la direction de départ selon le circuit que nous avons décidé de faire pour la journée, et le quartier de pâturage vers lequel nous voulons aller. Généralement, une fois l’orientation donnée, le troupeau suivra plus ou moins toujours le même circuit, en fonction du relief et de la végétation.

Nous accompagnons ensuite le troupeau, en essayant de le dépasser sans le déranger afin d’aller leur distribuer leur dose de sel. Les sacs ont été apportés en début de saison par héliportage ou à dos d’ânes et ont été disposés dans des bidons étanches ou sous des rochers, à des points stratégiques de passage du troupeau. Il s’agit généralement de zones avec des pierres plates sur lesquelles on dispose des petits tas de sel autour desquels tout le troupeau pourra se répartir sans se bousculer.

Gérer le déplacement du troupeau 

Le reste de la journée consiste à gérer le déplacement du troupeau afin qu’il effectue le circuit de pâturage que nous avions prévu. Il s’agit alors d’éviter que les brebis n’aillent dans des zones qui sont destinées à être pâturées plus tard dans la saison, parfois de les contenir dans une zone qu’elles apprécient moins mais sur laquelle il est nécessaire que la végétation soit davantage consommée. Il faut également les empêcher de dépasser certaines limites pour éviter qu’elles n’aillent dans l’alpage du voisin, ou pire, se mélangent avec son troupeau ! Si le temps est pluvieux, venteux ou orageux, il faudra s’adapter, conduire son troupeau là où il pourra pâturer le mieux possible. Il faut aussi s’assurer que le troupeau reste bien solidaire, qu’aucun lot ne part dans une autre direction sans suivre le reste de ses congénères. Cela peut s’avérer délicat dans les zones boisées où il est difficile de voir l’intégralité d’un troupeau parfois très grand. Pour cela, nous nous aidons de brebis repères que nous comptons régulièrement durant la journée : les brebis noires, les brebis familières, celles qui portent des sonnailles bref, celles qui sont facilement repérables dans la masse. Les chiens sont des partenaires précieux pour la conduite quotidienne du troupeau. Ils sont le prolongement du berger et nous évitent de nombreux kilomètres. Ils sont aussi des compagnons avec qui nous partageons notre quotidien, de véritables collègues de travail.

Un moment de répit : la chaume

Aux heures les plus chaudes, les brebis s’arrêtent à l’ombre d’un bosquet d’arbres si possible ou sinon se rassemblent pour abriter leur tête à l’ombre du poitrail de leur voisine. Elles s’arrêtent de manger pour ruminer et se reposer : c’est la chaume. C’est l’heure à laquelle nous pouvons manger, éventuellement faire une sieste à côté du troupeau car la journée finira tard ce soir. Les zones de chaumes sont généralement les mêmes d’année en année et sont connues des brebis. Si la cabane n’est pas trop éloignée, nous ramenons parfois les bêtes pour les parquer à proximité. En juillet, lorsque le troupeau est à une altitude plus basse, et la nuit tombe plus tard, cette pause peut durer jusqu’à six heures. C’est aussi un moment qui nous permet d’accomplir quelques tâches quotidiennes néanmoins indispensables : préparer le repas du soir, faire la lessive (à la main !), couper du bois, déplacer le parc de nuit… Mais plus la saison avance plus les journées et le temps de chaume se raccourcissent, nous restons donc généralement avec le troupeau afin d’être sur place lorsque les brebis repartiront pâturer.

Une journée qui finit tard

En période particulièrement chaude, les brebis auraient naturellement tendance à manger pendant la nuit, lorsque la température est plus supportable. Le retour quotidien en parc de nuit (du fait de la présence du loup) les en empêchant, il faut alors rester assez tard avec le troupeau avant de les rentrer. C’est le moment où nous estimons si l’objectif de la journée a bien été atteint : en observant la panse des animaux, il faut que celle-ci soit bien rebondie jusqu’à former une petite bosse sur le flanc. Dans ce cas, les brebis sont « pleines », et peuvent ruminer toute la nuit. Nous les enfermons dans des filets électrifiés avec les chiens de protection que nous nourrissons avant de laisser les brebis pour la nuit. Une légère appréhension est toujours palpable au moment de quitter le troupeau : la nuit va-t-elle bien se passer ? Qu’allons-nous trouver demain matin ?

Le confort de la cabane mais le stress du loup

Nous regagnons la cabane aux alentours de 22 heures. Aujourd’hui, beaucoup sont équipées de panneaux solaires, d’une douche et d’un poêle à bois, ce qui nous permet d’avoir un peu de confort après des journées parfois rudes. Il n’est pas rare que la nuit soit hachée, réveillés par des aboiements. L’hypothèse d’une attaque de loup traverse forcément l’esprit. Alors si les aboiements se font trop insistants, on se lève : il faut vérifier… Être berger en montagne, c’est aussi prendre la responsabilité d’un troupeau, le temps d’un été. Désormais aléatoires, imprévisibles, les attaques sont un élément supplémentaire à gérer. Et tout comme nous attachons de l’importance à redescendre de « belles brebis », qui ont bien profité de l’herbe des estives, essayer d’éviter les attaques de loup est aussi une mission que nous avons dû endosser. Et malgré notre présence quotidienne auprès du troupeau et la mise en œuvre des moyens de protection, personne n’est vraiment protégé, surtout de l’inquiétude permanente que cela entraîne…

Le saviez-vous

L’aide-berger

Pour la protection des troupeaux dépassant 1 200 têtes, les éleveurs ont la possibilité d’embaucher un aide-berger qui seconde le berger dans son travail quotidien. Il effectue les tâches relatives au surcroît de travail imposé par la mise en place et l’entretien des moyens de protection (chiens de protection, parcs de nuits). Il soutient le berger dans toutes les autres tâches quotidiennes : soins, ravitaillements, changements de quartier voire garde du troupeau « dans la mesure où elle est supervisée par le berger ou par l’éleveur ». Quand la cohabitation se passe bien, l’aide-berger est un soutien important, d’autant que la présence du loup impose une présence quasi-permanente auprès du troupeau.

(D’après Le Petit Manuel du Berger d’Alpage).

DICO

Le quartier

Le quartier est la zone de pâturage disposant de tous les éléments nécessaires à la vie du troupeau pendant une période de la saison (aire de repos, eau…). Le quartier d’août se situe généralement le plus en altitude.

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