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Guérir son troupeau du piétin, c’est possible en trois ans

Parmi les principaux défis sanitaires que l’éleveur ovin a à relever, figurent en bonne position les boiteries. Si celles-ci peuvent être dues à différents facteurs, le piétin (ou dermatite interdigitée contagieuse) en est la cause la plus fréquente, répandue et problématique. Les éleveurs manquent d’informations sur cette maladie et les conseillers en élevage se trouvent généralement dépassés par la situation pour proposer un suivi adéquat. Le projet Pactise, piloté par l’Institut de l’élevage, avait pour objectif de créer un protocole d’accompagnement visant l’éradication du piétin dans les troupeaux touchés.

En Haute-Vienne, Vienne et Lot, ce sont 70 % des élevages ovins qui sont touchés par le piétin.

Ces chiffres ont été établis par les équipes de Pactise, composées en grande partie de vétérinaires, avec la participation d’éleveurs et de conseillers ovins. Ce projet, conduit par l’Institut de l’élevage, s’est déployé sur trois ans, de juin 2018 à juin 2021. Il s’inscrit dans le cadre du plan Ecoantibio 2, visant à diminuer l’utilisation d’antibiotiques en élevage. « Nous nous sommes rendu compte que les éleveurs utilisaient déjà peu cette ressource médicamenteuse pour traiter le piétin, expose Myriam Doucet, coordinatrice du projet et vétérinaire à l’Institut de l’Élevage. Pour avoir encore moins recours aux antibios, la solution est de faire disparaître le piétin des élevages ovins. » Derrière ce vœu pieux, se cache une réalité plausible. Les Britanniques ont déjà mis en place des protocoles d’éradication du piétin de leurs cheptels et ceux-ci ont prouvé leur efficacité en quelques années.

Mais pour bien comprendre le sujet, il faut revenir un peu en arrière. Qu’est-ce que le piétin et à quoi le reconnaît-on ?

Le piétin est une dermatite infectieuse due à l’action conjuguée de deux bactéries : Dichelobacter nodosus, qui est l’agent pathogène, et Fusobacterium necrophorum, une bactérie que l’on retrouve dans le tube digestif des ovins. Cette dernière est donc très présente dans l’environnement d’un élevage ovin, notamment dans les fèces. F. necrophorum, couplée à un milieu humide et souillé, agit sur les onglons par production de toxines qui provoquent des lésions superficielles de l’épiderme interdigital. C’est dans cet environnement propice que D. Nodosus parvient à s’établir dans les parties molles du pied de l’ovin. L’onglon se déstructure petit à petit et dans les cas les plus sévères on note le déchaussement complet de celui-ci. Une fois les tissus profonds attaqués, F. necrophorum revient dans la partie et finit d’enflammer l’onglon, causant douleurs et sévères boiteries aux animaux touchés.

Au sein du projet Pactise, les éleveurs ont pu donner leur ressenti lorsque la maladie se déclare dans leurs troupeaux. Entre « je suis habitué, je vis avec », « j’ai baissé les bras » et « c’est un problème majeur de l’élevage ovin », le constat est là. Le piétin est assimilé à une pathologie particulièrement pénible et contraignante, mais dont on ne peut pas se débarrasser. Les éleveurs enquêtés ont pour la plupart expliqué qu’ils savaient diagnostiquer le piétin, mais qu’ils ne mettaient pas forcément de suivi individuel ou collectif pour enrayer la propagation de la maladie. Néanmoins, le piétin semble impacter davantage le bien-être de l’éleveur avec une perception forte de la pénibilité engendrée que les pertes économiques ou la productivité du troupeau. Un des éleveurs interrogés, dont l’anonymat reste préservé, résume la situation ainsi : « Il n’y a pas de méthode relativement simple. […] Il y a des stratégies, très compliquées à mettre en place, qui marchent à peu près. On s’est tous habitués à vivre avec. »

Pourtant, l’équipe de Pactise, en lien étroit avec les éleveurs et les techniciens, a établi un protocole, certes prenant et demandant de la rigueur, mais qui permettrait de sauver son troupeau du piétin en trois ans, en suivant cinq étapes.

Pactise, qu’est-ce que c’est ?

Pactise (pour Piétin ACTIon SEnsibilisation) est un projet financé par le plan Ecoantibio 2 (2017-2021) piloté par l’Institut de l’élevage et réunissant l’école vétérinaire de Toulouse, le Ciirpo, le GDS du Lot, le groupement vétérinaire 87 et le Pôle santé animale de l’Alliance Pastorale. Prévu sur trois ans, il a été déployé en Haute-Vienne et dans le Lot, les deux départements français ayant le plus de brebis allaitantes. La Vienne a également pris part aux travaux. Ses objectifs étaient d’établir un état des lieux des pratiques d’éleveurs confrontés au piétin et de construire avec les éleveurs et leurs conseillers des méthodes standardisées pour lutter contre la maladie. Une enquête a été conduite en ce sens auprès de 30 éleveurs ovins. Ces protocoles ont permis d’évaluer des changements de pratiques et/ou de perception de la maladie. Les supports sont en cours de diffusion à l’échelle nationale.

Tous les documents sont disponibles sur : idele.fr/detail-dossier/pactise-pietin-action-sensibilisation-1

côté éco

20 à 60 €/brebis/an

C’est le coût estimé du piétin en Grande-Bretagne. Aucune étude similaire n’existe en France aujourd’hui.

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