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Dossier Pastoralisme
Cévennes : « L'instabilité foncière est énorme »

Éleveurs herbassiers dans les Cévennes, Frédéric Mazer et sa fille conduisent 250 brebis Raïole. Même si leurs charges sont réduites au maximum, leur dépendance aux propriétaires privés est énorme.

« Nous n’avons ni SAU, ni bâtiments, à part des tunnels. » Frédéric Mazer et sa fille sont des éleveurs herbassiers. Leurs 250 brebis Raïole suivent la ressource herbagère tout au long de l’année dans les Cévennes : prairies, sous-bois, bords de rivière, vignes… Les ressources boisées représentent environ 16 % de l’alimentation du troupeau : les brebis consomment les feuilles de chêne vert toute l’année et les glands à l’automne. L’économie des charges est maximale, mais comme le rappelle Frédéric : « Certes, on n’a pas de frais, mais cela reste précaire» Le Gaec du Ranquet accède au foncier de propriétaires privés par deux modes. D’une part, les conventions pluriannuelles de pâturage (CPP), qui durent six ans. D’autre part, le commodat, qui met le foncier à disposition pendant un an reconductible. Un partenariat gagnant-gagnant : Frédéric s’engage à laisser des terres « propres », qui ont donc « de la valeur ».

Un fort turnover du foncier

Mais la spéculation foncière, qui implique un fort turnover des propriétaires, complique les choses. Ce sont autour de 5 % des surfaces pâturées par le Gaec qui changent de propriétaire chaque année. « Pour nous, éleveurs, cette instabilité est monumentale. » Frédéric repère donc en permanence de nouvelles terres à pâturer. « Il y a un gros travail de négociation. Nous n’avons rien, et nous nous adressons à des gens qui ont tout» La viabilité de l’exploitation repose sur les aides de la politique agricole commune (PAC) touchées sur les 200 hectares déclarés par Frédéric et sa fille. « Sans la PAC, ça ne marcherait pas », reconnaît Frédéric. Les deux associés ont aussi récemment accédé à sept hectares supplémentaires dans le cadre du programme Natura 2000 « Pastoralisme en milieu ouvert », financé par l’Union européenne et la région Occitanie. Trois propriétaires se sont engagés à garder leurs terres ouvertes entre 50 à 80 %, et ont donc passé une CPP avec Frédéric pour les aider à atteindre cet objectif. Le premier passage de gyrobroyeur a été financé par le programme, pour que les brebis puissent commencer à pâturer ces surfaces.

La science de la garde

La sécheresse impose une certaine virtuosité dans la gestion du pâturage. Les brebis sont gardées en groupement pastoral dans les estives de Barre-des-Cévennes pendant l’été. Mais du 10 août au 10 septembre, « l’herbe est du foin sur pied », déplore Frédéric. La gestion du pâturage demande désormais un haut niveau de technicité. « La garde, c’est une science. Notre berger a soixante ans, et nous nous demandons par qui nous allons le remplacer. » Le choix de la race Raïole est tout aussi stratégique : cette race a fait ses preuves durant la sécheresse de 2017. « Mes Raïole sont revenues d’estive menues, alors que mes Blanche du massif central ressemblaient à des tréteaux », plaisante Frédéric. L’éleveur herbassier est particulièrement vigilant au chargement : pas plus d’une brebis à l’hectare. Un chargement qui reste en dessous du minimum de 0,2 UGB par hectare pour être éligible aux aides découplées.

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