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EuroSheep teste et diffuse des solutions pour la rentabilité des élevages ovins

Lors de la journée technique de Paysat-Bas, l’Institut de l’élevage a présenté quelques solutions issues du réseau EuroSheep et testées actuellement en France.

« C’est comme un pistolet : il faut juste appuyer sur la gâchette. » Jeudi 10 novembre lors de la journée technique de Paysat-Bas en Haute-Loire, les participants ont découvert une technologie infrarouge portative pour évaluer la valeur nutritionnelle des fourrages. Cet outil est l’une des solutions qui ont été proposées par les éleveurs espagnols dans le cadre du projet EuroSheep, un réseau thématique autour de la rentabilité des élevages ovins via la gestion de la santé et de l’alimentation*. Les échanges ont permis l’émergence d’une centaine de solutions et de 52 « trucs et astuces » présentés par les différents pays (voir encadré). La France, comme chaque pays partenaire, a retenu dix solutions qu’elle jugeait intéressantes dans son contexte.

Évaluer le coût-bénéfice pour l’éleveur

« Nous avons identifié les besoins des éleveurs, nous avons regardé quelles solutions pouvaient y répondre et on a sélectionné celles qui nous paraissaient intéressantes en les adaptant au contexte si besoin – prix des matières premières, conditions climatiques, choix des races…, a rappelé Pierre-Guillaume Grisot de l’Institut de l’élevage, coordinateur du réseau EuroSheep. À présent, nous sommes arrivés à l’étape de tester ces solutions pour voir si elles sont acceptables et quels coûts-bénéfices les éleveurs en retirent, sachant que toutes ces solutions ont fait l’objet d’une analyse technico-économique et environnementale par les pays les ayant proposées. » Concernant le fameux « pistolet » IR portatif – qui n’a pas encore été testé en France mais qui le sera prochainement – l’intérêt est d’obtenir rapidement un grand nombre de résultats fiables. L’éleveur y gagne en autonomie et valorise mieux ses fourrages. Les gains se retrouvent aussi au niveau de la production, du bien-être et de l’image. Petit bémol : l’outil ne peut pas mesurer de mélanges (il faut un calibrage qui soit constant), doit faire l’objet de mises à jour et son coût est de 15 000 euros HT, donc à mutualiser.

Pâturer plus longtemps grâce au sulla

Autre solution testée en France et venue d’Italie : l’introduction dans les systèmes fourragers de sulla (sulla coronaria (L) medik), une légumineuse utilisée dans le bassin méditerranéen. Bisannuelle, elle demande à être inoculée mais permet de prolonger la durée de pâturage en fin d’été et en automne sans risque de météorisation et améliore donc la robustesse du système fourrager et l’autonomie de l’exploitation. Elle a été testée à la ferme expérimentale de Carmejane dans le sud de la France avec de bons résultats dès le premier automne et une herbe de qualité en termes de protéines. La France a aussi retenu et adapté une solution venue de Turquie pour sevrer progressivement les agneaux et limiter le stress : des nourrisseurs sont installés au pâturage plutôt que de rentrer brebis et agneaux chaque soir en bergerie pendant la lactation. Ce dispositif allège le travail et améliore les performances des agneaux. En outre, en période chaude, les brebis valorisent mieux l’herbe car elles commencent à pâturer à leur rythme.

Une autre solution en provenance d’Italie est celle de recommandations pour l’interprétation de la concentration d’urée dans le lait de brebis. L’idée est de se fixer des seuils : de 300 mg/l pour le taux le plus bas s’il n’y a pas de baisse de production à 500-550 mg/l pour le taux le plus haut s’il n’y a pas de problème métabolique détecté. En dehors de ces seuils et en cas de variations, l’éleveur peut modifier sa ration, les bénéfices étant une meilleure gestion en début de lactation.

Traiter seulement les ovins qui maigrissent

Concernant le parasitisme, dans l’objectif de réduire l’utilisation des anthelminthiques, une solution consiste à ne traiter que les animaux atteints qui sont identifiés grâce à leur poids, inférieur à leur poids cible. En France, cette solution a été adaptée sur les adultes uniquement - pour l’instant - avec comme indicateur l’indice de diarrhées et la note d’état corporel. Cela entraîne une diminution d’utilisation de vermifuges, une réduction des résistances, et un allègement du temps de travail, avec des effets visibles à moins de trois mois. Une autre solution a été testée avec des résultats plus ou moins satisfaisants : le pâturage tournant dynamique avec une rotation des parcelles tous les uns à trois jours. Le but est d’optimiser l’utilisation de l’herbe et sa qualité, d’allonger la saison de pâturage, d’améliorer les performances des animaux et de réduire les frais d’alimentation.

Pour un premier agnelage à un an

Enfin, la gestion des agnelles de renouvellement pour un agnelage à un an proposée par les Irlandais a été testée avec comme bénéfices attendus l’amélioration de la productivité de la brebis sur sa carrière et des brebis plus expérimentées à l’agnelage à deux ans. En France, l’idée a été d’avancer la mise en lutte en janvier pour des agnelles nées au printemps (habituellement mises en lutte en avril), avec au minimum 70 % du poids adulte atteint et l’utilisation d’un bélier vasectomisé à six mois d’âge. Les bénéfices ont été au rendez-vous : meilleurs résultats de fertilité, meilleure productivité du troupeau et donc meilleure efficacité alimentaire globale, et simplification du travail car les agnelles rejoignent plus vite le lot de brebis adultes. À noter que toutes les solutions mises en commun ont été traduites et sont en cours de publication sur le site eurosheep.network. Le projet entame sa dernière ligne droite avec un atelier international en Turquie fin novembre pour croiser la mise en place des solutions et organiser leur diffusion dès le premier semestre 2023. Le séminaire de clôture se tiendra les 3 et 4 mai prochains en région Paca.

* EuroSheep a pour but de favoriser la mise en œuvre et la diffusion de connaissances et de pratiques innovantes visant à améliorer la rentabilité des ovins. Prévu pour durer trois ans de janvier 2020 à juin 2023, il implique huit pays : Irlande, Royaume-Uni, Espagne, France, Italie, Hongrie, Grèce et Turquie, soit 80 % de la production ovine en Europe.

Se faciliter le travail

En juin dernier lors d’un atelier international en Grèce, 52 trucs et astuces adoptés par les éleveurs pour se faciliter le travail ont été présentés par les différents pays. Les participants français ont sélectionné l’apprentissage de la clôture électrique (Espagne), les pompes à eau à énergie solaire (Irlande) fonctionnant dans n’importe quel endroit sans accès à l’électricité et la barrière sélective qui permet aux agneaux d’avoir accès, avant les brebis, à une nouvelle zone de pâturage potentiellement de meilleure qualité ou de mettre en place une zone dédiée aux concentrés/minéraux. D’autres pays ont choisi des trucs et astuces français : le sheep skate ou encore l’accroche-claie. Les Français avaient aussi proposé : le marquage des agneaux au nourrisseur à l’herbe, le quai de traite à hauteur variable, l’abri mobile, les auges légères en tuyau cannelé, l’identification des bottes de fourrages et l’allaitement artificiel. Tous ces systèmes D sont visibles sur la chaîne youtube EuroSheep EU et sur eurosheep.network.

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